La longue route de sable de Pier Paolo Pasolini – Photographies de Philippe Séclier

Edité en 2014. France.

Pier Paolo Pasolini

La lunga strada di sabbia

Cette nouvelle édition de La longue route de sable présente le tapuscrit original de Pier Paolo Pasolini, qui date de 1959, et en révèle pour la première fois les passages inédits. Philippe Séclier, ayant mis ses pas dans ceux du poète, nous rapporte ici – à travers documents, manuscrits, lettres, et ses propres photographies – les étapes d’un voyage singulier le long des côtes italiennes. Comme si ces deux Italie, seulement séparées par le temps, ne faisaient plus qu’une.

“ Je suis heureux. Ça fait longtemps que je n’ai pas dit une chose pareille. Et d’où me vient alors ce sentiment intime et précis de joie et de légèreté ? De nulle part. Ou presque. Un silence merveilleux : ma chambre d’hôtel, où je suis depuis cinq minutes, donne sur une grande colline d’un beau vert, et quelque modeste maison. Il pleut. Le bruit de la pluie se mêle à des voix lointaines, sourdes, égarées. Sur la petite terrasse devant, toute luisante de pluie, souffle un vent frais. “

La longue route de sable

L’été 1959, Pasolini sillonne la côte italienne et écrit un récit de ce voyage, dont le tapuscrit est reproduit ici sur différents papiers et formats, accompagné de sa traduction et des photos en noir et blanc de Philippe Séclier.

Philippe Séclier

Très belle initiative que celle de Philippe Séclier d’avoir voulu reprendre la route sur les pas de Pier Paolo Pasolini en mettant de superbes images sur les mots de l’écrivain italien.

Merci à Marie de m’avoir fait ce très beau cadeau pour Noël et d’entretenir ainsi ma boulimie dévorante de l’oeuvre pasolinienne.

L’amie prodigieuse de Elena Ferrante

Edité en 2011. Italie.

Elena Ferrante

L’amica geniale

« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »

Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien quelles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.

L’amie prodigieuse

Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse.

Elena Ferrante. On ne connaît rien de l’auteure qui tient absolument à rester dans l’ombre et refuse par conséquent la publicité et les face-à-face, acceptant seulement en de rares occasions les interviews écrites. Lors de celles-ci, elle a reconnu être une femme, mère de famille, et que son œuvre était d’inspiration autobiographique. En particulier, dans La frantumaglia, l’auteure révèle à ses lecteurs des aspects de la personnalité d’Elena Ferrante en lui donnant notamment une origine (mère couturière s’exprimant en napolitain), une date (1943) et un lieu de naissance (Naples).

Le fleuve des brumes de Valerio Varesi

Edité en 2016. Italie.

Valerio Varesi

Il fiume delle nebbie

“Ses recherches le conduisaient toutes vers le Pô, sur cette terre plate où l’on ne voyait jamais le ciel. Et lui ne croyait pas aux coïncidences.“
Dans une vallée brumeuse du nord de l’Italie, la pluie tombe sans relâche, gonflant le Pô qui menace de sortir de son lit.
Alors que les habitants surveillent avec inquiétude la montée des eaux, une énorme barge libérée de ses amarres dérive vers l’aval, évite miraculeusement quelques piles de pont, avant de disparaître dans le brouillard.
Quand elle s’échoue des heures plus tard, Tonna, son pilote aguerri, est introuvable.
Au même moment, le commissaire Soneri est appelé à l’hôpital de Parme pour enquêter sur l’apparent suicide d’un homme.
Lorsqu’il découvre qu’il s’agit du frère du batelier disparu, et que tous deux ont servi ensemble dans la milice fasciste cinquante ans plus tôt, le détective est convaincu qu’il y a un lien entre leur passé trouble et les événements présents.
Mais Soneri se heurte au silence de ceux qui gagnent leur vie le long du fleuve et n’ont pas enterré les vieilles rancœurs. Tous font front contre lui. Il n’est pas d’ici et les histoires des gens du fleuve ne le regardent pas.
Les luttes féroces entre chemises noires fascistes et partisans communistes à la fin de la guerre ont déchaîné des haines que le temps ne semble pas avoir apaisées, et tandis que les eaux baissent, la rivière commence à révéler ses secrets : de sombres histoires de brutalité, d’amères rivalités et de vengeance vieilles d’un demi-siècle…

L’intrigue de ce roman est tissé d’une rive à l’autre du Pô, ce fleuve qui est la frontière naturelle entre la Lombardie au nord et l’Emilie Romagne au sud. Ce cours d’eau que les hommes ont su apprendre à respecter, car c’est toujours lui qui a le dernier mot. Le commissaire Soneri l’a compris lorsque le fleuve rend ce qu’on lui a confié, le corps d’un des deux frères disparu dans la nuit. Et à force de patience et de roublardise, il atteindra son but : découvrir pourquoi ces deux frères sont morts brutalement pratiquement au même moment.

Le style de ce roman est sombre et pesant mais aussi vif, parfois ponctué de quelques jolis moments de culture italienne, lorsque Soneri déguste la gastronomie locale, ou lorsque son téléphone le dérange régulièrement en écorchant Aïda de Verdi.

Le fleuve des brumes

A conseiller bien sûr aux amateurs de polars noirs, mais aussi à ceux qui aiment l’Italie et ses charmes mystérieux…

La piste Pasolini de Pierre Adrian

Edité en 2015. France.

Pierre Adrian
Pierre Adrian

Prix des Deux Magots 2016.

A 23 ans, Pierre Adrian nous propose ce premier roman qui nous invite à le suivre sur les traces de la vie de Pier Paolo Pasolini, poète et cinéaste italien aux moeurs sulfureuses et aux idées dérangeantes.

De son Frioul natal à Rome où Pasolini a vécu pendant la seconde moitié de sa vie, l’auteur nous fait partager de très belles rencontres avec ceux qui ont connu l’écrivain italien, membres de sa famille ou relations de travail. Ces témoignages sont mis en scène de façon chronologique et naturelle, l’auteur faisant connaissance avec les différents protagonistes au gré de ses déambulations.

Pierre Adrian, dans une écriture fluide et parfaitement documentée, redonne vie au poète et cinéaste qui fascinait et inquiétait au point qu’il y a sans doute laissé la vie, sauvagement assassiné en novembre 1975 sur la plage d’Ostie à l’âge de 53 ans.

Quarante ans après, le poète frioulan nous surprend toujours par ses propos visionnaires qui ont traversé les générations sans prendre une ride, bien au contraire…

La piste Pasolini
La piste Pasolini

Merci à Pierre Adrian d’avoir apporté un éclairage nouveau sur tout ce qui avait pourtant déjà été écrit sur Pasolini et surtout de l’avoir fait d’une façon aussi originale…

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, le roman est complété d’une très riche bibliographie sur la vie et l’oeuvre de Pier Paolo Pasolini.

Plus haut que la mer de Francesca Melandri

Edité en 2011. Italie.

Francesca Melandri

Più alto del mare

Prix Stresa 2012.

L’île. C’est là que se trouve la prison de haute sécurité où Luisa et Paolo se rendent par bateau pour visiter leurs prisonniers respectifs. Le mari de Luisa, un individu violent et brutal, a été condamné pour avoir tué un homme. Le fils de Paolo a été condamné pour le même délit mais lui, il a éxécuté une personnalité politique pour assouvir sa faim de liberté et de révolution. Rien ne devait rapprocher ces deux individus aux destinées très différentes. Luisa, agricultrice d’origine modeste, mère de cinq enfants, soumise dès son plus jeune âge à ce mari sans sentiment qui ne lui apporte que le minimum d’amour. Paolo, lui, est un intellectuel, professeur de philosophie à la retraite, veuf depuis que sa femme est morte de maladie et du chagrin que lui a procuré le sombre destin de son fils, ce fils qui n’a pourtant fait qu’appliquer les théories libertaires et égalitaires assénées par son père. Alors qu’ils doivent rejoindre le continent par le bateau, Luisa et Paolo se trouvent empêchés de rentrer par une tempête. Ils sont alors forcés de passer une longue nuit sur cette île et sont accueillis par Pierfrancesco Nitti, gardien de prison, troisième protagoniste de ce huis-clos, homme fruste et sans vergogne qui suscite aussi un sentiment de peur chez sa femme qui s’en ouvre à Luisa.

Pendant cette parenthèse dans leurs vies, Luisa et Paolo se découvriront et se donneront ce qu’ils n’avaient plus depuis longtemps, au delà de leurs différences sociales et culturelles. Nitti finira aussi par comprendre quel homme il est aux yeux de son épouse.

Au petit matin, le bateau viendra chercher Luisa et Paolo qui ne se reverront sans doute jamais. Luisa récupérera et gardera toujours sur elle la photographie de la fille de la victime du fils de Paolo, seul trait d’union entre eux qui survivra à cette histoire d’amour d’une nuit.

Plus haut que la mer

Plus haut que la mer, c’est bien sûr le site sur lequel est perché la prison mais c’est aussi la grandeur des sentiments que nous offre Francesca Melandri dans cette très belle histoire.

Un second roman qui a valu à son auteure le Prix Stresa 2012.

Lune de miel de François Cavanna

Edité en 2011. France.

François Cavanna
François Cavanna

En 2011, François Cavanna, le petit Rital, est maintenant devenu grand et même vieux. Atteint de la maladie de Parkinson, lui qui n’écrit qu’à la main sait qu’il produit là sa dernière oeuvre, son chant du cygne. Il nous gratifie encore une fois de nombreuses anecdotes sur sa vie au STO en Allemagne ou sur l’aventure de presse totalement folle d’Hara-Kiri et de Charlie Hebdo au côté de ses compètres Reiser, Cabu, Wolinski et Choron. On retrouve dans ces pages toute la gouaille du bonhomme mais aussi une énorme tendresse qui lui fait aussi bien châtier ses ennemis qu’aimer ce monde qui le dépasse de plus en plus. Il exprime aussi ici quelques regrets de ne pas avoir été le père qu’il aurait aimé être.

C’est du grand Cavanna parce qu’on sait que c’est son testament littéraire et qu’après avoir lu tous ses livres, on ne pourra plus que les relire…

François Cavanna, ce géant aux pieds d’argile, s’est finalement libéré de sa maladie de Parkinson et nous a quitté à 90 ans le 29 janvier 2014, laissant derrière lui un grand vide et le souvenir d’une gueule sympathique au regard malicieux et au sourire effronté…

Lune de miel

Encore plus émouvant à lire maintenant…

François Cavanna – Mort d’un “Rital“

L’écrivain et journaliste François Cavanna est mort à l’hôpital de Créteil, mercredi 29 janvier, à l’âge de 90 ans. Auteur d’une cinquantaine de livres, dont Les Russkoffs et Les Ritals, il fut le cofondateur avec Georges Bernier dit Choron, du journal satirique Hara-kiri qui révolutionna la presse française et ouvrit la voie à Mai 68.

Drôle de parcours suivi par cet autodidacte dont la prose figure aujourd’hui dans les manuels scolaires. Né en 1923, François Cavanna, fils d’un terrassier italien et d’une femme de ménage originaire de la Nièvre, a grandi à Nogent-sur-Marne où il a subi le racisme réservé aux rejetons d’immigrés. Dans Les Ritals, il racontera cette enfance en marge du Front populaire, le ghetto familial, les fugues à vélo et sa passion viscérale pour la littérature. Cet ardent défenseur de la langue française ne cessera de rendre hommage à l’école républicaine et aux maîtres qui lui avaient inculqué le désir d’apprendre.

Démolition de l’hypocrisie

Postier en 1939, maçon trois ans plus tard, il fut, le jour de ses 20 ans, enrôlé dans le Service du travail obligatoire (STO) puis expédié dans une usine d’armement à Berlin. Il y connut la faim, la souffrance et les humiliations de ceux qui ne furent  “ni des héros ni des traîtres“. Cet épisode, il le relatera dans Les Russkoffs (prix Interallié 1979), Avec Maria, Cavanna achèvera sa trilogie autobiographique. Maria était cette jolie et chantante Ukrainienne qui avait égayé les noires années de la guerre et dont il était tombé éperdument amoureux. Séparés par les événements en 1945, il traîna, à son retour en France, un “cafard poisseux“ sur les quais de Seine. Il passa des années à essayer de la retrouver, ignorant tout de son sort, ce qui est l’objet précis de Maria.

Imaginatif, il trouva un emploi de dessinateur à Zéro, un journal vendu à la criée. Parmi les colporteurs, un démerdard à la langue bien pendue, un ancien para, fils d’un garde-barrière répond au nom de Georges Bernier. Durant six ans, ces deux anars végètent à Zéro en rêvant de créer leur propre journal. En 1960, les conditions sont favorables. Le premier numéro paraît le 9 septembre. Hara-Kiri, “journal bête et méchant“. La rencontre d’un ancien maçon et d’un ex-plâtrier alliés dans une vaste entreprise de démolition de l’hypocrisie et de la pudibonderie. Pourquoi ce titre ? Parce que se faire hara-kiri est pour Cavanna “le sommet de la connerie“. Il est le rédacteur en chef cependant que Choron s’occupe des ventes et des finances.

Révolution dans les médias

Une révolution dans les médias que ce mauvais esprit héritier des dadaïstes, cet humour vachard, très noir qui apparait à l’aube d’une décennie encore marquée par la censure télévisuelle et les lois sur la protection des mineurs. Il a l’œil et le flair, Cavanna, pour rassembler des talents, aimanter autour de lui des fils de prolos, bourrés de talent. Topor, Gébé, Cabu, Reiser, Wolinski : une génération comparable à celle qui donna naissance à la comédie italienne. Orphelin de père, Reiser, surtout, est le fils spirituel de Cavanna. Les cadets admirent cet ainé charismatique, capable de raconter pendant deux heures la guerre de Cent Ans et d’expliquer les hauts faits derrière les noms de chaque station de métro. Dans cette compagnie de noceurs, de trublions provocateurs qu’il laisse entièrement libres de leurs mots et leurs dessins, ce fin lettré, passionné d’histoire, ne boit ni ne fume. Mais il n’est jamais le dernier à s’indigner.

Après dix mois, jugé “dangereux pour la jeunesse“Hara-Kiri est frappé d’une première interdiction de courte durée. Une deuxième prononcée en juillet 1966, après le 65e numéro, manque de donner un coup fatal à l’entreprise. Décennie de vaches maigres et de mépris. Tant pis, ils forment une bande de copains liés à la vie, à la mort et jugent mal, de leur côté, les journaux traditionnels. Ces libertaires vomissent le militarisme et la société de consommation. Du reste, il y aura beaucoup de vomi à la “une“ d’Hara-Kiri, ainsi que des affreux, sales et méchants. Du cul et du culte. Du scato et du rigolo. Du pipi-caca pour s’oxygéner et de toniques coups de gueule.

Comble de l’irrespect

Parallèlement au mensuel, Hara-Kiri Hebdo, créé en février 1969, se frotte à l’actualité politique. Et force le respect d’une intelligentsia qui, jusque-là, se pinçait le nez. En novembre 1970, alors que le général de Gaulle vient de mourir, Hara-Kiri Hebdo titre : “Bal tragique à Colombey : un mort“. Comble de l’irrespect, ce titre est une référence aux manchettes de la presse populaire quelques jours plus tôt, après l’incendie du “5-7“, une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont (Isère), qui avait fait 146 victimes. Scandale, interdiction et poursuite de l’aventure sous le nouveau titre Charlie-Hebdo.

Les procès s’accumulent ? Ils persistent et signent. Chef d’orchestre, cheville ouvrière, mentor, Cavanna est tout cela. Il tient que l’humour est “un coup de poing dans la gueule“, un uppercut donné à la bêtise, un camouflet à l’arrogance. L’arrivée de la gauche au pouvoir marque le début du déclin de l’hebdomadaire. Il disparaît le 23 décembre 1981. Le mensuel, lui, paraîtra jusqu’en 1986. L’aventure aura duré vingt-cinq ans. “On admire aujourd’hui Hara-Kiri comme une glorieuse réussite », confiait Cavanna au Monde en 2010.“Or, même au temps de sa grande diffusion, il était haï à l’unanimité, par la presse et les artistes. On était un journal vulgaire. On nous reprochait notre mauvais goût. On était une réunion de bandits, d’individus à la marge, de révoltés.“ Pourtant il n’éprouvait pas les aigreurs de la nostalgie. Il collaborera d’ailleurs à Charlie Hebdo lorsque le titre fut relancé par Philippe Val.

Géant aux pieds d’argile

Parallèlement au journalisme, Cavanna s’adonnait à l’écriture. Son premier livre, Les Ritals, grand succès populaire adapté à la télévision, l’avait imposé comme un écrivain de premier ordre. Cavanna possédait, en effet, un style magnifique, singulier, mélange d’oralité et de lyrisme sec. Un Rabelais moderne, estimait Pierre Desproges. Défenseur des animaux, militant anti-corrida, écologiste de la première heure, Cavanna se proclamait “à gauche de la gauche“. La vie ne l’épargna pas. Derrière ses airs bourrus, ses bacchantes de Gaulois et ses coups de gueule, c’était un tendre, Cavanna, un géant aux pieds d’argile, un féministe qui aimait les femmes et ne savait pas toujours choisir. Tiraillé à en crever entre son épouse et sa maîtresse (Les Yeux plus grands que le ventre, 1983), il fut sauvé de justesse d’un suicide par pendaison.

Après le décès par overdose de sa petite-fille à l’âge de 18 ans, François Cavanna partit en guerre contre la drogue, appelant à une réglementation mondiale pour endiguer ce fléau. Vers la fin de sa vie, il habitait un petit studio rue des Trois-Portes non loin de la place Maubert à Paris, à l’endroit même où jadis se tenaient les fiévreuses réunions de rédaction. Dans Lune de miel, paru en 2010, il témoigna de son combat contre la maladie de Parkinson, des efforts qu’il déployait pour continuer à écrire, ces pattes de mouche qu’il arrachait aux tremblements. N’empêche, il se voyait rivé à son écritoire jusqu’à 100 ans. Une vieille monomanie hantait cet utopiste : supprimer la mort, remédier aux causes biologiques du vieillissement, ce qu’il estimait possible pour peu qu’on accordât aux chercheurs le budget de l’armée. C’était oublier que malgré son grand âge et ses cheveux de neige, cet écrivain de talent, perpétuellement insurgé, était demeuré un jeune homme.

Macha Séry

Le Monde – 30 janvier 2014