Cure de rajeunissement – Michel BRIGNOT – 26 avril 2020

Cure de rajeunissement

Les experts sont formels et sont sûrs de leurs dires
Chercheurs et virologues, éminents professeurs
Le virus rend malade, affaiblit, fait mourir
Ils nous ont bien prévenus, il faut en avoir peur
Il s’en prend aux plus faibles et hâte leur vieillissement
Plaintes, déchirements, lamentations, soupirs
À chaque fois c’est toujours le même lot de tourments
On espère le meilleur, on bascule dans le pire
Ma vie est transformée car depuis quelques jours
J’ai changé de côté, j’ai franchi la barrière
Covid et positif, était-ce un mauvais tour
Je m’explique un peu mieux cette fatigue délétère
Ces sueurs, ces vertiges, ces claquements de dents
Cette tête en coton, cet embarras colique
Covid et positif, ça n’a rien d’étonnant
C’est un virus têtu, dissipé, frénétique
On m’avait informé, j’avais été prévenu
Si tu es Covid plus, tu vas prendre trente ans
Je n’ai pas tout compris, j’ai un peu attendu
Mais ça n’a pas marché, chez moi étonnamment
Le virus a produit un effet opposé
Je me suis senti drôle, tout d’un coup rajeuni
Ni douleur, ni raideur, et quant à ma santé
La bestiole, le vilain Covid l’a embellie
Depuis quelques années, j’étais en soixantaine
Grâce à cette infection et à ses accidents
On m’a très prudemment placé en quarantaine
Grâce à ce cher virus et à ses bons traitements
J’ai remonté le temps et j’ai gagné vingt ans.

Michel BRIGNOT – Authume – 26 avril 2020

L’animal de compagnie – Michel BRIGNOT – 23 avril 2020

Décidément, ce Covid n’a pas fini de m’inspirer d’autant qu’il est maintenant devenu très proche…

L’animal de compagnie

Depuis des années j’en rêvais
À poils, à plumes, petit, mignon
Ou plus massif, cheval de trait
J’aurais parlé au maquignon
Il m’aurait fait son boniment
C’était le meilleur de sa race
Oui c’était lui assurément
Celui à la blonde tignasse
C’était un vrai, un bon Comtois
Qui ne regarde pas à la tâche
Qui t’obéit à l’oeil, au doigt
Avec lui, jamais tu ne te fâches
Il te déplace des montagnes
Il tire des grumes à travers bois
Il est royal, rien d’une cagne
Et tu peux même, tu as le droit
Si tu rêves de t’y installer
Sur son dos poser ton séant
Aller une heure te promener
Pas trop loin, jusque vers l’étang
N’oublie pas qu’on est confiné
Qu’il faut veiller à ne pas franchir
Les limites que la société
Nous impose, qu’on n’aille pas dire
Il a triché, il a volé
Il n’a pas pensé au virus
De l’espace, de la liberté
Il a profité tant et plus
Depuis des années j’en rêvais
D’un animal de compagnie
À poils, à plumes, ni beau, ni laid
Qu’il apporte juste de la vie
Ça m’aurait aidé à passer
Ce sale moment du confinement
Ça m’aurait changé les idées
J’aurais vécu différemment
Ces journées où tout est pesant
Où l’envie soudain nous étreint
De traverser un océan
De sauter dans le premier train
À croire qu’il lit dans mes pensées
L’autre là-haut, le bricoleur
Comment a-t-il pu deviner
Ce qui devait faire mon bonheur ?
Ça y est, j’ai enfin hérité
D’un animal de compagnie
Ni poils, ni plumes, ni beau, ni laid
D’une espèce commune aujourd’hui
C’est un virus, c’est un Covid
Lui et moi nous cohabitons
Il parle peu, du genre timide
Mais je le sens taquin, fripon
Il ne manque pas une occasion
De me rappeler son existence
En me titillant le côlon
En me faisant perdre les sens
Depuis des années j’en rêvais
D’un animal de compagnie
Mais j’aurais préféré de loin
Un chat, un chien, un canari
Un Covid, c’est pas très sérieux
Ça ne t’apporte que des soucis
Ça n’est même pas doué pour les jeux
Ça ne te fait que des ennuis
Sans compter que personne n’en veut
J’en ai parlé autour de moi
Chacun s’en moque, détourne les yeux
Fait comme s’il ne m’entendait pas
Sauf un qui très timidement
M’a dit, tiens mais oui, pourquoi pas ?
Tu devrais aller voir ces gens
Demande donc à la SPA.

Michel BRIGNOT – Authume – 23 avril 2020