Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro

Edité en 2015. France

Fabcaro

C’est une première dans ce blog. Cet ouvrage est une BD.

« Les filles, c’est papa… Ecoutez, je ne rentrerai pas à la maison ce soir… et peut-être même pendant quelques jours… Vous avez peut-être déjà regardé les infos… Je veux que vous sachiez que votre papa n’est pas un bandit… »

Un auteur de bande dessinée, alors qu’il fait ses courses, réalise qu’il n’a pas sur lui la carte de fidélité du magasin. La caissière appelle le vigile, mais quand celui-ci arrive, l’auteur le menace et parvient à s’enfuir.

La police est alertée. S’engage alors une traque sans merci, le fugitif traversant la région en stop, battant la campagne, partagé entre remord et questions existentielles.

Assez vite les médias s’emparent de l’affaire et le pays est en émoi. L’histoire du fugitif est sur toutes les lèvres et divise la société, entre psychose et volonté d’engagement, entre compassion et idées fascisantes. Car finalement, on connait mal l’auteur de la BD. Il pourrait bien constituer une menace pour l’ensemble de la société.

Voici le nouveau récit choral de l’imparable Fabcaro, entre road-movie et fait divers, l’auteur fait surgir autour de son personnage en fuite toutes les figures marquantes – et concernées – de la société (famille, médias, police, voisinage, …) et l’on reste sans voix face à ce déferlement de réactions improbables ou, au contraire, bien trop prévisibles. Cet ouvrage est décalé et va encore plus loin qu’un simple humour du second degré qui en devient ici commun.

Zaï zaï zaï zaï

Et que dire de la chute qui nous éclaire sur le titre de l’ouvrage. Dernière grimace de l’auteur.

Ce livre est une petite pépite que je n’aurais jamais songé à lire si une certaine Marie ne me l’avait offerte. Merci encore !

Fabrice Caro dit Fabcaro, né le 10 août 1973 à Montpellier, est un auteur français de bande dessinée. La bande dessinée Zaï zaï zaï zaï parue en 2015 a remporté de nombreux prix : Prix Landerneau BD « Coup de coeur » – Grand prix de la critique 2015 – Prix Ouest France quai des bulles 2015 – Prix des libraires de bande dessinée 2016 – Prix SNCF du polar 2016 catégorie BD.

Paroles de Jacque Prévert

Edité en 1946. France.

Jacques Prévert

Chantre du surréalisme et de la poésie, Jacques Prévert est une figure importante de la littérature française. Son recueil de poèmes Paroles est en effet une œuvre majeure dans l’anthologie de la poésie française, et continue d’être un succès depuis l’après-guerre et les années 40. Écrit entre 1930 et 1944, Paroles figure parmi la poésie la plus lue de son temps et constitue une œuvre marquante pour Prévert. Sans ponctuation ni style proprement défini, le recueil de textes reste néanmoins publié sous la forme d’un corpus qui regroupe des textes courts de quelques lignes voire d’une ligne unique, et des textes plus longs.

Le fond de Paroles mélange alors les références au surréalisme et à l’absurde, autant que les jeux de mots et l’oralité. C’est ce mélange des genres qui continue de séduire des générations d’écoliers pour son accessibilité et sa diversité, tant sur le fond que sur la forme. Si les textes les plus longs sont placés en début de recueil à l’instar des 16 lignes de Tentatives de description d’un dîner de têtes à Paris-France, Souvenirs de famille ou encore Événements, les textes courts sont parfois écrits en quelques vers ou en une seule ligne comme dans la Belle Saison. Ainsi Alicante, les Paris stupides, le Grand homme, le Cancre, le Miroir brisé, la Fête continue et l’Amiral ne sont constitués que de 4 à 6 vers voire quelques lignes. Cependant, le texte le plus long du poète est situé en milieu de recueil et s’intitule la Crosse en l’air. La tendresse et la violence sont ainsi étroitement liées dans la pensée de Prévert, dont l’humour et la dérision tranchent avec le mordant et la description crue des faits. Le corpus de l’œuvre du poète est ainsi constitué de Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France, de l’Effort humain, du Cancre, des Écritures saintes, de Pour Faire le Portrait d’un Oiseau Événements, puis de Barbara.

Paroles

Souvent qualifié de poète parisien bohème, Prévert fait aussi une déclaration d’amour aux petites gens et aux exploités, de même qu’à Paris et ses quartiers populaires. Contribuant largement à son succès auprès des lecteurs de la rue, Paroles s’inscrit également comme une description du réel et de la vie quotidienne des français. Ponctué par l’humour et les sentiments du quotidien, le recueil se lit parfois comme une succession de calembours judicieusement placés, de lapsus absurdes et de jeux de mots. Poème le plus lu de la littérature et de la poésie française, Paroles fait preuve d’un renouvellement perpétuel dont l’auteur semble sans cesse transformer la forme tout au long du recueil, pour mieux en illustrer les thèmes et leur universalisme.

Une très légère oscillation de Sylvain Tesson

Edité en 2017. France.

Sylvain Tesson

“ Je n’ai jamais pu aller au bout de moi-même, par peur du vide. “

En août 2014, Sylvain Tesson a frôlé la mort suite à un terrible et stupide accident. Une chute libre de 10 mètres alors qu’il escaladait la façade de la maison d’un ami. Et celui qui était déjà un boulimique de la vie est sorti du coma métamorphosé. Encore plus affamé qu’avant. Mais davantage tourné vers une certaine sagesse le poussant à réfléchir plus posément à la vie. A ses absurdités, ses contraintes, ses surprises et ses bonheurs.

Lorsqu’on lit ces chroniques qu’il a écrites pendant quelques années et qu’il a voulu rassembler dans ce livre, on y devine un frémissement, une ligne de pensée qui s’organise lentement en une très légère oscillation.

Et Sylvain Tesson, dans son style si particulier et si accrocheur, nous invite à ses coups de coeur et à ses colères. Il a l’art de torturer l’actualité pour en exprimer toutes les saveurs, succulentes, débiles ou écoeurantes.

Une très légère oscillation

Et l’auteur s’est même amusé à truffer cet ouvrage de jolis aphorismes dont la profondeur illustre on ne peut mieux sa vivacité d’esprit.

A coup sûr, un tournant dans l’écriture de celui qui a su renaître à la vie après avoir côtoyé la mort.

Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann

Jacky Schwartzmann
Jacky Schwartzmann

Edité en 2016. France.

Ce livre est drôle et même drôlissime.

C’est l’histoire d’un acheteur dans une entreprise multinationale qui en impose par une stature de déménageur. Il se promène dans sa vie avec un cynisme et une noirceur à toute épreuve. Rien ne l’arrête. Ni ses collègues de travail, ni les rencontres d’un soir et même pas la très belle Itsuka, le prototype de la tueuse, jeune, belle et diaboliquement intelligente qui ne vit que pour son travail, qui raisonne comme un ordinateur, qui vaut 100 k€, qui dialogue à coup de présentations Powerpoint et qui a un cul à se damner.

Tout y passe dans un style et une atmosphère où l’on pourrait retrouver Michel Houellebecq et Iain Levinson. Ca vous a des petites pointes d’humour anglais très décalé auquel on ne s’attend pas. La lecture de ce livre est rendue aisée par un chapitrage agréable sous forme de petites nouvelles dont les sujets divers et variés touchent à la réalité de notre quotidien.

Le personnage principal, Gaby Aspinall, règle ici ses comptes avec tout ce et tous ceux qu’il déteste : les syndicats, Alain Souchon, les gros cons de rugbyman…

Mais au fond de lui, cet homme a priori misanthrope est un idéaliste et un sentimental, qui parvient malgré lui à survivre au rachat de son entreprise par les Américains. La scène de son enlèvement par erreur avec le médiateur américain dans les toilettes de la société est un régal de finesse à deux niveaux, un dialogue d’exception entre deux victimes de l’aérophagie.

Et ce parfait salaud a pourtant, au plus profond de lui, des failles abyssales qui lui redonnent un peu d’humanité et que l’auteur finit par nous rendre sympathique.

Mauvais coûts

A lire pour voir autrement le monde si cruel des entreprises broyeuses d’hommes.

Jacky Schwartzmann est né à Besançon en 1972. Après des études de philosophie, il a exercé diverses professions : libraire, barman au Luxembourg, chef de rang dans divers restaurants. Il travaille maintenant… dans une multinationale.

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Edité en 2011. Etats-Unis.

Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Aussi fantasque que son titre, et drôle, tendre, incroyablement attachant : voici un premier roman comme on n’en a pas lu depuis longtemps, qu’on a hâte de se passer de main en main. Un chef-d’oeuvre d’humour anglais dû à la plume légère et fantaisiste de deux écrivains américaines. Un merveilleux catalogue de personnages liés par une amitié indéfectible ou une inimitié sans borne et qui sont capables de tout dire à propos de leurs congénères, les pires horreurs comme les plus beaux hommages. Ce roman est à lui-seul un véritable catalogue d’extraits et de phrases tous aussi ébouriffants les uns que les autres, toujours dans un style très respectueusement et cordialement épistolaire.

Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey ? Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal… Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise en panne d’inspiration, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, un natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis, un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d’un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d’une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et la fameuse tourte aux épluchures de patates…), délices bien évidemment strictement prohibés par l’occupant. Jamais à court d’imagination, le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d’humanité. Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d’autres habitants de Guernesey, découvrant l’histoire de l’île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l’impact de l’Occupation allemande sur leurs vies… Jusqu’au jour où elle comprend qu’elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l’invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu’elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais. Ce roman mêle la fiction à des éléments historiques nous permettant de comprendre la vie des insulaires de Guernesey pendant la seconde guerre mondiale, les seuls Anglais à avoir subi l’invasion de l’armée allemande et à avoir dû cohabiter avec l’ennemi.

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Certes ce livre est drôle mais il est aussi très riche d’enseignements sur les facultés de l’humain à rire de tout pour se protéger du pire.

 Mary Ann Shaffer est née en 1934 en Virginie-Occidentale. C’est lors d’un séjour à Londres, en 1976, qu’elle commence à s’intéresser à Guernesey. Sur un coup de tête, elle prend l’avion pour gagner cette petite île oubliée où elle reste coincée à cause d’un épais brouillard. Elle se plonge alors dans un ouvrage sur Jersey qu’elle dévore : ainsi naît sa fascination pour les îles anglo-normandes. Des années plus tard, encouragée à écrire un livre par son propre cercle littéraire, Mary Ann Shaffer pense naturellement à Guernesey. Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est son premier roman, écrit avec sa nièce, Annie Barrows, elle-même auteur de livres pour enfants. Mary Ann Shaffer est malheureusement décédée en février 2008 peu de temps après avoir su que son livre allait être publié et traduit en plusieurs langues.

Knock de Jules Romains

Edité en 1924. France

Jules Romains
Jules Romains

On ne présente plus le personnage du Docteur Knock immortalisé au théâtre par Louis Jouvet.

Ce médecin beau parleur a racheté au Docteur Parpalaid une maigre clientèle de province qui allait bien et qui ne faisait que très rarement appel à ses  compétences et à ses bons soins. C’est parce que le Docteur Parpalaid ne savait pas y faire et qu’il ne connaissait pas la célèbre méthode inventée par son successeur, méthode basée sur le principe fondamental que tout bien portant est immanquablement un malade en puissance qui vit en sursis, à ses risques et périls, sans se préoccuper davantage de la qualité de l’air qu’il respire ou de l’eau qu’il boit. Heureusement, le bon Docteur Knock saura les ramener à la raison sans perdre l’occasion de s’enrichir. A force de diètes et de régimes, il affaiblit chacun de ses patients au point de le rendre vulnérable et dépendant de ses soins. Même les plus récalcitrants tombent dans le panneau.

Dans cette pièce de théâtre, Jules Romains dénonce ces médecins insolents qui asservissent leurs patients mais il brocarde aussi ces patients naïfs et sans défense qui sont prêts à croire le premier venu dont la compétence ne repose que sur un charisme plein de grandiloquence et de faconde.

C’est un florilège de situations toutes aussi drôles les unes que les autres dans lesquelles l’ingéniosité et l’imagination de Knock forcent l’admiration du lecteur.

Knock

Heureusement depuis Knock, les temps et les relations entre médecins et patients ont bien changé…

Le brave soldat Chvéïk de Jaroslav Hašek

Edité en 1923. Tchéquoslovaquie.

Jaroslav Hašek
Jaroslav Hašek

Au lendemain de la première guerre mondiale, Jaroslav Hašek a écrit cette histoire d’un brave homme qui se trouve plongé dans le conflit au lendemain de l’assassinat de l’Archiduc François-Joseph à Sarajevo. Il est empreint d’un tel patriotisme qu’il passe son temps à clamer haut et fort ses convictions citoyennes et à beugler sa ferveur et son impatience à aller mourir pour son pays à la moindre occasion, alors que tous ses congénères rivalisent d’ingéniosité pour échapper à la guerre et à l’enrôlement en simulant qui une maladie, qui une infirmité. La candeur et la naïveté du soldat Chvéïk sont tellement déroutantes que tous le prennent au premier abord pour un abruti ou un sombre crétin, voire pour un calculateur qui a sûrement de mauvaises intentions. Mais non, il faut se rendre à l’évidence, Chvéïk est bien un brave gentil, réellement innocent, un peu demeuré et Hašek lui donne la parole pour dénoncer, caché derrière sa candeur, tous les travers et les défauts des hommes, des sociétés et des gouvernements de l’époque. Il ne devient malgré lui momentanément malhonnête que par pur altruisme et pour aider gratuitement son prochain comme lorsqu’il chasse le créancier de l’aumônier ou qu’il vole un chien pour l’offrir à son maître. C’est évidemment très drôle mais aussi bougrement politique car Hašek est habile et se sert de Chvéïk comme d’un bouffon qui pointe toutes les aberrations du monde qui l’entoure, finalement en toute impunité. Il finit même par s’attirer la sympathie de ses supérieurs, illustrant par là le fait bien établi que la félicité est bien l’apanage des simples d’esprit. Chvéïk va même plus loin car, alors que tous pensent que le désordre politique sera éphémère, il prédit le conflit européen en parfait visionnaire. Le soldat Chvéïk finira par vraiment partir à la guerre et l’on suppose que sa gentillesse et sa bonté le protégeront dans toutes les situations même les plus périlleuses.

Le brave soldat Chvéïk

Un récit satirique très bien écrit dans lequel on peut retrouver un peu du père Ubu et du sapeur Camember et qui permet aussi de mieux comprendre les rouages et le climat de cette période trouble de l’histoire du monde.

Jaroslav Hašek (30 avril 1883 – 3 janvier 1923) est un romancier, humoriste et journaliste libertaire d’origine tchèque, rendu célèbre par son chef-d’oeuvre satirique, le Brave Soldat Chvéïk. Il représente, avec Franz Kafka, le renouveau littéraire pragois du XXème siècle. Hašek, alcoolique et dépressif, se caractérise par un style littéraire populiste expliquant entre autre son succès.

Jouez hautbois, résonnez musettes. Goualantes sataniques de Guy Thomas

Edité en 1996. France.

Guy Thomas
Guy Thomas

Vous ne connaissez pas ce monsieur de 80 ans à la verve bien sentie et à l’impertinence féconde ?

Il est Jurassien et vit près de Champagnole. Il a écrit les textes d’une trentaine de chansons de Jean Ferrat mais s’est également illustré comme poète libertaire à Hara Kiri ou dans d’autres ouvrages. J’ai fait sa connaissance en mars 2014 lorsqu’il est venu à Authume en compagnie de Josette Jagot qui a interprété quelques chansons de Ferrat.

L’occasion pour lui de nous lire quelques uns de ses poèmes dont “Le cul d’Emilie“ ou “Un vieux“, deux très jolis morceaux d’anthologie de la littérature libertaire et réaliste.

Je me suis ensuite très rapidement plongé dans la lecture de “Jouez hautbois, résonnez musettes. Goualantes sataniques“.

Jouez hautbois, résonnez musettes

Un petit livre délicieux, à découvrir absolument pour vous régaler d’alexandrins graves ou facétieux mais toujours le fruit d’une observation très affutée de la vie…

Guy Thomas et Josette Jagot Authume (Jura) - Mars 2014
Guy Thomas et Josette Jagot
Authume (Jura) – Mars 2014

Bienvenue au club de Jonathan Coe

Edité en 2001. Angleterre.

Jonathan Coe
Jonathan Coe

The Rotter’s Club

Dans ce roman, premier volet du diptyque se poursuivant par Le Cercle fermé, l’auteur nous retrace la vie de Benjamin, Philip, Doug entre autres, jeunes lycéens de Birmingham dans les annnées soixante-dix, lors de la montée du thatchérisme dans une Grande-Bretagne en profonde mutation. Il nous les décrit complices mais parfois farouches adversaires, aux prises avec leurs premières expériences sexuelles, confrontés à la société anglaise en totale transformation, souvent en conflit avec des parents eux-mêmes balottés et tiraillés entre tous leurs problèmes conjugaux, sociaux et moraux. Et puis, il est pour eux absolument primordial de pouvoir intégrer le club du lycée, étape indispensable et tremplin idéal vers l’université qui se profile à l’horizon. C’est très finement écrit avec un humour frôlant en permanence au moins le deuxième degré. Tout n’est pourtant pas si drôle lorsque l’auteur nous raconte la mort de Malcolm, pulvérisé par l’explosion d’une bombe de l’IRA dans un pub, laissant sa petite amie Loïs, la jeune fille de la famille Trotter, totalement traumatisée, ou lorsqu’il nous parle de la répression policière violente des manifestations sociales. Jonathan Coe s’y moque allégrement de ses compatriotes dans une ironie dans laquelle il manie le paradoxe d’être à la fois très anglais tout en étant redoutablement anglophobe. II nous gratifie même de quelques piques d’une grivoiserie outre-manche sans égale, le dépucelage d’un Benjamin alcoolisé dans une armoire étant un modèle d’humour ravageur et déjanté… L’auteur termine ce roman en se livrant à une petite fantaisie littéraire : un chapître de 48 pages intitulé “sous-bock vert“ (un titre à la Philippe Delerm) qui n’est en fait qu’une seule phrase et un monologue sans fin dont on espère le point final tout en le souhaitant le plus tard possible.

Bienvenue au club

Je ferme ce roman en n’ayant que l’envie de lire sa suite au plus vite…

Jonathan Coe, né le 19 août 1961 à Birmingham, est un écrivain britannique.

Il a étudié à la King Edward’s School à Birmingham et au Trinity College de Cambridge avant d’enseigner à l’Université de Warwick.

Il s’intéresse à la fois à la musique et à la littérature, car il fait partie du groupe de musique The Peer Group, puis des Wanda and the Willy Warmers, un orchestre de cabaret féministe pour lequel il écrit des chansons et joue du piano.

Il doit sa notoriété à son troisième roman, Testament à l’anglaise. Cette virulente satire de la société britannique des années du thatchérisme a connu un important succès auprès du public et a obtenu le prix du Meilleur livre étranger en 1996.

Jonathan Coe a également reçu le prix du Meilleur roman de la Writer’s Guild of Great Britain en 1997 et le prix Médicis étranger en 1998 pour La Maison du sommeil.

En 2001 et 2004, le diptyque Bienvenue au Club (The Rotters’ Club), suivi par Le Cercle fermé (The Closed Circle), traite des aventures d’un même groupe de personnes pendant leur dernière année de lycée dans le premier roman, puis vingt ans plus tard dans le second. Ces deux romans servent l’auteur dans sa fresque du Royaume-Uni des années 1970 et 1990, pour mieux observer les mutations profondes subies par la société entre ces deux dates, en raison des réformes thatchéristes et blairistes.

Il a été l’un des membres du jury de la Mostra de Venise 1999.

Petit traité d’intolérance de Charb

Edité en 2009. France.

Charb
Charb

Charb, dessinateur satirique assassiné le 7 janvier 2015 lors d’une conférence de rédaction de Charlie Hebdo, en était le directeur de la publication depuis 2009.

Dans ce très court recueil, il règle ses comptes avec tous ces détails de la vie quotidienne qui lui hérissent le poil. Chacun en prend pour son grade dans ces cinquante chroniques dures et acides mais d’une drôlerie incomparable, brossées dans un style vivant et provocateur.

Celui qui affirmait “Je ris de ce que je veux, quand je veux“ passait ainsi à l’acte en collant au piloris de sa plume entre autres les lecteurs de journaux gratuits, les chauves à perruques, les journalistes sportifs, les fabricants de chaussures et les uniformes des agents de la circulation.

Petit traité d’intolérance

Ces pages n’en ont que plus de saveur et se lisent avec un rire intérieur un peu amer, coincé au fond de la gorge, leur auteur étant depuis mort en martyr de sa gouaille et de sa libre-pensée.

Stéphane Charbonnier dit Charb est né le 21 août 1967 en France à Conflans-Sainte-Honorine. Il apprend à dessiner pendant les cours de maths et bon an, mal an finit par être un peu moins nul en dessin qu’en maths. Il publie ses premiers dessins dans le journal du collège à Pontoise où il signe encore de son vrai nom, Charbonnier. Sa signature prend souvent plus de place que le dessin qui l’accompagne, au lieu d’agrandir le dessin, il finit par rétrécir son nom. Il dessine ensuite pour les Nouvelles du Val-d’Oise, l’hebdomadaire local, tout en préparant un bac qu’il aura du mal à avoir du deuxième coup. Il entame un BTS de pub qui, pense-t-il, lui permettra d’apprendre à dessiner tout en lui garantissant un boulot à la sortie. Il arrête tout au bout de trois mois réalisant que le monde de la pub ne correspond pas à la caricature qu’on en fait : la réalité est bien pire. Il dessine alors pour les programmes des salles de cinéma Utopia. La charge de travail n’étant pas suffisante pour justifier un salaire de TUC (travail d’utilité collective), il nettoie aussi les chiottes puis devient surveillant dans un collège d’Argenteuil. Dans le même temps, il place quelques dessins à droite et à gauche (surtout à gauche en fait) et se défoule dans le fanzine Canicule. En 1991, il collabore régulièrement à La Grosse Bertha qu’il quittera en juillet 1992 avec le gros de l’équipe pour participer au relancement de Charlie Hebdo dans lequel il publie encore aujourd’hui l’essentiel de ses dessins et de ses textes. On a pu voir ou apercevoir aussi, au cours des vingt dernières années, ses dessins avec une fréquence variable dans le Monde Libertaire, Télérama, Mon Quotidien, l’Humanité, l’Hebdo, le monde des ados, Fluide Glacial, l’Écho des Savanes, Libération, les Cahiers pédagogiques, la Nouvelle Vie Ouvrière, Rouge, Zoo, Canal+…

Victime d’un assassinat programmé. Le 7 janvier 2015, Charb a fait partie des victimes de l’attentat terroriste islamiste perpétré contre Charlie Hebdo : en pénétrant dans la salle où se tenait la conférence de rédaction, les terroristes se sont d’abord assurés que Charb était bien là en le nommant, puis ils l’ont éxécuté en premier, avant de tirer en rafales sur les autres personnes présentes. Il a été inhumé à Pontoise  le 16 janvier 2015 .