Une tête de nuage de Erri De Luca

Edité en 2018. Italie

Erri De Luca

La faccia delle nuvole

Une femme, Miriàm. Un homme, Iosèf. Un jeune couple d’amoureux. Ils se sont rencontrés en Galilée, au nord d’Israël, et vont se marier à Nazareth. Quand Miriàm annonce à son fiancé qu’elle attend un enfant dont il n’est pas le père, Iosèf ne la dénonce pas aux autorités, comme la loi le prescrit. Il croit en sa parole. Il croit qu’elle est enceinte d’une annonce, il croit à une vérité invraisemblable. « C’est l’hiver en Galilée, mais entre eux deux, c’est le solstice d’été, le jour de la lumière la plus longue ».
Avec Une tête de nuage, Erri De Luca poursuit sa relecture de la Nativité, abordée précédemment dans Au nom de la mère. Structuré en trois actes, le texte assume une forme dramatique parcourue par des dialogues intenses, non dépourvus d’ironie. Derrière la figure du Messie, Erri De Luca brosse le portrait intime de Marie et Joseph, ici présentés dans leur simple humanité : deux jeunes parents qui s’apprêtent à élever leur enfant, Jésus, dans mille difficultés. Un homme et une femme, liés par un sentiment qui dépasse les faits et s’inscrit dans les mots. « En amour, croire n’est pas céder, mais renforcer, ajouter quelques poignées de confiance ardente ».

Une tête de nuage

Erri De Luca (né Henry De Luca le 20 mai 1950 à Naples) est un écrivain, poète et traducteur italien contemporain. Il a obtenu en 2002 le prix Femina étranger pour son livre Montedidio et le Prix européen de littérature en 2013 ainsi que le Prix Ulysse pour l’ensemble de son oeuvre.

Soumission de Michel Houellebecq

Edité en 2015. France.

Michel Houellebecq
Michel Houellebecq

Comment pouvais-je imaginer en terminant la lecture de ce roman visionnaire sorti en 2015 que j’allais pratiquement me retrouver plongé au coeur de l’actualité politique du moment à la veille des élections présidentielles françaises 2017 ? Comment ne pas s’étonner du talent d’anticipation de Michel Houellebecq qui, avec quelques années d’avance, a su décrire pratiquement à la ligne près ce bordel institutionnel qui secoue actuellement la France. Sauf que Michel Houellebecq, non content de nous annoncer un séisme politique, le rend encore plus cataclysmique en le nappant d’une sauce islamique qui donne à la société française un nouveau visage et une dimension inattendue. Pour déjouer la montée du Front National de plus en plus menaçant, les divers partis de droite et de gauche n’ont pas d’autre choix que de se lier à la Fraternité musulmane, le seul parti qui peut prétendre faire barrage à la vague d’extrême droite de Marine Le Pen. Et c’est Mohamed Ben Abbes qui sort vainqueur du débat et devient le nouveau président de la République Française. Petit clin d’oeil à l’actualité du moment, il appelle François Bayrou à ses côtés en signe de ralliement au monde politique français. Dans un programme nimbé de religion, il va s’attacher à mettre la famille en avant et à prôner un certain modèle français. L’élite nationale est invitée à adhérer à son idéologie. Les jeunes filles doivent arrêter leurs études tôt pour se marier et faire des enfants. Les universitaires et les grands décideurs de la société française ont le choix de refuser ce qu’on leur propose et d’être gentiment poussés vers la touche ou d’accepter d’être formatés dans le moule musulman : conversion à l’Islam, développement de la polygamie, privatisation des grandes institutions françaises qui sont maintenant financées par les grandes puissances pétromonarchiques.  La France va devenir une nation essentielle au sein d’une nouvelle Europe élargie au pourtour méditerranéen. Le milieu de la Sorbonne, d’abord en émoi, finit par se résoudre à accepter ces nouvelles règles qui ne sont finalement pas si désagréables. Et même notre professeur grand spécialiste de Joris-Karl Huysmans qu’il fait entrer dans la Pléiade, d’abord réticent et rebelle à cette immiction de l’Islam dans sa petite vie, finit par se soumettre dans l’espoir de renaitre à une nouvelle vie. Comment résister à la proposition que lui fait sa hiérarchie : garder son indépendance intellectuelle et continuer ses recherches, avoir un salaire trois fois supérieur, vivre dans un très grand appartement, être marié à trois ou quatre jeunes et jolies femmes dévouées à sa personne. “La chance d’une deuxième vie, sans grand rapport avec la première“ avoue le personnage principal du livre.

Ce qui commençait comme une révolution sans heurt devient finalement une saisissante farce politique et morale.

Soumission
Soumission

Cette fiction satirique prend parfois des allures de fable fantastique. Drôle, grave et inquiétante, elle se veut avant tout une analyse que l’auteur fait de la société française et de ses profondes mutations. Michel Houellebecq ayant été taxé d’islamophobie, ce livre a été mal accueilli à sa sortie en France et a fait l’objet de nombreuses analyses contradictoires.

Michel Houellebecq reste ici fidèle à son image d’écrivain espiègle et grand agitateur de consciences.

Bienvenue au club de Jonathan Coe

Edité en 2001. Angleterre.

Jonathan Coe
Jonathan Coe

The Rotter’s Club

Dans ce roman, premier volet du diptyque se poursuivant par Le Cercle fermé, l’auteur nous retrace la vie de Benjamin, Philip, Doug entre autres, jeunes lycéens de Birmingham dans les annnées soixante-dix, lors de la montée du thatchérisme dans une Grande-Bretagne en profonde mutation. Il nous les décrit complices mais parfois farouches adversaires, aux prises avec leurs premières expériences sexuelles, confrontés à la société anglaise en totale transformation, souvent en conflit avec des parents eux-mêmes balottés et tiraillés entre tous leurs problèmes conjugaux, sociaux et moraux. Et puis, il est pour eux absolument primordial de pouvoir intégrer le club du lycée, étape indispensable et tremplin idéal vers l’université qui se profile à l’horizon. C’est très finement écrit avec un humour frôlant en permanence au moins le deuxième degré. Tout n’est pourtant pas si drôle lorsque l’auteur nous raconte la mort de Malcolm, pulvérisé par l’explosion d’une bombe de l’IRA dans un pub, laissant sa petite amie Loïs, la jeune fille de la famille Trotter, totalement traumatisée, ou lorsqu’il nous parle de la répression policière violente des manifestations sociales. Jonathan Coe s’y moque allégrement de ses compatriotes dans une ironie dans laquelle il manie le paradoxe d’être à la fois très anglais tout en étant redoutablement anglophobe. II nous gratifie même de quelques piques d’une grivoiserie outre-manche sans égale, le dépucelage d’un Benjamin alcoolisé dans une armoire étant un modèle d’humour ravageur et déjanté… L’auteur termine ce roman en se livrant à une petite fantaisie littéraire : un chapître de 48 pages intitulé “sous-bock vert“ (un titre à la Philippe Delerm) qui n’est en fait qu’une seule phrase et un monologue sans fin dont on espère le point final tout en le souhaitant le plus tard possible.

Bienvenue au club

Je ferme ce roman en n’ayant que l’envie de lire sa suite au plus vite…

Jonathan Coe, né le 19 août 1961 à Birmingham, est un écrivain britannique.

Il a étudié à la King Edward’s School à Birmingham et au Trinity College de Cambridge avant d’enseigner à l’Université de Warwick.

Il s’intéresse à la fois à la musique et à la littérature, car il fait partie du groupe de musique The Peer Group, puis des Wanda and the Willy Warmers, un orchestre de cabaret féministe pour lequel il écrit des chansons et joue du piano.

Il doit sa notoriété à son troisième roman, Testament à l’anglaise. Cette virulente satire de la société britannique des années du thatchérisme a connu un important succès auprès du public et a obtenu le prix du Meilleur livre étranger en 1996.

Jonathan Coe a également reçu le prix du Meilleur roman de la Writer’s Guild of Great Britain en 1997 et le prix Médicis étranger en 1998 pour La Maison du sommeil.

En 2001 et 2004, le diptyque Bienvenue au Club (The Rotters’ Club), suivi par Le Cercle fermé (The Closed Circle), traite des aventures d’un même groupe de personnes pendant leur dernière année de lycée dans le premier roman, puis vingt ans plus tard dans le second. Ces deux romans servent l’auteur dans sa fresque du Royaume-Uni des années 1970 et 1990, pour mieux observer les mutations profondes subies par la société entre ces deux dates, en raison des réformes thatchéristes et blairistes.

Il a été l’un des membres du jury de la Mostra de Venise 1999.

L’emprise de Marc Dugain

Edité en 2014. France.

Marc Dugain
Marc Dugain

Philippe Launay est le favori potentiel des futurs candidats à l’élection présidentielle. Mais les choses ne sont évidemment pas si simples pour lui puisqu’il lui faudra déjouer tous les pièges que lui tendront ses ennemis politiques ou composer avec un milieu familial pour le moins complexe, entre l’ombre d’une fille morte par suicide et les personnalités dérangeantes de son épouse et de son autre fille.

Dans ce roman, le premier volet de la Trilogie de l’emprise, Marc Dugain nous emmène à nouveau dans les coulisses du monde politique et des services secrets. Les destinées de personnages au départ sans liaison évidente finissent par se rejoindre dans ce thriller puzzle remarquablement bien construit. Tout y est possible, tout y est plausible, et une vie humaine ne vaut ici pas grand chose à l’échelle des ambitions personnelles des prédateurs de la sphère politique nationale et internationale. L’auteur a manifestement effectué un remarquable travail de documentation pour arriver à un tel point de description technique de ces milieux dont on ne connaît souvent que la partie émergée.

Lorraine, l’agent des services secrets chargée de l’enquête, nous emmène avec elle entre Paris, la Bretagne et l’irlande. Quant à Philippe Launay, il devra aller jusqu’à Vancouver pour renouer un lien seulement politique avec sa dernière fille. Et l’ignoble Corti, l’éxécuteur des basses oeuvres, se fend finalement d’un trait d’humour lorsqu’il conseille au futur président de lancer une campagne de sécurité routière pour que les piétons respectent les passages cloutés, “Deloire venant d’être percuté par une voiture sur un passage piéton“, manifestement couplable “d’incivisme“…

L’emprise

A lire avant de rapidement découvrir la suite, Quinquennat (2015).

Marc Dugain est né le 3 mai 1957 au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l’âge de sept ans et durant son enfance, il accompagnait son grand-père à La maison des Gueules cassées de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats de la Première Guerre mondiale mutilés du visage.
Il obtient ensuite son diplôme de l’Institut d’études politiques de Grenoble et travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur florissant dans l’aéronautique. 
Avant son premier roman, Marc Dugain n’avait jamais écrit, excepté un bon millier de lettres à son amie d’enfance et quasi-sœur, l’écrivain Fred Vargas.
A trente-cinq ans, il commence une carrière littéraire en racontant le destin de son grand-père maternel, “gueule cassée“ de la guerre de 14-18 : ce sera La Chambre des officiers, publié en 1999 et qui le fera connaître. Il obtiendra pas moins de 20 prix littéraires dont le prix des libraires, le prix des Deux-Magots et le prix Roger-Nimier.
Marc Dugain présida le jury du Livre Inter 2009.
Les œuvres récentes les plus remarquées de Marc Dugain sont à ce jour des romans plus étoffés, aux contextes historiques modernes, mais variés : la vie de John Edgar Hoover, chef trouble du FBI pendant quarante-huit ans dans La Malédiction d’Edgar (2005), ou les rouages soviétiques et la catastrophe du sous-marin Koursk sous Vladimir Poutine, Une exécution ordinaire sous Staline (2007), ou encore Avenue des géants qui raconte le destin du tueur en série américain Edmund Kemper.

Ses deux derniers livres L’emprise (2014) et Quinquennat (2015) sont les 2 premiers volets d’une trilogie romanesque et politique.