Face au vent de Jim Lynch

Edité en 2018. Etats-Unis.

Jim Lynch

Before the wind

Dans la famille Johannssen, la voile est une question d’ADN. Installés au cœur de la baie de Seattle, le grand-père dessine les voiliers, le père les construit, la mère, admiratrice d’Einstein, calcule leur trajectoire. Si les deux frères, Bernard et Josh, ont hérité de cette passion, c’est la jeune et charismatique Ruby qui sait le mieux jouer avec les éléments. Seule sur un bateau, elle fait corps avec le vent. Mais lorsqu’un jour elle décide d’abandonner cette carrière toute tracée, la famille explose. Bien des années plus tard, les parents se sont éloignés, Bernard a pris la fuite sur les océans, Ruby travaille dans l’humanitaire en Afrique. Quant à Josh, il cherche inlassablement son idéal féminin sur un chantier naval à Olympia.

Douze ans après la rupture, une ultime course sera l’occasion de retrouvailles risquées pour cette famille attachante et dysfonctionnelle.

Face au vent

Une belle histoire de famille, drôle, émouvante, déchirante, qui ravira encore plus les amateurs de voile et de mer. Seul bémol, certains passages du livre sont écrits dans un langage très technique qui pourra rebuter les profanes de la voile. C’était sans doute un mal nécessaire pour apporter une véritable authenticité à l’histoire. A lire alors au premier degré sans forcément chercher à comprendre le déroulement de l’intrigue dans le détail.

Jim Lynch est né en 1961. Diplômé de l’Université de Washington, il a sillonné le pays en tant que reporter pour des journaux en Alaska, en Virginie et à Washington D.C. Il est l’auteur de quatre romans et collabore avec plusieurs journaux dont le Seattle Times. Il vit et navigue à Olympia et dans l’État de Washington.

D’où viennent les vagues de Fabio Genovesi

Edité en 2015. Italie

Fabio Genovesi

Chi manda le onde

Prix Strega 2015.

Serena élève seule ses deux enfants, une petite fille albinos Luna et un garçon plus âgé Luca, passionné de surf qui ne rêve que des plages et des vagues de Biarritz. Un été, ce dernier disparait brutalement au pays basque lors d’un accident de noyade dans la pratique de son sport. Serena se replie alors sur elle-même, laissant Luna livrée à son quotidien et aux sarcasmes de son entourage.

La mère et la fille, d’abord distantes l’une de l’autre, vont progressivement aller de rencontre en rencontre au cours de leur quête de reconstruction

Fabio Genovesi, à travers ce livre dont les chapitres se lisent chacun comme des nouvelles à la fois émouvantes et drôles, nous brosse une série de portraits.

Au cours de cette épopée romanesque, nous faisons successivement la connaissance de trois quadragénaires Sandro, professeur incompris, et de ses deux amis Rambo, incertain sur sa véritable identité, et Marino dont le corps de la mère, amoureuse du livreur de légumes, est enfermée dans le congélateur de la cuisine en attente d’une plus digne sépulture.

Sandro, ému de la détresse de la jeune Luna, lui fait croire que les statues étrusques à tête de lune du site de Pontremoli attendent sa visite.

Il y a aussi Zot l’enfant russe de Tchernobyl qui a été adopté par Ferro, un vieil homme bougon et iconoclaste, nostalgique de sa jeunesse, toujours le fusil à portée de main prêt à se défendre du péril russe qu’il juge imminent.

Et tous ces personnages finissent par débarquer à Pontremoli où se dénoue l’intrigue de cette cavalcade aussi fantasque que débordante d’humanité.

D’où viennent les vagues

La fin de ce voyage initiatique vous appartient. Elle est immanquablement le résultat de ces vagues qui viennent bousculer pour toujours les eaux calmes de la vie.

Fabio Genovesi est né à Forte dei Marmi en 1974 et a publié trois romans.

Le coeur du pélican de Cécile Coulon

Edité en 2015. France.

Cécile Coulon

Finaliste du prix RTL – Lire 2015.

Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend.

Lors d’une kermesse locale, il se découvre très tôt des qualités impressionnantes de coureur à pied. Repéré par Brice, une ancienne gloire déchue de l’athlétisme devenu entraîneur, celui-ci promet au jeune garçon et à ses parents un brillant avenir d’athlète qui pourrait même le mener jusqu’à une médaille olympique.

Malheureusement, le jeune garçon en plein ascension est victime d’une grave blessure tendineuse lors d’une course et voit tout espoir de carrière sportive réduit à néant.

Les années passent. Anthime a épousé Joanna avec laquelle il mène une petite vie tranquille, sans histoire, sans fantaisie, baignant dans un semblant d’existence bien loin des projets qu’il s’était fixé plus jeune. Mais au fond de lui, il pense toujours à Béatrice, cette jeune fille dont il était secrètement amoureux et qui l’aimait aussi lorsqu’il représentait encore le dynamisme et la force de vivre. Mais après son accident et son échec, la jeune fille s’est écartée d’Anthime.

Un jour, alors qu’Anthime s’est douillettement installé dans une petite vie bourgeoise dont il incarne l’archétype avec ses costumes, ses cravates et sa bedaine de quadragénaire sédentaire, on le provoque en se moquant de lui et de ce qu’il est devenu.

Alors Anthime va reprendre la course à pied, non seulement pour perdre ses kilos superflus mais surtout pour renaître de ses cendres et redevenir celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Il relève le défi d’abord stupide de traverser le pays en courant.  S’en suit un long parcours initiatique, une fuite vers un ailleurs et un futur qui lui fera complètement oublier celui qu’il était pour se redécouvrir et commencer une nouvelle vie après s’être débarrassé de ses vieux démons.

Le coeur du pélican

Un très beau livre sur les vertus du sport sur le plan physique et mental mais surtout présenté ici comme un moyen de rédemption et de renaissance.

La saison de l’ombre de Léonora Miano

Edité en 2013. Cameroun.

Léonora Miano
Léonora Miano

Prix Fémina 2013 et Grand Prix du Roman Métis 2013.

Dans ce récit, l’auteur, d’origine camerounaise, retrace le drame qui a touché le village du clan Mulongo en Afrique Centrale. Douze hommes, dix jeunes initiés et deux hommes d’âge mûr, ont disparu sans laisser aucune trace à l’occasion d’un grand incendie. On regroupe alors leurs mères à l’écart du village. Au terme d’une enquête dangereuse et fastidieuse, quelques membres du clan Mulongo retrouvent la trace des douze hommes qui ont en fait été enlevés par leurs voisins, les Bwele, pour être vendus aux étrangers venus du Nord par les eaux, ceux qui sont ont décrits avec des pattes d’oiseaux et qui ont de longs batons crachant du feu et les rendant invincibles. On comprend alors seulement que l’histoire du clan Mulongo vient de basculer dans l’horreur de l’esclavagisme et du commerce triangulaire, faisant des noirs africains le plus banal des objets de troc.

L’écriture est forte, puissante, riche en émotion mais la lecture de ce roman est rendue un peu difficile en raison des très nombreuses références à la société tribale africaine imprégnée de croyances et de mysticisme avec lesquels l’Européen n’est que très rarement familiarisé.

Cette histoire est en fait le rappel d’un des nombreux épisodes d’enlèvement d’hommes noirs de l’Afrique sub-saharienne, arrachés de force à leurs racines pour être échangés comme esclaves contres des marchandises dans le cadre de la Traite transatlantique. L’auteur s’est notamment inspirée de La Mémoire de la capture, enquête réalisée en 2010 par Sandra Nkalé pour évaluer la mémoire de cette Traite en Afrique noire.

La saison de l’ombre

Née à Douala (Cameroun) en 1973, Léonora Miano vit en France depuis 1991. L’intérieur de la nuit, son premier roman publié, fêtera ses dix ans en 2015. Depuis cet ouvrage couronné de plusieurs prix, Léonora Miano a accumulé les récompenses littéraires. A ce jour, plus de dix ouvrages ont été publiés sous sa signature. Son écriture s’attache aux expériences subsahariennes et afrodescendantes, les inscrivant dans la conscience du monde. Elle est le premier auteur de fiction à avoir fait pénétrer les identités afropéennes dans le texte littéraire. C’est aussi à elle que l’on doit La saison de l’ombre, le premier roman qui ait présenté la Traite transatlantique du point de vue intime des populations subsahariennes endeuillées par cette tragédie. En quelques années, cette pionnière des Lettres afrodiasporiques francophones a su tracer un sillon unique.

Bibliographie :
La saison de l’ombre, roman, Grasset, 2013 – Prix Fémina 2013 et Grand Prix du Roman Métis 2013
Habiter la frontière, conférences, L’Arche Editeur, 2012
Ecrits pour la parole, théâtre, L’Arche Editeur, 2012 – Prix Seligmann contre le racisme 2012
Ces âmes chagrines, roman, Plon, 2011
Blues pour Elise, roman, Plon, 2010
Les aubes écarlates, roman, Plon, 2009 – Trophée des arts afro-caribéens 2010
Soulfood équatoriale, nouvelles, Nil, 2009 – Prix Eugénie Brazier (coup de coeur) 2009
Tels des astres éteints, roman, Plon, 2008
Afropean soul, nouvelles, Flammarion, 2008
Contours du jour qui vient, Plon, 2006 – Prix Goncourt des lycéens 2006, Prix de l’Excellence camerounaise 2007
L’intérieur de la nuit, Plon, 2005 – Prix Louis Guilloux 2006, Prix René Fallet 2006, Prix Montalembert du premier roman de femme 2006, Prix Grinzane Cavour 2008 (pour la traduction italienne, catégorie : premier roman étranger). Ce roman est inscrit au programme scolaire camerounais depuis l’année 2010, pour les classes de seconde.

Léonora Miano a reçu le Grand Prix Littéraire de l’Afrique noire pour l’ensemble de son oeuvre, en 2012.

Distinctions diverses :
Chevalier des Arts et des Lettres (France), 2014
Prix littéraire de la Porte dorée, Présidente du jury, 2014
Martin Luther King Jr. – Cesar Chavez – Rosa Parks Visiting Professorship, University of Michigan Ann Arbor, octobre 2012
Invitée d’honneur de la ville de Nantes, mai 2012
Membre du comité de parrainage du Prix Ouest France Etonnants Voyageurs, 2011 à ce jour

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes de Khaled Hosseini

Edité en 2013. USA.

Khaled Hosseini
Khaled Hosseini

Dans ce roman, Khaled Hosseini nous conte la vie de deux enfants, un frère Abdullah et sa jeune soeur Pari, lié par un amour indéfectible que rien n’aurait pu détruire, élevés dans la misère d’un village afghan. Et pourtant un jour, leur père Saboor menace ce lien et les sépare en envoyant Pari vivre à Kaboul en “coupant un doigt pour sauver la main“. Elle y est accueillie par le richissime Suleiman Wahdati et sa femme Nila, poétesse et femme d’une grande indépendance qui quittera l’Afghanistan pour l’Angleterre après que son mari soit tombé malade.

De l’automne 1952 à l’automne 2010, cette histoire nous fait traverser 50 ans de l’histoire d’un pays profondément remanié par les guerres et les révolutions et nous invite dans les campagnes et à Kaboul.

A la fin de cette magnifique saga, l’auteur nous livre une épilogue pleine d’émotions, une fin triste mais tellement riche en enseignements. On en vient presque à regretter les retrouvailles manquées de peu entre le frère et la soeur, Abdullah ayant sombré depuis quelques années dans une démence le privant de tout souvenir.

Après Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini nous offre encore ici un merveilleux roman construit sur une parfaite connaissance de la société afghane moderne.

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Khaled Hosseini est né à Kaboul en 1965. Cadet de cinq enfants, fils d’un diplomate et d’une professeur de farsi, Khaled Hosseini a passé son enfance en Iran, puis à Paris, déménageant au gré des affectations de son père fixées par le ministère afghan des Affaires étrangères. En 1980, alors que l’Afghanistan est occupé par l’armée soviétique, les Hosseini obtiennent le droit d’asile aux États-Unis et s’installent à San Jose, en Californie. Après une licence de biologie et des études de médecine, Khaled Hosseini devient interne au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles en 1996, où il exerce toujours.
En 2001, parallèlement à la pratique de la médecine, il commence l’écriture de son premier roman. Le livre sort en 2003 aux États-Unis, sous le titre “Les Cerfs-volants de Kaboul“, et bénéficie alors d’un extraordinaire bouche à oreille. Livre culte acclamé par la critique, vendu à 8 millions d’exemplaires dans le monde, ce phénomène de l’édition internationale a remporté un immense succès en France, où il a été récompensé par le grand prix des Lectrices de Elle en 2006.

Bibliographie

  • 2005 : Les cerfs-volants de Kaboul – Grand Prix des Lectrices de Elle 2006. Prix des libraires du Québec
  • 2007 : Mille soleils splendides
  • 2013 : Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Dernière nuit à Twisted River de John Irving

Edité en 2009. USA.

John Irving
John Irving

Twisted River, cette rivière fougueuse qui n’en finit pas d’engloutir des imprudents et de provoquer des drames humains. Tout débute au sein de la communauté des bûcherons et des draveurs, ces hommes qui travaillent à former et conduire les longs trains de bois sur la rivière. C’est là que vivent le petit Daniel et son père, le veuf Dominic Baciagalupo dit Cuistot dont la femme a péri noyée quelques temps plus tôt en voulant danser sur la glace. Mais une nuit, leur dernière nuit à Twisted River, le jeune garçon tue accidentellement d’un coup de poêle à frire la compagne d’un soir de son père qu’il avait confondu avec un ours, tant dans l’ombre la femme robuste et massive avait l’aspect d’un plantigrade. Le père et son fils doivent alors s’enfuir et se cacher pour éviter la vengeance du mari de la morte, Cow-boy, homme caractériel, rusé et cruel qui va vouloir les traquer sans fin. Dans leur fuite, ils trouveront toujours le soutien de leur ami Ketchum, un bûcheron sang-mêlé à moitié indien qui vit juste en compagnie de son chien.

Même si ce roman commence parfois drôlement comme les précédentes oeuvres de John Irving, l’auteur en fait rapidement une histoire grave dans laquelle il nous partage ses réflexions sur la solitude, les rapports filiaux, les tourments de la vie d’écrivain, les états d’âme de l’Amérique moderne. L’intrigue se déroule sur une cinquantaine d’années. L’histoire contemporaine des USA y est fort bien relatée, marquée par le drame vietnamien et la réaction libérale.

Mais l’ombre de Cow-boy plane toujours en trame de fond. Le père et le fils, dont les itinéraires vont ensuite se croiser à de multiples reprises, devront mettre un terme à leur longue cavale. Et Ketchum conclut à sa façon cette épopée dans laquelle la nature tient une place prépondérante.

Tout à la fin du roman, John Irving, devenu pour la circonstance l’écrivain Daniel Baciagalupo, nous invite même  dans sa quête d’un titre pour le premier chapître de son nouveau roman qui se passe au bord de la Twisted River, celui-là même qu’on est en train de lire…

Dernière nuit à Twisted River

Et la boucle est bouclée avec ce malicieux clin d’oeil de John Irving qui signe ici une très belle saga humaine, naturelle et américaine.

John Winslow Irving est un romancier et scénariste américain né le 2 mars 1942 à Exeter dans le New Hampshire. Il a longtemps hésité entre sa carrière d’écrivain et celle de lutteur dans laquelle il se révélait fort doué. C’est son quatrième roman Le Monde selon Garp, paru en 1978, qui l’a rendu internationalement célèbre. Il s’est vu récompensé en 2000 par un Oscar du cinéma pour le scénario de l’Oeuvre de Dieu, la part du Diable adapté de son sixième ouvrage. Aujourd’hui, il partage son temps entre ses résidences dans le Vermont, Toronto et New-York.