Le chenal du silence – Michel Brignot – 9 novembre 2020

Texte qui m’a été inspiré par le départ du Vendée Globe 2020 dans un chenal pratiquement totalement désert en l’absence du public habituel…

Le chenal du silence

Long cordon rectiligne tourné vers l’océan Fin corridor tendu de la terre à la mer C’est d’ici qu’ils s’en vont en un superbe élan  C’est le chemin que prennent les courageux skippers

Mais Covid veille au grain, laisse planer ses ailes Sur le port et la côte curieusement déserts Les bateaux sagement quittent la passerelle En une lente procession réglée et débonnaire

Un silence inhabituel règne sur le chenal À peine ponctué de quelques cris de mouettes On entend par moment un tapage amical Quelques coups de cuillère sur le fond d’une cuvette

Mais point de folles clameurs, point d’applaudissements Les quais sont vides de monde, dépouillés de public Les façades des immeubles envoient affectueusement Des messages d’amitié aux athlètes nautiques

De larges caliquots, des banderoles plus sommaires Sont là pour faire entendre la voix des absents Les mots sont chaleureux, se passent de commentaires Les marins partiront avec ce sentiment

Que malgré le Covid et le confinement Le peuple est derrière eux et met un point d’honneur À les accompagner jusqu’au dernier moment Jusqu’à ce qu’enfin sonne du dernier adieu l’heure

Ils seront solitaires sous le ciel, sur la mer Mais ils emporteront le silence du chenal Tout nimbé des clameurs et des cris populaires  Que rien ne fera taire, bienveillante chorale.

Dole – 9 novembre 2020 

Les Sables d’Olonne (Vendée). 8 novembre 2020. Les participants du Vendée Globe ont emprunté le chenal de départ devant des pontons et des quais déserts, Covid oblige…

Privée de Pâques – Michel BRIGNOT – 12 avril 2020

Petite poésie avec un coloriage de Pâques pour les plus jeunes
Privée de Pâques

Pourquoi pleures-tu petite Clochette ?
Quelle est la cause de ta tristesse ?
Je suis toute seule sans mes soeurettes
Confinée, c’est là ma détresse
Elles m’ont quittée et sont parties
Rejoindre toutes leurs semblables
À Rome pour la cérémonie
Sans elles, je suis bien incapable
D’y aller seule sans m’égarer
Sans me tromper de direction
Maudit Covid, je suis lâchée
Condamnée à la réclusion
Pour Pâques, je ne verrai pas Rome
Et je serai privée de psaumes.

Michel BRIGNOT – Authume – 12 avril 2020 – Dimanche de Pâques

La vérité du confit – Michel BRIGNOT – 11 avril 2020

En cette période trouble d’épidémie Covid et de grand confinement, qu’il me soit permis de rendre hommage au confit…

La  vérité du confit

Qu’il soit d’oie, de canard
Du Gers ou de Toulouse
Le confit est un art
Celui de mon épouse
D’entre tous est le roi
Son parfum est divin
Et me met en émoi
C’est vrai, je ne sais rien
De mieux que cette gâterie
Qu’elle aime à préparer
Avec tout son génie
Qu’elle m’offre avec bonté
Et lorsqu’on me demande
Est-il un aliment
Qui vaille une légende ?
Je réponds prestement
Il n’est pas dans la vie
De plus exquis tourment
Qu’un succulent confit
Car pour cet aliment
Tout n’est que  vérité
Et très honnêtement
Jamais, au grand jamais
Un bon confit ne ment…

Michel BRIGNOT – Authume – 11 avril 2020

La couronne du tyran – Michel BRIGNOT – 3 avril 2020

Il fallait bien que le coronavirus m’inspirât ce conte poétique que je vous offre…

Coronavirus

La couronne du tyran

Un vieil homme, un enfant, on est en deux mille cent
Installés sur un banc, le vieux caresse lentement
Un morceau de ferraille, on dirait un anneau
Un cercle cabossé qui n’est ni laid ni beau
On ne sait si cette chose avait eu une vie
Avant de devenir cet objet décati
Le vieux a l’air ailleurs, perdu dans ses pensées
Il a le dos voûté, les épaules affaissées
Le petit le regarde et lâche à son aîné
Dis-moi Papi c’est quoi ce vieux truc tout rouillé ?
Que tu n’arrêtes pas ainsi de contempler
Tu m’avais pourtant bien promis qu’on allait jouer
Soudain le vieux revient et fait vibrer ses rides
C’était son couvre-chef avant qu’il ne s’oxyde
On n’avait rien compris, il arrivait de Chine
A fondu sur l’Europe, lui a brisé l’échine
Rien ne lui résistait, ni les jeunes ni les vieux
C’était un sale virus, un sournois, un vicieux
C’était en deux mille vingt, j’étais encore enfant
Je me souviens des rires, de la joie des vivants
L’air sentait bon les fleurs, nous fêtions le printemps
Les journées rallongeaient, offrant du temps au temps
Le dimanche nous allions visiter les aïeux
Les parents de mon père qui vivaient tous les deux
Dans une petite maison entourée d’un jardin
Ils avaient une vie simple et ne manquaient de rien
On s’installait à l’ombre sous le cerisier
On entendait au loin quelques merles siffler
Ma sœur et moi jouions, courions à perdre haleine
J’étais son écuyer et elle était ma reine
Puis tout a basculé, le temps s’est arrêté
Le tyran est venu, chez nous s’est installé
Décidant qui vivrait et qui devrait mourir
Qui resterait sur terre et qui devrait partir
La vague scélérate a tout anéanti
Elle a aveuglément broyé, brisé, détruit
De l’Asie à l’Europe, ça n’était que sanglots
Plaintes, gémissements, tous allaient au tombeau
Un jour plein d’allégresse, le lendemain occis
Le virus les frappait sans qu’ils poussent même un cri
Les parents de mon père soudain nous ont quittés
Sans qu’on n’ait eu le temps de leur donner congé
La maladie rôdait, la mort l’accompagnait
Toutes deux du virus les serviles laquais
Puis il y en eut bien d’autres, par dizaines, par centaines
On ne savait les sauver, les forces restaient vaines
Les hospices se vidaient, les quartiers se mouraient
Les villes se dépeuplaient, devenaient des cimetières
On espérait toujours, on croyait aux chimères
Puis un jour, sans qu’on sache ni pourquoi ni comment
Le virus est parti, il s’appelait Covid
Tout n’était plus que cendres, la nature était vide
Il avait décidé de traverser les mers
D’aller tuer ailleurs, de ruiner d’autres terres
Ici, il a fallu réapprendre à s’aimer
À rire et à chanter, à croire, à espérer
Il a fallu des jours, des mois et des années
Pour qu’enfin de nouveau viennent des merles siffler
Tout au fond du jardin, c’est là que reposait
Ce morceau de ferraille n’étant ni beau ni laid
Le tyran dans sa fuite l’avait abandonné
Et quand à mes parents à qui j’ai demandé
C’est quoi dites-moi ce truc tout moche et tout rouillé
Mon père m’a regardé et puis s’est approché
C’est tout ce qui nous reste de la bête immonde
Qui s’était mis en tête de dépeupler le monde
C’était son couvre-chef, son chapeau, son gibus
Ça mon fiston c’était… la couronne au virus.

Michel BRIGNOT – Authume – 31 mars 2020