Un cri sans retour – Michel BRIGNOT – 19 avril 2020

Ce texte m’a été inspiré par une nuit de garde dans une Unité Covid…

Un cri sans retour

La nuit s’en va, le jour est là
J’ai peu dormi, je me sens las
Un feu perfide me brûle les yeux
Je me trouve faible, trop vite trop vieux
Le mur strié de longues bandes
Du soleil, les stores ne me rendent
Que l’ombre fine de leurs lamelles
Que de modestes pans de ciel
Je sors du ventre des ténèbres
De ce royaume où le funèbre
L’emporte sur la rage de vivre
Où Covid s’acharne à poursuivre
Les plus fragiles, les moins chanceux
Méchant virus, fourbe et hargneux
Champion du monde de l’hécatombe
On compte les morts, on creuse les tombes
Je rejoins le monde des vivants
Dehors, c’est tellement différent
Tout est inerte et ralenti
Mais au moins, il y a de la vie
Même si partout, c’est confiné
Au moins, les hommes sont protégés
J’émerge du domaine de la mort
Las et fourbu, je fais l’effort
Seul, loin de tout, je lâche un cri
J’exhale l’horreur, j’aspire la vie
Ne me revient qu’un écho vide
Celui de ce fichu Covid.

Michel BRIGNOT – Authume – 19 avril 2020