Le masque et la plume – Michel BRIGNOT – 28 mai 2020

Ça pourrait être le début d’un livre, le point de départ de quelques poésies covidiques…

Le masque et la plume

Le masque et la plume

Touché par le Covid, inspiré par une muse
L’envie de faire des vers s’est emparée de moi
Sans malice, sans calcul, sans faire preuve de ruse
Elle s’est jetée sur moi au plein cœur du débat

Tant qu’à être malade, autant en profiter
Pour parler de la vie avec des mots nouveaux
Si au moins le virus avait quelque bonté
Qu’il me donne l’esprit d’écrire comme Hugo

Malade ou bien portant, n’est pas Victor qui veut,
Car il ne suffit pas d’héberger un virus
Pour qu’aussitôt la prose devienne vers gracieux
Pour que parlent d’une voix Bérénice et Titus

Courts vers de mirlitons, copieux alexandrins
Il y en a pour tous les goûts au banquet des poètes
Longues strophes sans fin, plus ramassés quatrains
Chaque ligne se déguste jusqu’à la dernière miette

Et qu’importe le ver, pourvu qu’on ait l’ivresse
Le visage découvert ou caché sous un masque
Le poète s’emploie, fidèle à sa promesse
À faire parler sa plume, se permet quelques frasques.

Michel BRIGNOT – Authume – 28 mai 2020

À fleurs ou à carreaux – Michel BRIGNOT – 9 mai 2020

Les masques, ces Arlésiennes de l’épidémie de Covid. On en parle beaucoup, mais on ne les voit jamais…

À fleurs ou à carreaux

Personne n’existe plus, il n’est plus de visage
Plus de nez, de sourire, de fossette, de menton
Depuis que le Covid a marqué son passage
De règles et de contraintes, de lois et de sanctions

Chacun doit se planquer derrière son bouclier
De plastique, de papier, chirurgical ou non
Faute de mieux, on découpe un pan de tablier
Pour s’en faire un rempart à l’abri du démon

Ça tient sur les oreilles avec des élastiques
Eux aussi fabriqués avec des chutes de rien
Ou un vulgaire lacet, fixation pathétique
Qui lâche dès qu’il le veut, indiscipliné lien

Les humains sont devenus des vitrines sur pattes
Exhibant des tissus à fleurs ou à carreaux
À rayures ou à pois, unis ou disparates
Image de celui qui s’en fait un drapeau

Pour nous autres soignants, au cœur de la bataille
On ne les voit jamais, on nous en parle sans cesse
Les masques sont l’Arlésienne de cette belle pagaille
Sans eux, pas d’autre choix que de serrer les fesses

On devra s’habituer à parler à quelqu’un
Dont le visage n’est rien en dehors de ses yeux
Est-ce Bernard, Paul, Alexandre ou Alain
Celui qui devant moi peut-être est contagieux ?

Le Covid, non content de tuer nos semblables
Nous a aussi réduit à l’état de moitiés
De visages, de sourire devenus incapables
Tristes marionnettes au rictus de papier.

Michel BRIGNOT – Authume – 9 mai 2020