Marie-Christine Rivot est partie… – Authume – 1er août 2018

Marie-Christine Rivot est partie…

Authume (Jura) – 1er août 2018

Marie-Christine était l’une des correctrices de mes productions littéraires depuis une dizaine d’années. Au terme d’une maladie contre laquelle elle s’est battue pendant trois années, elle nous a quittés le 1er août 2018.

Lors de ses obsèques qui ont eu lieu à Dole le 6 août 2018, j’ai tenu à lui rendre l’hommage qu’elle méritait.

Marie-Christine RIVOT

De ses maux à mes mots

« Marie-Christine et moi nous sommes rencontrés en 1988. Bien que presque voisins authumois, c’est à mon cabinet de Dole que nos vies se sont d’abord croisées. Peu tolérante aux pollens, elle avait besoin d’un soutien médical pour l’aider à traverser ses printemps sans encombre et à mieux supporter ses maux (lire MAUX). Nous prîmes le temps de mieux nous connaître. Progressivement, les consultations changèrent de physionomie. Avec les années, le contenu en devint moins médical, un peu plus littéraire. Nous avions souvent l’occasion d’échanger sur la langue française. Ses charmes. Ses pièges. Ses méandres et ses facéties. Les réformes aussi que tout Enarque qui se respecte met un point d’honneur à concevoir pour la rendre plus simple voire simpliste en lui volant son âme pour en faire un langage pauvre et insipide.Plus tard, ce sont mes mots à moi (lire MOTS) qui m’ont poussé à lui demander son aide. Le lecteur impénitent que j’étais avait basculé dans l’univers de l’écriture. Ce monde dont les rivages semblent toujours plus inaccessibles tant son exploration est longue, fastidieuse et dévorante. Mais Ô combien passionnante !

Et que de moments à échanger sur tel mot ou telle formule. Un style plutôt qu’un autre. Ce verbe là plutôt que celui-ci. Peut-être un moins d’adjectif. Ne vaudrait-il pas mieux alléger cette phrase dont la lourdeur nuit au rythme du texte. Nous étions très loin des banales fautes d’orthographe. A l’occasion de trois de mes projets littéraires, Marie-Christine m’avait embarqué avec elle dans ses analyses et ses explications qui éclairaient tout. La difficulté s’effaçait au profit de la compréhension. L’obscurité s’estompait. La lumière arrivait. Pleine de modestie, c’est avec beaucoup d’humour et de gentillesse qu’elle exerçait un art certain de la pédagogie et de la vulgarisation.

A travers elle, la langue française prenait le visage d’une femme simple, généreuse et toujours disponible.

Et ce fut toujours pour moi un réel plaisir que de me faire corriger par elle. La correction n’en était que plus douce. Je savais qu’après être passé à la moulinette bienveillante de sa lecture, je n’en sortirai que grandi. Prêt à affronter de nouveau les tourments de l’écrivain devant sa page blanche, en ayant à l’esprit la pertinence et la perspicacité de son jugement.

Dans les derniers mois de sa vie, elle a encore su trouver le temps et la force de corriger très consciencieusement les presque deux cents pages du brouillon de mon futur ouvrage. Un recueil d’une dizaine de nouvelles qui devrait s’intituler L’erreur de trop.

Marie-Christine, je ne savais pas que la fiction nous rattraperait à ce point et que la vie nous ferait cette vilaine farce !

Cette erreur de plus, cette erreur de trop. Celle de ton départ si tôt et si loin de nous.

Ce prochain livre te sera dédié.

Je ne t’oublierai pas Marie-Christine. Et tu seras toujours là pour m’aider à avancer dans le monde des mots. »

Michel BRIGNOT

Dole – 6 août 2018

Obsèques de Marie-Christine RIVOT