Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls de Eyvind Hofstad Evjemo

Edité en 2014. Norvège.

Eyvind Hofstad Evjemo

Velkommen Til Oss

Une voiture approche et le temps semble s’arrêter dans la petite ville de Foldnes, en Norvège. Nous sommes le 29 juillet 2011, une semaine après le massacre perpétré par Anders Breivik sur l’île d’Utøya où soixante-neuf personnes, des jeunes pour la plupart, furent abattues. Sella observe ses voisins dans le véhicule  : la mère au volant, le père à côté, les deux garçons à l’arrière et une place restée vide. Ils rentrent chez eux sans leur fille, leur sœur, assassinée au cours de l’attaque.
Sella et son mari vivent depuis longtemps près de cette famille qu’ils ne connaissent pas. Pourtant, eux aussi ont perdu un enfant il y a plusieurs années. Leur fils adoptif, d’origine philippine, était parti à dix-huit ans sur les traces de ses parents biologiques. Il ne rentra pas. Dévastée par cette disparition, Sella aimerait aujourd’hui être présente pour ses voisins, mais peut-on être solidaire de la douleur de l’autre  ?

Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls

Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls interroge le sens du deuil collectif, du deuil intime et du deuil par procuration. Evjemo installe une atmosphère hyperréaliste au service d’une histoire dont le terrorisme n’est pas l’objet mais le cœur. Une fiction sur l’état de nos sociétés post-attentats. Un texte important, poignant.

Eivind Hofstad Evjemoné le 3 juin 1983 à Levanger, est un écrivain norvégien. Il a fait des études de littérature comparée à l’Université d’Oslo et suivi le cursus de création littéraire de l’Université de Göteborg (Suède). Son premier roman paraît en 2009. Il vit actuellement à Oslo. Depuis plusieurs années il milite au sein de l’ONG Joy, qui s’occupe d’enfants handicapés dans les anciennes républiques soviétiques.

Pas pleurer de Lydie Salvayre

Edité en 2014. France.

Lydie Salvayre
Lydie Salvayre

Prix Goncourt 2014.

La vieille Montse raconte à sa fille cet été 1936. Cet été pendant lequel l’Espagne bascule dans la Guerre Civile, faisant des milliers de morts et laissant un pays exsangue dont elle doit finalement s’enfuir lors de la Retirada avec son premier enfant, la petite Lunita, pour aterrir dans un camp de réfugiés dans le sud de la France. Lunita, le fruit d’une nuit d’amour passionnée entre Montse et un certain André, volontaire français venu prêter main forte aux Républicains espagnols.

Pendant le même été, la voix de l’écrivain français Georges Bernanos s’élève au milieu de cette folie sanguinaire pour dénoncer la complaisance suspecte, l’odieuse complicité de l’Eglise Espagnole, qui cautionnera la cruauté franquiste et fermera les yeux sur les atrocités perpétrées au nom de Dieu pour lutter contre la barbarie républicaine. Quelques années plus tard, il reprendra ces mêmes propos dans Grands cimetières sous la lune qui sera publié en 1938.

En 1936, Montse est une jeune fille de quinze ans qui vit au sein d’une modeste famille d’ouvriers entre une mère soumise et un père autoritaire soucieux de donner de lui l’image d’un homme devant lequel on doit s’effacer. Son frère Jose embrasse très rapidement la cause du mouvement Républicain, rejoint par Diego. Ce dernier, d’origine aisée, fils de Don Jaime, seigneur de l’aristocratie locale, est séduit par les idées nouvelles qui naissent du débat populaire. Il devient peu à peu le symbole de la lutte contre le despotisme en arrivant même à renier ses propres racines. Entre Jose et Diégo s’installe une franche rivalité où chacun des deux veut prendre l’ascendant sur l’autre pour être reconnu comme le vrai chef de la rébellion contre le pouvoir en place.

Montse tombe enceinte et décide de garder l’enfant. Diego lui propose alors de l’épouser pour offrir un foyer à son enfant illégitime, favorisant ainsi une ébauche de rapprochement entre leurs familles respectives pourtant si différentes. Mais ce mariage exacerbe la haine de Jose pour Diego à qui il reproche d’avoir jeté son dévolu sur sa soeur. L’inimitié entre les deux garçons prend fin par la mort de Jose dans des circonstances un peu troubles et équivoques.

La fin de cette très belle histoire nous relate les derniers mois de la Guerre Civile et le destin de ces familles livrées à l’horreur de ce conflit pour basculer presque aussitôt dans celle, encore plus apocalyptique, de la Seconde Guerre Mondiale.

Pas pleurer

Lydie Salvayre remplit ici un magnifique devoir de mémoire envers ceux dont elle est issue, le peuple espagnol et ses parents républicains. Elle cite Bernanos lorsqu’il dénonce la paix de 1938 en écrivant : “ la paix honteuse n’est pas la paix ; nous buvons tous ici la honte à pleine gorge, à pleine gueule ; une honte irréparable ; nous en porterons toute la responsabilité devant l’Histoire “.

Montse et Diego auront une petite fille Lidia, Lydie…