Le même sourire – Michel BRIGNOT – Extrait de Cueilleur d’éclats – 29 mars 2021

Le même sourire, texte qui est paru en 2018 dans le livre Cueilleur d’éclats

Le même sourire

Le vaisseau spatial fendait l’éther intersidéral, maintenant sagement son cap vers Cyanea. La découverte de ce nouveau satellite de la terre avait jeté la stupeur dans la communauté scientifique. Cette petite planète bleu foncée était restée jusque-là ignorée de tous, noyée dans l’épaisseur de la nuit cosmique. Le hasard s’en était mêlé. Il avait fait un homme heureux et sa gloire d’astronome. La course de l’astre avait fortuitement croisé le regard de ce chercheur tenace vissé à l’extrémité du télescope le plus précis du monde, un concentré génial de technologie et de finesse.

Depuis qu’ils avaient quitté la terre, les membres de la mission Scoperta  n’avaient connu aucun déboire. Joshua se félicitait de commander un tel équipage. C’était là sa quatrième mission spatiale. Mais aussi la première fois qu’il embarquait à son bord une femme qui complétait le groupe des trois hommes qui se connaissaient déjà tous parfaitement. Barbara lui avait été chaudement recommandée par le directeur du Centre d’Exploration Spatiale. À seulement 39 ans, la frêle jeune femme était considérée comme l’une des meilleures au monde dans ses domaines, la minéralogie et la botanique. Les tests physiques et intellectuels n’avaient été pour elle qu’une formalité. Joshua et son équipe ignoraient tout de l’endroit où ils se rendaient. Aussi bien de la nature du sol que de la qualité de l’atmosphère qui enveloppait cette petite planète mystérieuse restée tapie aussi longtemps au plus profond de la nuit abyssale. Un étrange climat régnait sur cette mission. Probablement le même qui pesait sur les équipages de Christophe Colomb qui naviguaient vers l’ouest. Vers l’inconnu, sans savoir où leurs navires les menaient, partagés entre la crainte de s’abîmer dans le néant et la curiosité de découvrir un monde différent.

Le directeur du Centre s’était montré magnanime avec Joshua. Il l’avait exceptionnellement autorisé à embarquer avec lui son chien Sirius, un brave teckel qui s’accommodait de toutes les situations. Le petit Louis, âgé de 6 ans, en avait énormément voulu à son père de ne pas l’emmener lui aussi. L’enfant avait été inconsolable. Joshua l’avait quitté fort contrarié. Très vite, André et Maxime, avec lesquels il était déjà parti deux fois dans l’espace, surent le ramener à ses responsabilités.

Quatre jours d’escapade déjà. Egal à lui-même, Joshua rêvassait lorsqu’il était inoccupé. Tous étaient unanimes. Il était un homme compétent et brillant. Mais ce qui frappait le plus ceux qui le découvraient, c’était sa gentillesse.  Joshua était une très belle âme. Son visage se fendait souvent d’un large sourire invitant à la confiance. Ce même sourire qui avait séduit Véronique quelques années plus tôt. Joshua contemplait le spectacle féérique qui s’offrait à lui à travers le vaste hublot de son vaisseau. L’engin se dirigeait automatiquement vers la boule bleu foncée qui grossissait à vue d’œil. La sphère presque noire était suspendue dans l’espace. De son poste, Joshua ne devinait aucun relief à la surface de Cyanea. L’endroit paraissait totalement désert. Plat et presque triste. Sans mer ni montagne. On eut dit une bévue de l’origine du monde. D’abord oubliée, puis échouée là après avoir traversé l’immensité de l’univers avant de s’abandonner mollement en tournant autour de la terre sans but précis. Un sentiment bizarre d’angoisse le parcourut furtivement.

Les liaisons radio avec la terre étaient rares. La torpeur de l’habitacle n’était ponctuée que des plaintes discrètes du chien, des rares propos échangés par l‘équipage et par les crépitations saccadées du récepteur. Chacun vaquait à ses occupations en respectant un planning précis. Seul le chien était dispensé de cette discipline vouée au temps et à l’espace. Joshua se contentait de rassurer régulièrement les Terriens qui les surveillaient de loin. Tout se passait bien. Ce voyage était un rêve. Cette excursion vers Cyanea se révélait une agréable flânerie.

Le vaisseau entama alors sa descente vers la planète bleue. Joshua prit les commandes. Au dessus de sa tête, le portrait de sa femme et de son fils. Véronique posait sur lui un regard aimant. Louis, totalement hirsute, lui tirait la langue en une grimace effrontée. Joshua refit précisément les gestes qu’il avait répétés de nombreuses fois au sol lors des séances d’entraînement. Il était calme. Même à cet instant, il arborait un sourire serein et rassurant pour tous.

Tout son équipage s’était regroupé autour de lui pour profiter au mieux du spectacle. Le sol de Cyanea apparaissait de plus en plus précis. Sans aucune aspérité. Ni creux ni bosse. Aucune saillie. Pas l’ombre d’une arête ou d’une entaille dans cette surface désespérément lisse. Leur drôle de cadeau était là. Cette sphère presque parfaite emballée dans un film plastique tendu à l’excès. Le bleu de son atmosphère était tellement foncé qu’il en imitait la profondeur du noir. C’était pour eux eux une couleur nouvelle à nulle autre comparable. Par contraste, la nuit environnante en était presque lumineuse.

Joshua ralentit progressivement le déplacement du vaisseau spatial. L’engin n’était plus qu’un poulpe géant aux tentacules déployés, amorçant une approche lente et prudente de Cyanea pour se préparer à s’y poser. Les consignes de Joshua furent claires :

— Barbara, prépare-toi ! Dès que nous serons arrivés, tu viendras avec moi te promener sur ce morceau d’étoile et y prélever tout ce que tu pourras. André et Maxime, vous resterez à bord comme convenu ! Vous surveillerez nos déambulations et vous empêcherez aussi Sirius de nous suivre. 

Personne ne broncha. Ils connaissaient tous le but de cette mission. Ils savaient précisément ce qu’ils avaient à faire. Joshua activa les rétrofusées. Le vaisseau descendait de plus en plus lentement vers Cyanea. Il s’y posa en douceur sans aucune secousse. Pas même une vibration. Ils étaient enfin arrivés au terme de leur périple. Joshua et Barbara enfilaient leurs combinaisons. André envoyait un message à la base pour faire le point sur la situation. Le professeur Jean Tardy, le directeur du Centre d’Etude ne tarda pas à leur répondre.

— Bien joué les amis ! Nous comptons sur vous pour glaner un maximum d’informations sur le sol et l’atmosphère de cette boule bleue que nous connaissons seulement depuis quelques mois. Bonne chance à tous !

L’homme n’était pas bavard. Il avait affaire à des professionnels avec lesquels il était avare de consignes. Il n’était pas non plus un grand sentimental. Certes, il appréciait réellement tous les membres de son équipe mais il se fendait rarement d’un compliment ou d’une phrase gentille. L’angoisse le torturait lors de chaque expédition et le rendait d’humeur maussade.

Joshua et Barbara étaient enfin prêts à sortir. Sirius percevait bien la gravité du moment. Il agitait la queue et tournait nerveusement autour de son maître. Joshua fut bref et direct.

— Couché Sirius ! Tu vas nous attendre bien sagement ici. Nous reviendrons vite !

Le chien se calma aussitôt et s’enfila dans la couchette aménagée pour lui au bas d’un placard. Les deux astronautes passèrent dans le sas qui devait s’ouvrir sur leur nouvel horizon. Joshua devina le regard clair de son équipière qui le fixait à travers la bulle de sa combinaison.

— Prête Barbara ? lâcha Joshua

 — Oui patron, répondit-elle avec un brin d’humour néanmoins teinté de respect

— Alors allons y ! répondit-il, en même temps qu’il actionnait l’ouverture de la porte extérieure du module.

Une lumière bleue opaque les attrapa en plein visage. Lorsqu’ils prirent pied sur Cyanea, un silence sépulcral les assourdit violemment. L’atmosphère avait la mollesse du coton. Ils avançaient prudemment sur ce sol parfaitement lisse qu’ils avaient déjà observé pendant leur descente. Pas un grain de sable. Ni le moindre caillou. Ni la moindre voussure du sol. Barbara pensa que cette planète devait être le désespoir des minéralogistes. Sa récolte risquait forte d’être maigre. Elle en fit la remarque à son collègue.

— Joshua, il n’y a rien à prélever ici. Cet endroit est un vrai désert. Plat, lisse, synthétique. J’ai l’impression que nous marchons sur une table

— Continuons, on verra bien ! On avance. On aura peut-être une bonne surprise. Il y a sans doute une montagne ou une falaise qui nous aura échappé.

Ils marchèrent ainsi pendant près de deux heures. Le paysage était le même. Ils restaient muets, sans cesse vigilants pour ne pas glisser sur cette patinoire. Par moments, ils distillaient quelques nouvelles sans importance à leurs collègues restés à bord du vaisseau spatial. Ce monde était vide et plat. Désespérément monochrome et bleuté.

La silhouette d’un arbre géant se dressa alors devant eux, émergeant à peine de la nuit bleue qui les entourait. Seuls ses fruits tranchaient sur le fond opaque de l’atmosphère. D’énormes boules blanches laiteuses. Des pommes géantes à la forme régulière, sans feuille, accrochées aux plus hautes ramures par des tiges filiformes. L’arbre était orphelin, résumant à lui seul l’unique forêt de la planète. Ou bien un verger squelettique. Mais cet arbre fruitier suggérait une activité agricole ou pour le moins une vie sociale. Alentour, aucune trace de vie. Ni habitation, ni signe de foyer. Aucun animal non plus. Rien qui suggérât de la chasse ou de l’élevage. L’arbre était une énigme. Et l’énigme était cet arbre. Son ombre leur envoyait une question. Une réponse s’imposait. Joshua et Barbara devaient cueillir l’un de ces fruits, le rapporter au vaisseau. Mais comment accéder aisément à ces fruits? Les plaisirs du jardin d’Eden leur étaient défendus.

Barbara eut alors une idée.

— Et si l’on demandait à nos amis de venir survoler cet arbre en frôlant son faîtage ?

— Excellente idée Barbara, encore qu’un peu risquée. Il ne s’agirait pas que nos amis s’écrasent contre notre pommier. Sans quoi, adieu notre retour sur terre…

Sitôt dit, sitôt fait.

Joshua contacta leurs équipiers. Il leur précisa ce qu’ils attendaient d’eux et surtout ce qu’ils devaient éviter par dessus tout. Il leur fallait récolter un fruit, pas les restes d’un vaisseau spatial… À ces mots, il ne put retenir ce satané sourire qui plaisait tant. Avoir fait ce vol spatial jusque-là pour en rapporter une pomme sur terre, c’était là une mission inédite. Alors que le meilleur épicier arabe de Belleville était ouvert pratiquement jour et nuit  à deux pas de chez lui…

Le module fut vite là. André réussit à stabiliser l’engin juste au dessus de la cime de l’arbre. Sa marge de manœuvre était mince. L’accident pouvait survenir n’importe quand. Faisant lentement osciller l’appareil d’un bord sur l’autre en un léger roulis, il parvint à faire frémir le branchage dont une boule se détacha. Tombant au sol, elle se mit à rouler sans que rien ne l’arrête. Joshua se précipita pour la stopper. Un peu nerveusement, il attrapa la chose. L’objet avait le relief du sol. Rigoureusement lisse. D’une dureté ligneuse. Sans âme ni caractère. Joshua le secoua prudemment. Aucun bruit n’en sortit. Seule une large esquille dépassait timidement de sa surface, lui faisant un toupet rebelle. D’un blanc immaculé qui contrastait avec l’obscurité ambiante, il semblait plein et dense.

Il était temps de rentrer à la maison. Rien ne les retenait plus sur ce monde sans histoire et sans relief. Le module se posa près d’eux. Joshua et Barbara y pénétrèrent et rejoignirent leurs collègues, une fois débarrassés de leurs équipements.

Pendant tout le vol du retour, Joshua, étrangement muet, serrait religieusement la chose contre lui. Son sourire l’avait quitté. L’objet exerçait sur lui une sorte de fascination. Il était comme envoûté. Aucun de ses équipiers ne réussit à lui tirer un mot. Il ne s’extirpa de sa torpeur que pour annoncer à la base qu’il revenait avec peu de chose. Un objet dont il leur réservait la surprise. Le professeur Tardy n’insista pas et ne chercha pas à en savoir davantage.

Le vaisseau spatial traversait tranquillement l’atmosphère terrestre pour amorcer sa descente vers la base. Les membres de l’équipage somnolaient. Lové sur les pieds de son maitre, Sirius ronflait bruyamment.

Un craquement terrible se fit soudain entendre. Un déchirement de tôle froissée. L’engin sortit violemment de sa trajectoire. Joshua manqua tomber de son siège. Barbara fut projetée contre la cloison et se releva péniblement, à moitié assommée.  André et Maxime s’étaient instinctivement enfoncés au creux de leurs sièges. Sirius grondait face au danger. Joshua reprit les commandes de l’appareil. Il appela la terre.

— Allo la base, ici Joshua de la mission Scoperta. Je ne tiens plus le vaisseau. Nous avons dû heurter un débris dans l’espace. L’appareil est endommagé. J’essaie de rentrer à la maison mais ça ne va pas être du gâteau…

Joshua ne put terminer sa phrase. L’appareil tombait comme une pierre et ne répondait plus à ses tentatives de le ramener. Dans le fracas qui emplissait l’habitacle, Sirius hurlait à la mort. Il faisait de plus en plus chaud. Joshua peinait à garder les yeux ouverts, juste le temps pour lui d’apercevoir une dernière fois le sourire de sa femme et la grimace effrontée de son fils. Il perdit connaissance. La boule blanche avait roulé à ses pieds.

Au sol, le professeur Tardy avait perdu le contact radio avec le vaisseau. Brutalement, le signal radar disparut des écrans de surveillance. Il savait ce que cela signifiait. On ne les retrouverait pas. L’appareil avait explosé ou s’était désintégré lors de son entrée dans l’atmosphère.

Lorsque les premiers secours arrivèrent au large de la côte, sur le site où le vaisseau aurait dû amerrir, ils ne trouvèrent que des débris carbonisés de carlingue, éparpillés sur plusieurs kilomètres. Ils cherchèrent longtemps. Tout le jour et toute la nuit qui suivit. Et encore un jour et une nuit. Ils ne récupérèrent aucun corps. Ni homme ni chien. L’espoir les avait quittés.

L’aube naissait. L’un des chercheurs crut distinguer une forme à la surface de la mer. Une boule flottait là. Il la repêcha. En partie carbonisée, on devinait qu’elle avait dû être un bel objet parfaitement blanc.

Lorsqu’on apporta ce vestige de la catastrophe au professeur Tardy, il ne comprit pas ce qu’était cette chose. Drôle de cueillette se dit-il. Il s’enferma dans son bureau. Face à lui, la boule noircie luisait de quelques trainées blanches éclatantes surmontées d’une large esquille.

Etrangement, les marques claires dessinaient sur la boule un regard qui le fixait, illuminé d’un large sourire jovial et désarmant.

Un visage connu sous une tignasse indocile.

Joshua était de retour.

Cueilleur d’éclats – Textes et photographies sur les sculptures de YanN Perrier – Souffle Court Editions – 2018 : https://www.payfacile.com/chemin-blanc/s/cueilleur-declats

La douceur des eaux de Luxeuil – Michel BRIGNOT – 28 février 2021

Voici le texte d’une nouvelle que j’avais écrite en 2019 à l’invitation de la municipalité de Luxeuil-les-Bains et qui figure dans l’ouvrage Petites nouvelles luxoviennes disponible à l’Office du Tourisme de Luxeuil. Ce projet a pu être possible grâce à l’impulsion de l’Association Comtoise des Auteurs Indépendants dont je suis membre depuis 2017.

La douceur des eaux de Luxeuil de Michel BRIGNOT

La tiédeur de l’eau du bassin des Thermes de Luxeuil m’enveloppe délicatement. Depuis quelques semaines que je suis ici, mes douleurs articulaires se font plus rares. J’arrive à marcher maintenant presque normalement. Ma canne n’est plus qu’un accessoire qui sert cette élégance de Russe qui me colle à la peau. Seuls les escaliers me sont encore pénibles à gravir. Yvonne l’a bien compris. Elle m’autorise à faire chambre à part. Pendant qu’elle se retire à l’étage, j’ai investi une des chambres du rez-de-chaussée de notre pension. La pièce est confortable. Suffisamment grande pour que j’y reçoive des amies à ma guise. Ma femme n’est pas dupe. Elle connaît mon incurable penchant pour la gent féminine. Cette vieille manie que j’ai de convoler vers d’autres que mon épouse dont le caractère et les sautes d’humeur m’exaspèrent de plus en plus. Et si la douceur des eaux de Luxeuil finira sans doute par venir à bout de cette arthrite qui m’indispose depuis des années, il y a fort à parier que je resterai un incorrigible coureur de jupons jusqu’à mon dernier souffle. J’y vois là plus une qualité qu’un défaut. Ce travers m’a ouvert tellement d’autres horizons que celui de mon couple en perdition. J’ai longtemps pensé que mon mariage avec Yvonne me guérirait de mon précédent naufrage avec Charlotte. Mais je dois me rendre à l’évidence. Il n’en est rien. Mes épouses se succèdent et je risque de m’affadir. Sans ces escapades, mon âme se dessècherait. Ces virées me livrent leur lot de jolis moments. J’y ai amassé de quoi écrire au moins dix pièces de théâtre.

Alors que mon corps se repose dans l’onctuosité des eaux thermales luxoviennes, je laisse distraitement glisser mon regard sur le dallage de marbre rose qui entoure le bassin. L’heure est calme. L’atmosphère de la salle est celle d’une immense serre dont les curistes seraient les plantes. Autour de la piscine, quelques chaises longues sont installées. Parfaitement alignées. Une seule est occupée par une jeune femme. Je n’ose croire qu’elle souffre déjà de ces terribles rhumatismes qui m’incommodent depuis des années. Elle paraît si fragile. Elle est immobile, vêtue d’un de ces peignoirs blancs qui nous rend tous semblables. Je retiens mon souffle pour ne pas déranger ce charmant tableau. La lumière crue du jardin arrive à travers une haute fenêtre et vient envelopper la frêle silhouette d’un halo magique. J’hésite à bouger de peur que cette belle apparition ne disparaisse.

Respectant les conseils de mon médecin, je m’applique à battre les jambes dans l’eau pour remuer mes articulations. D’abord lentement. Puis de plus en plus vite, avec vigueur. Rebondissant contre les murs, le clapotis résonne dans l’immense pièce. La jeune femme, alors tirée de son sommeil par le doux chahut de ma gymnastique, se tourne vers moi. Elle est belle. Lorsqu’elle me voit, elle m’adresse un sourire timide qui éclaire le visage diaphane et triste d’une malade dans la fleur de l’âge. Cet étrange sourire lui coûte visiblement, légèrement voilé par une ombre de douleur qui passe furtivement dans son regard. Je continue mes exercices en la fixant maintenant de plus en plus intensément. Je ne parviens pas à décrocher mon regard du sien. Nous sommes seuls dans la pièce. Moi dans l’eau et elle allongée sur cette chaise qui lui tient lieu de civière. Elle me fixe obstinément de ses grands yeux noirs. Je décide alors de rompre le silence et de combler la distance qui nous sépare.

— Sacha, dis-je, en gravissant lentement les marches pour sortir du bassin.

— Mireille, me répond-elle, instantanément, d’une voix fluette.

Je ne me suis jamais senti aussi léger. J’ai les jambes d’un jeune homme. J’avance vers elle et m’installe à ses côtés. Elle me regarde. Mon cœur chavire. Chez les Guitry, on a toujours aimé la douceur des eaux de Luxeuil.

Villers-le-Lac (Doubs) – L’erreur de trop – 22 février 2021

Villers-le-Lac, commune du Doubs, posée sur les méandre du Doubs et au bord de son lac, est le bourg qui a vu naître André Peugeot. Pour en savoir plus sur ce personnage, lisez L’Erreur de trop. Il est l’un des protagonistes de la nouvelle qui s’intitule « Balle perdue ». C’est aussi sur le territoire de cette commune qu’on peut admirer la beauté du Doubs qui fait un grand saut dans le vide avant de continuer sa course folle entre France et Suisse.

Le curé de Préhy – L’erreur de trop – 5 février 2021

Si vous voulez savoir pourquoi l’église de Préhy, dans l’Yonne, est perdue au milieu des vignes aussi loin du village, vous pouvez toujours faire des recherches sur internet et y trouver une explication historique. Mais vous pouvez aussi lire L’Erreur de trop et y découvrir les tourments de l’âme du curé de ce petit village au Moyen-Âge.

Le village de Préhy dans le vignoble chablisien

Pour en savoir plus sur le livre L’Erreur de trop, cliquer sur la photographie ci-dessous

L’erreur de trop – Michel BRIGNOT – Drôles de fous

« Cette nuit n’en finissait pas de mourir. Le jour tardait à venir. Jordan était à la barre du voilier depuis déjà plusieurs heures. Pour la fin de l’été, l’air était frais. Il avait les membres tétanisés par le froid de la nuit, les paupières lourdes de sommeil. Ses amis et lui avaient pris la mer la veille de Salcombe sur la côte sud de l’Angleterre… »

Extrait de Drôles de fous, l’une des nouvelles de L’Erreur de trop – Michel BRIGNOT © – Prix Louis Pergaud 2020.

Si vous voulez connaitre la suite et découvrir les 9 autres nouvelles de l’ouvrage, il est disponible en librairie.

L’Erreur de trop – Prix Louis Pergaud 2020

La douceur des eaux de Luxeuil – Michel BRIGNOT – 22 septembre 2019

Texte présenté à l’occasion du Salon du Livre de Luxeuil-les-Bains le dimanche 22 septembre 2019. Petit hommage littéraire à Sacha Guitry qui fréquentait les Thermes de Luxeuil-les-Bains.

La douceur des eaux de Luxeuil de Michel BRIGNOT

La tiédeur de l’eau du bassin des Thermes de Luxeuil m’enveloppe délicatement. Depuis quelques semaines que je suis ici, mes douleurs articulaires se font plus rares. J’arrive à marcher maintenant presque normalement. Ma canne n’est plus qu’un accessoire qui sert cette élégance de Russe qui me colle à la peau. Seuls les escaliers me sont encore pénibles à gravir. Yvonne l’a bien compris. Elle m’autorise à faire chambre à part. Pendant qu’elle se retire à l’étage, j’ai investi une des chambres du rez-de-chaussée de notre pension. La pièce est confortable. Suffisamment grande pour que j’y reçoive des amies à ma guise. Ma femme n’est pas dupe. Elle connaît mon incurable penchant pour la gent féminine. Cette vieille manie que j’ai de convoler vers d’autres que mon épouse dont le caractère et les sautes d’humeur m’exaspèrent de plus en plus. Et si la douceur des eaux de Luxeuil finira sans doute par venir à bout de cette arthrite qui m’indispose depuis des années, il y a fort à parier que je resterai un incorrigible coureur de jupons jusqu’à mon dernier souffle. J’y vois là plus une qualité qu’un défaut. Ce travers m’a ouvert tellement d’autres horizons que celui de mon couple en perdition. J’ai longtemps pensé que mon mariage avec Yvonne me guérirait de mon précédent naufrage avec Charlotte. Mais il n’en est rien et je dois me rendre à l’évidence. Mes épouses se succèdent et je risque de m’affadir. Sans ces escapades, mon âme se dessècherait. Ces virées me livrent leur lot de jolis moments. J’y ai rassemblé des souvenirs pour écrire au moins dix pièces de théâtre.

Alors que mon corps se repose dans l’onctuosité des eaux thermales luxoviennes, je laisse distraitement glisser mon regard sur le dallage de marbre rose qui entoure le bassin. L’heure est calme. L’atmosphère de la salle est celle d’une immense serre dont les curistes seraient les plantes. Autour de la piscine, quelques chaises longues sont installées. Parfaitement alignées. Une seule est occupée par une jeune femme. Je n’ose croire qu’elle souffre déjà de ces terribles rhumatismes qui m’incommodent depuis des années. Elle paraît si fragile. Elle est immobile, vêtue d’un de ces peignoirs blancs qui nous rend tous semblables. Je retiens mon souffle pour ne pas déranger ce charmant tableau. La lumière crue du jardin arrive à travers une haute fenêtre et vient envelopper la frêle silhouette d’un halo magique. J’hésite à bouger de peur que cette belle apparition ne disparaisse.

Respectant les conseils de mon médecin, je m’applique à battre les jambes dans l’eau pour remuer mes articulations. D’abord lentement. Puis de plus en plus vite, avec vigueur. Rebondissant contre les murs, le clapotis résonne dans l’immense pièce. La jeune femme, alors tirée de sa torpeur par le doux chahut de ma gymnastique, se tourne vers moi. Elle est très belle. Lorsqu’elle me voit, elle m’adresse un sourire timide qui éclaire le visage diaphane et triste d’une malade dans la fleur de l’âge. Cet étrange sourire lui coûte visiblement, légèrement voilé par une ombre de douleur qui passe furtivement dans son regard. Je continue mes exercices en la fixant maintenant de plus en plus intensément. Je ne parviens pas à décrocher mon regard du sien. Nous sommes seuls dans la pièce. Moi dans l’eau et elle allongée sur cette chaise longue qui lui tient lieu de civière. Elle me fixe obstinément de ses grands yeux noirs. Je décide alors de rompre le silence et de combler la distance qui nous sépare.

— Sacha, dis-je, en gravissant lentement les marches pour sortir du bassin.

— Mireille, me répond-elle, instantanément, d’une voix fluette.

Je ne me suis jamais senti aussi léger. J’ai les jambes d’un jeune homme. J’avance vers elle et m’installe à ses côtés. Elle me regarde. Mon cœur chavire.

Chez les Guitry, on a toujours aimé la douceur des eaux de Luxeuil.

Les Thermes de Luxeuil-les-Bains

Le Même Sourire – Michel BRIGNOT – 26 octobre 2018

Le même sourire de Michel BRIGNOT

Extrait sonore de la lecture de la nouvelle que j’ai écrite pour Cueilleur d’éclats. Texte lu par le comédien Christian PAGEAULT le vendredi 26 octobre 2018 à Saint-Claude lors de la présentation du livre à la médiathèque.

Pour avoir accès au fichier audio de la lecture, cliquez sur la photographie ci-dessous.

Le même sourire de Michel BRIGNOT

Si vous voulez découvrir tous les textes dans leur intégralité, le livre est disponible sur ce site ou chez Souffle court Editions.

Cueilleur d’éclats – Textes et photographies sur les sculptures de YaNn Perrier – 12 auteurs – 140 pages – Couverture cartonnée – Format 28 X 28 cm – Collection LesGensDe – Souffle court Editions.

Concours Jean-Marie Garet – Lons le Saunier – 25 octobre 2014

Lons le Saunier (Jura) – Concours Jean-Marie Garet – 25 octobre 2014

J’ai été lauréat du troisième concours de nouvelles Jean-Marie Garet organisé par le magazine Participe Présent, avec ma nouvelle “Yokatzetia“ que j’ai écrite à partir de souvenirs de mon adolescence.

Le trophée m’a été remis à la médiathèque de Lons le Saunier par André Besson, écrivain franc-comtois, dont la réputation et le talent ont largement dépassé les limites de la région.

La cérémonie a été orchestrée par Benoît Chevrier, rédacteur en chef du magazine Participe Présent, ainsi que par le club des lecteurs du magazine.

Trophée Jean-Marie Garet - Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet – Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet - Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet – Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet - Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet – Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet - Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet – Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet - Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet – Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet - Lons le Saunier (Jura)

Trophée Jean-Marie Garet – Lons le Saunier (Jura)

Mail de Benoît Chevrier annonçant le palmarès du concours de nouvelles Jean-Marie Garet Edition 2014

Bonjour à tous,  

Le 3e concours de nouvelles “Jean-Marie Garet“ connaîtra son épilogue avec la publication de la nouvelle gagnante dans notre édition du 20 septembre prochain. En avant-première et pour tous les participants, nous publions les résultats du vôte de notre jury, composé des membres du Clubs des lecteurs du magazine.   

En voici le palmarès :  

Catégorie adultes 1. Michel Brignot (Jura) 2. Thierry Poinot (Jura) 3. Philippe Poirey (Vosges) 4. Cédric Courgey (Jura) 5. Brigitte Paillot (Doubs) …  

Catégorie Ados 1. Salomé Joubert (Oise) 2. Alexia Bineau (Maine-et-Loire)  

Derrière ce palmarès restreint, il y a bien d’autres participants que nous souhaiterions remercier. Si leur texte n’a malheureusement pas été retenu, c’est que le jury comme les auteurs sont tous des “amateurs“ et que leur choix n’a rien d’un jugement de valeur sans appel.  Nous les félicitons d’avoir franchi ce pas difficile de l’écriture “pour être lu“ et nous espérons les revoir bientôt. Le gagnant 2014 leur montre l’exemple : il a participé à toutes les éditions depuis la création du concours !   Nous vous invitons tous à la remise des prix qui aura lieu : le samedi 25 octobre 2015 à partir de 16h  au Centre Culturel Communautaire des Cordeliers (médiathèque) rue des cordeliers à Lons-le-Saunier.  

Brèves de concours – Le concours 2014 est parrainé par l’écrivain André Besson – Les prix en livres sont offerts par les éditions Aréopages – Le trophée “Jean-Marie Garet“ a été conçu et réalisé par Étienne Morier (Ékinox Design, Courlans) – Les textes seront lus par les comédiens amateurs de la compagnie Théâtre Spirale. – La nouvelle gagnante sera publiée dans le prochain magazine (sortie le 20 septembre) – Le concours 2015 sera lancé dans le magazine de décembre et sur notre site au même moment.

A bientôt et encore bravo à tous, gagnant(e)s et participant(e)s !  

Benoît Chevrier – 06 24 45 42 03

BCH Éditions – Communication – Formation – 3 rue Pasteur – 39000 Lons-le-Saunier  

Participe Présent magazine trimestriel  6000 exemplaires Jura-Doubs dont version numérique 1000 exemplaires.

Le Progrès (Jura) - 26 octobre 2014

Le Progrès (Jura) – 26 octobre 2014