Une médaille à la faim ! de Jérémie Azou

Edité en 2018. France

Jérémie Azou

Une fois n’est pas coutume. Ce livre n’est ni un roman, ni un essai, ni même une biographie dans sa présentation habituelle. Il est le fruit des réflexions et de l’expérience de Jérémie Azou, sportif de haut niveau, rameur international, membre de l’équipe de France d’aviron qui a décroché toutes les médailles pendant de nombreuses années dont l’or aux Jeux Olympique de Rio en 2016 et un titre de champion du monde à Sarasota en 2017 suite auquel il a mis un terme à sa carrière sportive. Je l’ai côtoyé à de nombreuses reprises alors que j’étais médecin sur les équipes de France.

Dans ce livre, Jérémie parle de son combat avec la balance. Celui qu’il a mené pendant toutes ces années où il a dû rester au poids en tant que rameur Poids Léger au contraire de ses collègues Poids Lourds aux moeurs alimentaires plus souples. Cette lutte incessante pour rester le plus près possible de cette limite des 70 kilogrammes à ne pas franchir au moment des compétitions. Il nous parle ici de ses états d’âme, de ses doutes et de ses craintes. Mais aussi du travail d’introspection qu’il a fait pour apprendre à écouter et surtout respecter son corps. Il en a tiré quelques enseignements qu’il nous livre, non pas comme des recettes infaillibles, mais comme des moyens de s’approcher de l’objectif qu’on veut bien se fixer pour perdre du poids. A chacun son histoire ! A chacun ses buts ! Pour peu qu’ils soient réalistes et accessibles.

Au delà de la thématique de la quête du poids idéal et des exigences du sport de haut niveau, ce livre a surtout été pour moi une occasion de découvrir autrement un sportif chez lequel je soupçonnais mal ce chemin de croix quotidien au cours duquel il a dû rester le plus performant possible alors que la faim le tenaillait. Un véritable casse-tête physiologique qu’il a su gérer de la plus belle des façons comme en atteste un palmarès sportif hors du commun.

Une médaille à la faim !

A lire aussi pour découvrir les coulisses d’un sport trop méconnu et pour le témoignage d’un sportif qui s’est construit un art de vivre à travers sa discipline !!!

Lycée Mont-Roland – Dole – 7 octobre 2018

A l’invitation du club Agora de Dole, je serai présent au CDI du Lycée Mont-Roland de Dole le dimanche 7 octobre 2018 de 15h à 18h pour y présenter et y dédicacer mes derniers livres. Cette animation s’intégrera dans le cadre plus large des deux journées consacrées à la vente de livres d’occasion au profit d’une oeuvre caritative.

En espérant avoir le plaisir de vous y rencontrer pour échanger avec vous, très cordialement.

Michel BRIGNOT

Témoignage d’un lecteur – 11 septembre 2018

Salins-les-Bains (Jura) – 11 septembre 2018

Une gentille lettre de la part d’un lecteur…

11 septembre 2018

Quelle n’est pas ma joie de Jens Christian Grøndahl

Edité en 2016. Danemark

Tit er jeg glad

Jens Christian Grøndahl

Ellinor a soixante-dix ans. Elle vient de perdre Georg, son mari. Elle se raconte. Elle évoque le passé. Elle parle à sa meilleure amie Anna qui n’est plus, décédée quelques années plus tôt emportée par une avalanche dans les Dolomites en compagnie de Henning, le mari d’Ellinor, qui était son amant.

Après la mort accidentelle des deux amants, Ellinor et Georg, le veuf d’Anna, se sont reconstruit une nouvelle vie. Les deux amis se sont mariés. Ellinor a dû apprendre à vivre en essayant d’oublier la trahison de son mari et son infidélité, oublier aussi qu’il l’a délaissée pour sa meilleure amie. Et se bâtir une nouvelle famille avec les enfants de Georg, des jumeaux mariés et eux-mêmes parents.

Dans sa quête de démarrer une nouvelle vie, elle doit essayer de se mettre à la place de celle pour laquelle elle n’éprouve que rancoeur, agressivité et jalousie.

Ce livre est une apostrophe, à la fois exercice de deuil, de mémoire et de réflexion où Jens Christian Grøndahl traite du problème de la survie au delà de la trahison. Faire le deuil de l’autre et aussi du bonheur perdu.

Ellinor parle aussi de ses racines. Née de l’amour entre sa mère Sigrid et Thomas Hoffmann, un soldat allemand qui disparaitra sans connaitre son existence, Ellinor évoque la douleur de ces enfants qui ont dû apprendre à grandir dans une famille réduite à une mère seule reniée par ses propres parents. Elle en éprouve un regret tenace qui la tenaille sans cesse. Elle essaye de panser cette blessure en pensant fort en l’amour de ses parents. D’ailleurs les derniers mots de ce roman ne laisse aucun doute à ce sujet sur l’état d’esprit d’Ellinor.

« C’est la seule chose qui compte pour un enfant. Nous pardonnons à nos parents qu’ils nous oublient, à condition qu’ils s’aiment. J’y pense chaque fois que j’imagine Thomas Hoffmann avec ma mère, à la fin de l’été, sous la lune, près de la crique. »

Quelle n’est pas ma joie

Jens Christian Grøndahl est né à Copenhague en 1959. Il est aujourd’hui l’un des auteurs danois les plus célèbres et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. Ses romans parus aux Editions Gallimard, notamment Piazza Bucarest (prix Jean Monnet de littérature européenne 2007), Quatre jours en mars (2011) et Les Portes de Fer (2016), l’ont également fait connaitre en France.

Les vestiges du jour de Kazuo Ishiguro

Edité en 1989. Angleterre

The remains of the day

Kazuo Ishiguro

« Les grands majordomes sont grands parce qu’ils ont la capacité d’habiter leur rôle professionnel, et de l’habiter autant que faire se peut ; ils ne se laissent pas ébranler par les événements extérieurs, fussent-ils surprenants, alarmants ou offensants. Ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C’est, je l’ai dit, une question de « dignité ». »

Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l’influent Lord Darlington puis d’un riche Américain. Les temps ont changé et il n’est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu’à ce qu’il parte en voyage vers Miss Kenton, l’ancienne gouvernante qu’il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés…

Un très beau roman dans lequel l’auteur décrit de l’intérieur avec de remarquables détails le monde feutré de l’aristocratie britannique, ce monde qui a basculé au début du XXème siècle et dont il ne reste que des vestiges. Ishiguro a réussi le défi incroyable de rentrer dans la peau de Stevens et d’habiter très habilement son personnage. Son style est fouillé, précis et ne laisse aucune place au hasard.

Les vestiges du jour

Ce livre a été adapté au cinéma en 1993 par James Ivory avec un Anthony Hopkins plus vrai que nature dans le rôle de Stevens et Emma Thompson dans le rôle de Miss Kenton.

Kazuo Ishiguro est né à Nagasaki en 1954. Il est arrivé en Grande-Bretagne à l’âge de cinq ans. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2017.

Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi

Edité en 2010. France

Pierre Rabhi

« J’avais alors vingt ans, et la modernité m’est apparue comme une immense imposture. »

Pierre Rabhi a en effet vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’ont largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses.
Après avoir dans son enfance assister en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d’une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l’usine, l’homme s’aliéner au travail, à l’argent, invité à accepter une forme d’anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible. L’économie ? Ce n’est plus depuis longtemps qu’une pseudoéconomie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l’humanité en déployant une vision à long terme, s’est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d’élever la prédation au rang de science. Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu; elle n’est plus qu’un gisement de ressources à exploiter – et à épuiser.

Vers la sobriété heureuse

Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s’est imposée à Pierre Rabhi une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé “mondialisation”. Ainsi pourronsnous remettre l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.

Pour Pierre Rabhi, il est grand temps de réagir car malgré ses richesses, l’homme ne pourra pas survivre s’il continue ainsi. Et comme il l’écrit d’un ton à la fois grave et moqueur, « l’argent ne se mange pas… »

Le pays que j’aime de Caterina Bonvici

Edité en 2016. Italie

Correva l’anno del nostro amore

Caterina Bonvici

Valerio et Olivia grandissent ensemble dans la magnifique villa de la famille Morganti, à Bologne : Olivia est l’héritière des Morganti, de riches entrepreneurs du bâtiment, et Valerio est le fils du jardinier. Après avoir partagé une enfance de rêve, ils ne cessent de se séparer, de se retrouver, puis de se perdre de nouveau. Valerio suit d’abord sa mère à Rome quand celle-ci quitte son père. Plus tard, alors qu’ils sont étudiants, c’est Olivia qui part à Paris pour échapper aux disputes de son clan. Chacun d’eux est animé de forces centrifuges qui les empêchent de poursuivre leur relation, aussi sincère que burlesque. Valerio est ambitieux et poursuit le rêve de devenir magistrat, Olivia, elle, tente désespérément de trouver son chemin. Autour d’eux, c’est toute l’Italie berlusconienne qui tangue comme un bateau ivre et avance inexorablement vers un naufrage tragicomique.
Le pays que j’aime parcourt l’histoire italienne récente, de 1975 à 2013, à travers le destin d’un couple, d’une famille et de toute une société. Les répliques fusent dans cette cruelle comédie à l’italienne, menée tambour battant grâce au talent de Caterina Bonvicini.

Un très beau roman sur une amitié improbable qui débute au coeur des années de plomb On y retrouve un peu du Jardin des Finzi Contini et de L’été ou j’ai grandi. Mais on ne se lasse pas de cette littérature italienne qui n’a de cesse de nous rappeler l’horreur de ces années où chacun essayait de survivre alors que quelques-uns s’enrichissaient impunément.

Le pays que j’aime

Née à Florence en 1974, Caterina Bonvici est romancière, nouvelliste et auteur pour la jeunesse. D’elle, les Editions Gallimard ont déjà publié L’équilibre des requins, Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro, Le lent sourire et Le pays que j’aime.

N’oublie rien en chemin de Anne-Sophie Moszkowicz

Edité en 2017. France

Anne-Sophie Moszkowicz

Lyon, été 2017. À la mort de sa grand-mère qu’elle adorait, Sandra, quarante ans, se voit remettre des lettres et des carnets de son aïeule. Rivka y livre un témoignage poignant sur sa jeunesse dans le Paris de l’Occupation, les rafles, la terreur, le chaos. Mais il y a plus. Par-delà la mort, la vieille femme demande à sa petite-fille d’accomplir une mission.
Une mission qui obligera Sandra à retourner à Paris, ville maudite, sur les traces de son amour de jeunesse, Alexandre. Un homme étrange, hypnotique et manipulateur dont Sandra ne pensait plus jamais croiser la route… Pour elle, l’heure est venue d’affronter ses démons.

Un premier roman tourmenté et captivant qui traite du devoir de mémoire.

N’oublie rien en chemin

Anne-Sophie Moszkowicz est née à Nice en 1984. Elle vit aujourd’hui à Paris où elle travaille dans l’édition. Sa famille lui a transmis deux choses : l’importance de la mémoire et la passion des mots. À l’heure de fonder sa propre famille, ses racines la rattrapent. L’écriture s’impose à elle.

Marie-Christine Rivot est partie… – Authume – 1er août 2018

Marie-Christine Rivot est partie…

Authume (Jura) – 1er août 2018

Marie-Christine était l’une des correctrices de mes productions littéraires depuis une dizaine d’années. Au terme d’une maladie contre laquelle elle s’est battue pendant trois années, elle nous a quittés le 1er août 2018.

Lors de ses obsèques qui ont eu lieu à Dole le 6 août 2018, j’ai tenu à lui rendre l’hommage qu’elle méritait.

La paix retrouvée

De ses maux à mes mots

« Marie-Christine et moi nous sommes rencontrés en 1988. Bien que presque voisins authumois, c’est à mon cabinet de Dole que nos vies se sont d’abord croisées. Peu tolérante aux pollens, elle avait besoin d’un soutien médical pour l’aider à traverser ses printemps sans encombre et à mieux supporter ses maux (lire MAUX). Nous prîmes le temps de mieux nous connaître. Progressivement, les consultations changèrent de physionomie. Avec les années, le contenu en devint moins médical, un peu plus littéraire. Nous avions souvent l’occasion d’échanger sur la langue française. Ses charmes. Ses pièges. Ses méandres et ses facéties. Les réformes aussi que tout Enarque qui se respecte met un point d’honneur à concevoir pour la rendre plus simple voire simpliste en lui volant son âme pour en faire un langage pauvre et insipide.

Plus tard, ce sont mes mots à moi (lire MOTS) qui m’ont poussé à lui demander son aide. Le lecteur impénitent que j’étais avait basculé dans l’univers de l’écriture. Ce monde dont les rivages semblent toujours plus inaccessibles tant son exploration est longue, fastidieuse et dévorante. Mais Ô combien passionnante !

Et que de moments à échanger sur tel mot ou telle formule. Un style plutôt qu’un autre. Ce verbe là plutôt que celui-ci. Peut-être un moins d’adjectif. Ne vaudrait-il pas mieux alléger cette phrase dont la lourdeur nuit au rythme du texte. Nous étions très loin des banales fautes d’orthographe. A l’occasion de trois de mes projets littéraires, Marie-Christine m’avait embarqué avec elle dans ses analyses et ses explications qui éclairaient tout. La difficulté s’effaçait au profit de la compréhension. L’obscurité s’estompait. La lumière arrivait. Pleine de modestie, c’est avec beaucoup d’humour et de gentillesse qu’elle exerçait un art certain de la pédagogie et de la vulgarisation.

A travers elle, la langue française prenait le visage d’une femme simple, généreuse et toujours disponible.

Et ce fut toujours pour moi un réel plaisir que de me faire corriger par elle. La correction n’en était que plus douce. Je savais qu’après être passé à la moulinette bienveillante de sa lecture, je n’en sortirai que grandi. Prêt à affronter de nouveau les tourments de l’écrivain devant sa page blanche, en ayant à l’esprit la pertinence et la perspicacité de son jugement.

Dans les derniers mois de sa vie, elle a encore su trouver le temps et la force de corriger très consciencieusement les presque deux cents pages du brouillon de mon futur ouvrage. Un recueil d’une dizaine de nouvelles qui devrait s’intituler L’erreur de trop.

Marie-Christine, je ne savais pas que la fiction nous rattraperait à ce point et que la vie nous ferait cette vilaine farce !

Cette erreur de plus, cette erreur de trop. Celle de ton départ si tôt et si loin de nous.

Ce prochain livre te sera dédié.

Je ne t’oublierai pas Marie-Christine. Et tu seras toujours là pour m’aider à avancer dans le monde des mots. »

Michel BRIGNOT

Dole – 6 août 2018

Obsèques de Marie-Christine RIVOT

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel

Edité en 2017. France

Prix Médicis 2017

Yannick Haenel

C’est un livre fou, génial, addictif et sombrement poétique. L’alcool coule à flots et les phrases pétillent. Avec Tiens ferme ta couronne, l’auteur tient son odyssée. Une odyssée à la poursuite de Herman Melville, de Michael Cimino, d’un dalmatien nommée Sabbat, de la déesse Diane et de tant d’autres.

Cette histoire délirante est d’abord celle d’un scénario impossible écrit par un écrivain prénommé Jean et qui pourrait bien ressembler à Haenel. Un double putatif qui mis des années à écrire The Great Melville, un biopic sur l’auteur de Moby Dick. 700 pages, un angle particulier pour un film forcément à gros budget. Tous les producteurs contactés, aussi attentifs soient-ils, refusent de prendre le risque.

Sans compter que l’écrivain est un piètre vendeur de son projet. Quand on lui demande de quoi traite ce scénario, il répond : « De l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville » (une référence à la baleine) et se demande si c’est le mot mystiquement ou alvéolé qui provoque la stupeur, sans penser que les deux termes associés font encore plus peur.

Tiens ferme ta couronne

Pour notre ami, un seul réalisateur peut le comprendre et aimer ce scénario insensé: Michael Cimino, celui du Voyage au bout de l’enfer, de La Porte du paradis et de The Sunchaser. « Oui, Cimino, à travers ses films, (…) explorait l’échec du rêve américain, la manière dont cette nation faite de toutes les nations, cette terre d’émigrés qui promettait de devenir le pays de tous les immigrés, une sorte d’utopie des minorités telle que précisément on la perçoit dans les romans de Melville, s’était retournée contre l’idée même d’émigration universelle et avait systématiquement écrasé ceux qui s’obstinaient à en poursuivre le rêve, c’est-à-dire avant tout les pauvres. »

Yannick Haenel, né le 23 septembre 1967est un écrivain français, co-fondateur de la revue Ligne de risque.