La mort du taxidermiste de Guillaume Le Touze

Edité en 2017. France.

Guillaume Le Touze

Taxidermiste, Bernard l’est devenu après d’autres métiers et une longue traversée que cette histoire révèle mais, lorsqu’il s’installe à Paris dans les années 1970, la vie s’est adoucie. Le silence et la minutie, l’imaginaire et l’observation sont des qualités primordiales pour exercer cette étrange profession qui consiste à redonner corps à la perte, à retrouver la posture souvent furtive qui parachève l’identité d’un animal. Dans son atelier se côtoient des oiseaux, des renards, quelques lémuriens auprès desquels se détache la longue silhouette d’une girafe oubliée là par son commanditaire.
Tout comme les êtres en ces lieux sont réinventés, la géographie d’une vie demeure pour cet homme une construction aléatoire que l’on peut maquiller pour ne jamais en faire état.
Est-ce pour cela que Marianne, sa fille aînée, est revenue vivre en Corse ? Seule dans un village de l’Alta Rocca, elle est allée chercher dans les replis du paysage la force de l’ancrage et la mesure du temps.

La mort du taxidermiste

 Si le thème de la filiation apparaît dans tous les livres de Guillaume Le Touze, celui-ci semble s’y adosser pour aborder cette fois l’identité sous le signe de la topographie. Car le personnage principal de ce roman est une île hérissée de monts et de blocs granitiques, une île habitée d’arbres millénaires enracinés en pleine mer.

Guillaume Le Touze est un écrivain français né au Havre en 1968. Après avoir commencé sa vie professionnelle par le théâtre et le cinéma, il est recruté comme maquettiste par la maison d’édition L’Ecole des loisirs, qui publie ses premiers textes pour la jeunesse en 1991. Son premier roman pour adultes suivra en 1992. Il reçoit le Prix Renaudot 1994 pour Comme ton père.  Il se consacre aujourd’hui à l’écriture.

La vérité sur la maladie de Lyme du professeur Christian Perronne

Edité en 2017. France.

Professeur Christian Perronne

Ce livre n’est ni une fiction ni un roman ni un polar. Alors que fait il ici sur ce blog littéraire ? Que fait ici ce livre a priori très technique tel un intrus parmi les autres ?

Tout simplement parce qu’il est porteur de messages forts et essentiels que j’ai eu envie de relayer ici, parce que son contenu m’a plu, parce que j’ai aimé la démarche de l’auteur et parce que je voudrais que beaucoup le lisent à leur tour.

Le professeur Christian Perronne, infectiologue reconnu, chef du service d’infectiologie de l’hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches, a voulu ici témoigner de son expérience de la maladie de Lyme, maladie infectieuse transmise par les morsures de tiques infectées sur laquelle il travaille depuis de nombreuses années. Ce livre, facile à lire et remarquablement documenté, illustré de nombreuses anecdotes, est un véritable “pavé dans la mare“ qui dénonce une imposture épidémiologique et un véritable scandale sanitaire. D’abord, alors que les malades sont de plus en plus nombreux, les diagnostics sont souvent difficiles voire impossibles à établir du fait d’une sérologie (diagnostic sur une prise de sang) qui reste négative en raison d’une calibration délibérément faussée de la technique. Et comme l’écrit le professeur Perronne : sans diagnostic, pas de malade et donc pas de problème. Mais aussi, ce flou diagnostique se double d’un laxisme voire d’un vide thérapeutique puisqu’on pourrait très facilement traiter et guérir les malades pour peu qu’on leur administre des antibiotiques à la bonne dose et sur une durée suffisante dès le stade initial d’érythème migrant. Mais là encore, ce point n’est pas admis par les instances officielles et par les autorités mondiales en matière d’infectiologie qui préconisent des traitements trop peu dosés et trop courts, inefficaces, exposant le malade à des rechutes ou à l’évolution vers la forme chronique de la maladie. Et la liste des aberrations dénoncée par Christian Perronne est longue. Que ce soit au sein des malades en souffrance profonde qui sont dans une véritable impasse dont ils ne peuvent sortir, certains en arrivant même à envisager le suicide tellement la vie leur devient insupportable. Que ce soient les présentations diverses de la forme chronique de la maladie de Lyme que l’on assimile trop souvent et trop hâtivement à des maladies psychosomatiques ou psychiatriques. Que ce soit le déni permanent et calculé des instances infectiologiques internationales qui persistent à rester sourdes et aveugles au fléau sanitaire parfaitement pointé depuis longtemps par le professeur Perronne et quelques autres. L’auteur évoque même de nombreux cas de maladies chroniques mal ou non expliquées (idiopathiques comme disent les médecins) qui ne sont pour lui que des formes atypiques ou méconnues de crypto-infections (certains cancers, la sclérose en plaque, les maladies inflammatoires intestinales, la maladie d’Alzheimer…) et qu’on pourrait guérir au prix d’un traitement antibiotique bien ajusté et prescrit très tôt dans l’évolution de la pathologie. Mais là encore, le lobbying pharmaceutique fait front et se bat pour qu’on ne le prive pas de cette manne financière que sont ces malades chroniques condamnés à un traitement médicamenteux à vie.

Enfin, l’auteur cite de nombreuses références bibliographiques sur cette question de la maladie de Lyme et notamment des ouvrages écrits par des malades.

 

La vérité sur la maladie de Lyme

La vérité sur la maladie de Lyme  apparait comme un thriller dont les victimes innombrables, d’abord mordues par les tiques “serial killers“ sont ensuite livrées à la bêtise d’une communauté médicale qui refuse de se remettre en question et enfin abandonnées à leur triste sort. Comme l’écrit Christian Perronne, parce que “le système refuse de voir qu’il y a des gens qui souffrent et des gens qui savent les soigner.“

Le livre se termine heureusement sur une note d’espoir avec la perspective que les  crypto-infections soient enfin reconnues et traitées comme il se doit et que les crypto-infectiologues puissent enfin exercer au grand jour sans craindre d’être persécutés ou sanctionnés. La Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT) regroupe maintenant les représentants des malades avec un conseil scientifique composé de médecins et de chercheurs.

Bravo au Professeur Christian Perronne qui continue de se battre et qui a le courage de mettre sa compétence et son dynamisme au service de tous ces malades qu’on continue d’appeler des patients alors qu’ils auraient de bonnes raisons de ne plus l’être.

Et merci à Benoit Chevrier de m’avoir permis de le rencontrer et de l’entendre lors de sa venue à Lons-le -Saunier le 11 février 2017 dans le cadre des Rencontres de Lyme.

Le professeur Christian Perronne est chef de service en infectiologie à l’hôpital universitaire Raymond Poincaré de Garches, faculté de médecine Paris – Île-de-France Ouest. Il a été président de plusieurs instances médicales et scientifiques, notamment du Collège des professeurs de maladies infectieuses et tropicales. Il a été vice-président d’un groupe d’experts sur la vaccination à l’OMS.

La fièvre de l’aube de Péter Gárdos

Edité en 2015. Hongrie.

Péter Gárdos
Péter Gárdos

Hajnali Láz

Miklós, vingt-cinq ans, est gravement malade de la tuberculose. Quand il apprend qu’il est condamné à mourir, il prend une résolution folle : il va se marier… et guérir.
Hongrois, rescapé des camps d’extermination nazis, Miklós est, depuis la fin de la guerre, accueilli en Suède pour y soigner sa maladie. Dans l’espoir de trouver l’épouse qui lui conviendra, il écrit à cent dix-sept jeunes Hongroises réfugiées en Suède, une même lettre adressée à chacune d’elles.
Parmi les réponses qu’il reçoit, une seule lui fait battre le coeur : celle de Lili Reich. Elle a dix-huit ans et, comme lui, est rescapée des camps.
De septembre 1945 à février 1946, Miklós et Lili s’écrivent presque quotidiennement. Et de lettre en lettre, tombent amoureux l’un de l’autre. Gárdos nous raconte ici l’histoire d’amour de ses parents née de ce long échange épistolaire. Cette fièvre de l’aube, c’est celle que Miklós surveille chaque jour pour savoir s’il viendra à bout de sa tuberculose mais c’est aussi ce désir fou qui habite les deux personnages principaux de cette histoire, cette volonté de conjurer le sort en croyant à un avenir meilleur.
Dès lors, avec le courage et la force de ceux qui veulent croire au bonheur pour oublier l’horreur, Lili et Miklós vont soulever des montagnes pour se rencontrer, venant à bout des obstacles qui se dressent devant eux.
Après la mort de son mari, Lili a confié à leur fils, Péter, la liasse des lettres qu’elle avait échangées avec Miklós, avec l’accord bienveillant et posthume de son mari comme l’écrit Péter Gárdos avant le point final de son roman.

La fièvre de l'aube
La fièvre de l’aube

Ce premier roman, c’est l’histoire véridique des parents de l’auteur, d’un amour improbable, d’un défi impossible. Traduit dans trente pays, il a déjà conquis les éditeurs du monde entier. Péter Gárdos, déjà connu pour ses talents de cinéaste plusieurs fois primé, a lui-même adapté son livre pour le cinéma. Il aura mis dix ans à écrire ce roman.

Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani

Edité en 2014. France.

Leïla Slimani
Leïla Slimani

Dans ce roman, Leïla Slimani, écrivaine et journaliste d’origine franco-marocaine, traite du sujet délicat de l’addiction sexuelle. Son héroïne, Adèle, est une jeune femme qui mène une double vie. A priori, bien installée dans une existence bourgeoise, elle est spécialiste en politique internationale et travaille dans un journal. Elle est mariée à Richard, médecin spécialiste débordée par son activité professionnelle dont elle a eu un fils unique, Lucien. Mais en réalité, Adèle est malade, avide de sexe, d’expériences charnelles qu’elle multiplie avec des inconnus d’un soir et des rencontres sans lendemain, organisant sa vie autour de ses pulsions.

Sexuellement insatiable, la journaliste multiplie depuis longtemps les amants, de manière compulsive. Si Adèle aime son mari, elle lui en veut pourtant de “ sa naïveté, qui la persécute, qui alourdit sa faute et la rend plus méprisable encore “. Et lui donne envie de recommencer. Pourquoi pas avec Xavier, un chirurgien, l’un des collègues de son époux, lorsque ce dernier se retrouve à l’hôpital victime d’un accident de la voie publique. Mais que se passera-t-il quand Richard découvrira la vérité ? Cherchera-t’il à la guérir de sa maladie, à l’arracher à ses démons pour lui faire reprendre une vie la plus normale possible et sauver leur couple ?

Leïla Slimani nous raconte ici une longue et douloureuse quête de l’amour où chacun des protagonistes doit s’armer de patience pour venir à bout des pulsions et des fantasmes de l’autre.

Dans le jardin de l’ogre

Leïla Slimani vient de recevoir le Prix Goncourt 2016 pour son dernier roman Chanson douce.

Maudit soit le fleuve du temps de Per Petterson

Edité en 2008. Norvège.

Per Petterson
Per Petterson

C’est l’histoire d’un homme qui fait le voyage de Norvège au Danemark pour y retrouver sa mère, une femme à laquelle il a trop tardé à parler et se confier. Ce face-à-face est difficile, jalonné de nombreux obstacles et de préjugés qui rendent cette rencontre obtuse et complexe. Car le temps presse entre le divorce dérangeant du fils et la maladie incurable de la mère. Le passé les ratrappe tous les deux. Leurs retrouvailles sont pénibles tant ce qui les sépare est aussi large que le cours du Rio Grande, ce fleuve difficile à franchir qui sépare deux mondes et deux cultures que tout oppose…

Le temps adopte ici un rythme  lent, presque figé, passant néanmoins inéxorablement.

Maudit soit le fleuve du temps

Une très belle écriture de Per Petterson, écrivain norvégien né à Oslo en 1952 dans une famille ouvrière, également traducteur et critique littéraire, révélé au public en 2006 avec “Pas facile de voler les chevaux“. Per Petterson vit maintenant dans un village isolé de la Norvège.

Ce livre a reçu en 2009 le Grand Prix de littérature du Conseil nordique.

Me reconnais-tu ? d’Andrea Bajani

Edité en 2013. Italie.

Andrea Bajani
Andrea Bajani

Mi riconosci ?

C’est le roman qu’a écrit Andrea Bajani après la mort d’un autre écrivain italien, Antonio Tabucchi, de trente ans son aîné, décédé à Lisbonne d’un cancer en mars 2012. Tabucchi, d’origine pisane, le plus portugais des écrivains italiens, traducteur et biographe de Fernando Pessoa.

Le récit commence près du cercueil de Tabucchi et nous fait remonter le temps jusqu’aux premières rencontres entre les deux hommes. C’est l’histoire des débuts de leur relation et de leur amitié, souvent tendre, parfois impertinente, et des derniers mois de la vie de Tabucchi. C’est aussi un magnifique hommage à cet écrivain qui avait accueilli Bajani à l’occasion de l’écriture d’un de ses romans, la saga d’une affection qui ne s’est jamais démentie entre les deux hommes.

On y suit la déchéance physique de Tabucchi et ses derniers sursauts d’écrivain quand il a encore la force, déjà en soins palliatifs et sous oxygène, de dicter une dernière nouvelle à son fils.

Cet ouvrage posthume est un hymne magnifique à l’humanisme et au talent de Tabucchi. cet écrivain dont le visage s’est lentement métamorphosé au cours de sa vie, perdant déjà sa fine moustache pour finir par se décharner sous les coups de pince du crabe…

A lire bien sûr et, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, une occasion de découvrir l’oeuvre littéraire d’Antonio Tabucchi…

Me reconnais-tu ?
Me reconnais-tu ?

Né à Rome en 1975, Andrea Bajani vit à Turin. Aux Editions Gallimard ont paru Si tu retiens les fautes (2009) et Toutes les familles (2013), pour lequel il avait reçu le prestigieux prix Bagutta en Italie.

Il publie son premier roman Morto un papa (Portofranco), en 2002, et l’année suivante, le court roman picaresque Qui non ci sono perdenti (Pequod). Son troisième roman, Cordiali saluti (Einaudi 2005) est bien accueilli par la critique et le public et il est traduit en français.

En 2006, le reportage Mi spezzo ma non m’impiego (Einaudi), est une enquête dans l’univers des nouveaux emplois précaires.

En 2011, il a remporté le Premio Bagutta avec le roman Toutes les familles. En 2008, il a remporté le Premio Mondello, le Premio Recanati et le Premio Brancati avec le roman Si tu retiens les fautes et le Premio Lo Straniero.

Editions françaises des oeuvres d’Andrea Bajani

  • Très cordialement (Éditions du Panama, 2005)
  • Si tu retiens les fautes (Editions Gallimard, 2009) 
  • Toutes les familles (Editions Gallimard, 2013) 
  • Me reconnais-tu ? (Editions Gallimard, 2014)