Serre Vivante – Novembre 2017

Serre Vivante – Novembre 2017

Just Kids de Patti Smith

Edité en 2010. USA.

Patti Smith

Patti Smith nous raconte ici sa vie au côté de Robert Mapplethorpe.

De leur rencontre à leur arrivée à New York, elle  nous fait partager tous ses instants de bohème et son cheminement dans sa longue quête artistique. D’abord écrivaine et poète, puis peintre, elle finira par devenir chanteuse à l’époque d’Andy Warhol et de sa vague Pop Art. On y croise aussi Lou Reed, chantre incontesté du Velvet Underground.

Toute une époque que Patti Smith nous présente ici. La vie semblait si simple, avec son lot de galères certes mais aussi de petits bonheurs, et le succès à la portée de tous. Mais Robert Mapplethorpe, génial photographe dont les oeuvres illustrent le livre, comme bien d’autres s’y est brûlé les ailes et succombera victime de ses expériences sexuelles et du SIDA. Et il plane aussi sur ces pages l’ombre bienveillante de Bob Dylan et les fantômes de Janis Joplin et de Jimmy Hendrix.

Robert laissera alors à Patti Smith le soin de raconter leur histoire, celle de deux oiseaux perdus dans une tourmente de folie et de débauche, propice aux excès et à la création.

Il faut lire ces pages bien sûr comme un reportage autobiographique qui nous invite dans la chambre 206 du Chelsea Hotel en se laissant aller au style si particulier de Patti Smith, dans une prose empreinte d’une douce poésie à l’instar de sa voix, mais aussi comme un hymne à cette période féconde qui a marqué l’Amérique à tout jamais.

Just kids

C’est pour ça qu’il faut lire Just kids, mais qu’il faut parcourir ces mots en se laissant bercer par les mélodies de Patti Smith. Parce que le timbre de sa voix est indissociable de la légèreté de sa plume.

Ecoutez Birdland de l’album Horses en lisant les poèmes de Patti…

Il était un piano noir… Mémoires interrompus de Barbara

Edité en 1999. France.

Barbara

Barbara se raconte.

Depuis son enfance de petite fille juive qui ne rêvait que de chanter et se destinait à une vie d’artiste au grand dam de ses parents qui finissent par la soutenir jusqu’aux scènes mythiques où elle n’apparaissait qu’en compagnie de son piano noir, Barbara nous fait partager ses joies, ses peines, ses doutes et ses coups de coeur.

A la rencontre de l’une des plus saisissantes figures de la chanson française… De l’enfance vagabonde à la « longue dame brune » en passant par les années de l’Ecluse et Göttingen, Barbara dit ses fous rires, ses passions et ses larmes. Un témoignage beau et sensible, brutalement interrompu au mois de novembre 1997.

Un autoportrait simple et déchirant qui permet de découvrir ou redécouvrir cette merveilleuse artiste qui nous a quittés voici vingt ans.

Il était un piano noir… Mémoires interrompus

La réédition de ce livre est l’un des évènements de cette année rendant hommage à l’artiste de même que la sortie récente du film de Mathieu Amalric Barbara avec l’actrice Jeanne Balibar dont la ressemblance avec la chanteuse est plus que troublante.

L’Association Comtoise d’Auteurs Indépendants m’a interrogé – 5 juillet 2017

Dole (Jura) – 5 juillet 2017

Voici le texte de l’interview qu’Adeline Demésy a faite à mon sujet pour le compte de l’Association d’Auteurs Comtois Indépendants (ACAI).

Michel Brignot

ACAI : Depuis combien de temps faites-vous partie de l’ACAI ?

Michel Brignot : Mon adhésion à l’ACAI est en fait toute récente et date de début 2017. Après avoir entendu parler de l’association depuis de nombreuses années et même rencontré certains de ses membres lors de salons littéraires ou de manifestations diverses, j’ai eu envie d’y adhérer. J’aime bien le principe d’un groupe d’écrivains amateurs plus ou moins éclairés qui s’entraident mutuellement pour faire avancer au mieux leur passion de l’écriture. Ces rencontres sont toujours enrichissantes et formatrices.

ACAI : Pouvez-nous dire quand est née votre envie d’écrire ?

Michel Brignot : Oh, de longue date. Je crois que j’ai eu envie d’écrire très tôt dans ma vie, en même temps que j’ai découvert mon gout pour la lecture. C’est réellement mon instituteur de Cours Moyen dijonnais, Albert Meney, qui m’a fait découvrir ce monde des mots et des histoires et qui a sans doute été à l’origine de cette facette de ma personnalité. Il a d’ailleurs gentiment accepté de préfacer mon premier livre sorti en 2008. Nos relations sont alors vraiment devenues amicales et naturelles.

ACAI : Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ? (journaux, littérature, littérature jeunesse, bandes dessinées,…). Quels sont les auteurs qui vous inspiraient ? Et aujourd’hui ?

Michel Brignot : Quand j’étais enfant, j’adorais les auteurs classiques tels Alexandre Dumas, Victor Hugo ou Théophile Gautier qui avaient eu le génie d’écrire des sagas et des aventures me permettant de plus de découvrir la société de leur époque. Je lisais aussi les incontournables Aventures de Tintin. Plus tard, adolescent, j’ai aussi eu ma période Jack London et ses immensités et Jules Verne qui me fascinait pour l’originalité de ses intrigues toujours sous-tendues par une étonnante richesse scientifique. Depuis une trentaine d’années, je lis un peu de tout. Des auteurs du monde entier, surtout contemporains, mais très peu de poésie ou de théâtre. J’ai une véritable admiration entre autres pour certains écrivains américains tel Jim Morrisson ou pour Arto Paasilinna, auteur finlandais dont je ne me lasse jamais pour sa verve, son insolence et son originalité. Et j’ai un faible tout particulier pour les écrivains italiens contemporains mais ça, c’est parce que j’adore l’Italie et sa culture. Alors, je m’essaie même à les lire dans leur langue d’origine…

ACAI : Avant la publication de votre premier livre, connaissiez-vous d’autres écrivains, des journalistes, des éditeurs ? Vous ont-ils aidé ?

Michel Brignot : À vrai dire, je n’avais jamais rencontré aucun écrivain, célèbre ou moins, avant de commencer moi-même d’écrire pour me faire lire. Ca n’est que depuis une dizaine d’années que j’ai franchi le pas et que j’ose rencontrer d’autres écrivains, soit pour échanger sur leurs textes, soit pour parler avec eux des joies et des difficultés parfois de la création littéraire. Mais j’avoue que ce sont surtout ceux qui ont jugé mes textes dans le cadre de concours d’écriture qui m’ont poussé à publier mes écrits sans toutefois m’apporter aucune aide logistique.

ACAI : Quel était le genre littéraire de votre premier ouvrage ? Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ?

Michel Brignot : Mon premier ouvrage était un recueil de nouvelles très courtes d’environ 2 pages chacune « Hors du bocal ». 50 textes écrits à partir de souvenirs d’enfance qui sont en fait comme un reportage sur la société de l’époque. J’ai mis environ 3 mois pour l’écrire, en retravaillant souvent les textes.

ACAI : Quand avez-vous publié votre premier livre ? Quel était le mode d’édition (éditeur et lequel, ou autoédition) ? Vous rappelez-vous votre sentiment lorsque votre premier livre a été publié ?

Michel Brignot : J’ai publié en auto-édition mon premier livre en 2008. Je l’ai sorti très timidement à 500 exemplaires en osant à peine le présenter autour de moi. C’était la première fois que j’écrivais pour être lu en dehors d’un concours d’écriture. Et puis j’ai été surpris du très bon accueil que le livre a reçu auprès de la presse locale et du grand public. La préface de mon instituteur d’enfance a été très remarquée et a servi de catalyseur au succès du livre. Ca s’est fait très rapidement après mes 50 ans, un peu sur un coup de tête, en ayant l’idée de laisser une trace originale de mon passage sur terre. Les retrouvailles avec mon instituteur d’enfance perdu de vue 40 ans plus tôt m’ont indéniablement motivé dans mon projet.

ACAI : Parlez nous de votre premier livre…

Michel Brignot : Comme je le disais plus haut, j’ai symboliquement voulu fêter mes cinquante ans en écrivant « Hors du bocal », 50 nouvelles autobiographiques relatant des faits ou des moments de vie d’un petit garçon du siècle dernier. J’aime bien le style de la nouvelle qui demande une grande précision dans l’écriture et une trame qui soit soutenue dès le premier mot.

ACAI : Au moment de sa sortie, comment avez-vous procédez pour le vendre et le faire connaître ?

Michel Brignot : Le livre a été présenté dans les librairies locales avec le soutien de la presse et des radios locales. Ensuite, le bouche à oreille a fait le reste.

ACAI : Comment votre livre a-t-il été commenté au moment de sa sortie et ensuite ? Avez-vous été étonné de cette réception ?

Michel Brignot : Le livre a été commenté très favorablement lors de sa sortie, tant pour son contenu que pour le style. J’en ai été agréablement surpris mais finalement, ça n’a fait que conforter l’avis de mes précédents juges en écriture qui me conseillaient tous de publier mes écrits.

ACAI : Avez-vous participé à des concours littéraires ? Avez-vous reçu des prix ? Comment la participation se déroulait-elle ?

Michel Brignot : Oui, de très nombreuses fois pendant environ dix ans, en terminant toujours aux places d’honneur. J’ai notamment été lauréat d’un concours de nouvelles dont le prix m’a été remis par André Besson en octobre 2014. Généralement, je participe à des concours où une idée de départ assez large est proposée avec comme contrainte de ne pas dépasser un certain volume ou un nombre de caractères.

ACAI : À partir du moment où vous avez publié votre premier ouvrage, vous a-t-il été plus facile (plus difficile) de publier ensuite ?

Michel Brignot : Ni l’un ni l’autre. Je n’ai jamais vraiment cherché à être édité jusqu’à 2016 où je suis devenu un peu plus connu. J’aurais peut-être dû envoyer plus tôt mes manuscrits à des éditeurs pour voir le retour mais j’ai toujours auto-édité mes livres en comptant sur la fidélité d’un lectorat local pour en faire la promotion.

ACAI : Pouvez-vous me parler en quelques mots de vos autres livres que vous avez publiés (ou s’il y en a trop, de quelques-uns de votre choix) ? Est-ce qu’ils sont d’un genre particulier ? Pouvez-vous dire quelques mots du thème ou de l’histoire ? Des personnages ? Est-ce que ça se passe à une époque et dans un lieu particulier ?

Michel Brignot : Beaucoup de nouvelles et de récits souvent très éclectiques jusqu’à ce roman « Morrison’s Jig » que j’ai sorti en 2012. Il s’agissait de mon premier roman qui se passait essentiellement en mer, au large des côtes bretonnes, un endroit que j’affectionne et avec une intrigue sur deux périodes différentes entre le XVIIIème et le XXème siècle. J’y ai mis en scène des personnages très typés dont un vieux professeur d’optique qui enseigne au Trinity College de Dublin. Un vieux fou idéaliste qui embarque ses étudiants dans ses chimères…

ACAI : Est-ce que vous avez écrit ce(s) livre(s) pour une occasion particulière ou pour témoigner de quelque chose en particulier ?

Michel Brignot : À part mon premier livre «  Hors du bocal » que j’ai sorti l’année de mes 50 ans, les autres livres sont arrivés au gré de mes créations sans calcul ni raison particulière.

ACAI : Où puisez-vous vos inspirations ? Comment procédez-vous pour faire naitre vos idées, histoires, personnages ? (plan précis ou non, travail sur carnet ou logiciel spécifique, idées au fur et à mesure,…). En clair, quels sont vos secrets pour écrire ?

Michel Brignot : Je m’inspire essentiellement du produit de mes observations de la vie, aussi bien des lieux que des individus. J’ai la chance d’avoir une mémoire visuelle un peu photographique qui me fait capter le moindre détail qui pourra me parler. Ensuite, sur un petit carnet noir, je jette les premières idées que j’étoffe au fur et à mesure. Lorsqu’il y a des personnages, je leur donne vie. Je leur invente un destin, un passé, un caractère, une famille. Là, je travaille avec des fiches pour arriver à m’y retrouver. L’écriture de l’histoire vient ensuite, relativement facilement, mais toujours après ce gros travail de préparation. Lorsque l’intrigue le nécessite, je fais aussi des recherches de documentation sur l’époque, la société, l’actualité. C’et très excitant et ça permet de plus d’apprendre une foule de choses sur une période donnée.

ACAI : En dehors de votre activité d’écrivain, est-ce que vous travaillez ? Quelle est votre profession ? Quand trouvez-vous le temps pour écrire (soir, week-end, matin, peu importe…) ?

Michel Brignot : En dehors de mon activité d’écrivain, je suis médecin, pneumologue et médecin du sport sur Dole et sur Besançon, ce qui me laisse évidemment peu de temps pour écrire d’autant que je suis aussi un gros lecteur. Lorsque je suis dans la phase d’écriture d’un projet, je suis plutôt du matin, tôt, avant de vraiment commencer ma journée de travail.

ACAI : Quelles sont vos autres passions, hobbies ?

Michel Brignot : En dehors de la lecture et l’écriture, je suis aussi très sportif. Après avoir traversé diverses disciplines, je pratique la voile et l’aviron depuis une dizaine d’années. Je suis également passionné par la culture italienne en général et la langue italienne en particulier, langue que j’aime lire et parler, même seul, pour jouer avec les mots et leur musique. J’aime aussi la mer et la Bretagne, mais là, c’est plus compliqué. Nous sommes loin de la côte ouest…

ACAI : Où les lecteurs peuvent-ils trouver vos ouvrages ? Site internet ? Blog ?

Michel Brignot : Mes ouvrages sont essentiellement disponibles dans les librairies doloise et régionales pour les deux derniers. « Mémoire d’aviron » est aussi distribué sur le circuit des régates d’aviron. Les autres livres sont disponibles sur la boutique de mon blog littéraire « Chemin Blanc » ou directement auprès de moi.

Chemin Blanc : https://www.michelbrignot.com

ACAI : Etes-vous actuellement en train de travailler pour un futur ouvrage ? Si oui, dites nous en plus…

Michel Brignot : Cette année, j’étais étudiant sur une formation médicale de 3ème cycle, alors j’ai eu moins de temps pour écrire. Mais j’ai commencé de réfléchir à un recueil de nouvelles dont le thème directeur serait la différence. Quelques pistes pour l’instant. Mais je ne me précipite pas, car je tiens à rester dans le plaisir de l’écriture sans me mettre de contrainte…

Association Comtoise d’Auteurs Indépendants – 20 Rue des Vignes 25115 POUILLEY LES VIGNES

09 79 09 36 82 – claudegil2@orange.fr

Adios Hemingway de Leonardo Padura

Edité en 2007. Cuba.

Leonardo Padura

Dans le jardin de la Finca Vigia, la maison-musée d’Ernest Hemingway, on déterre un cadavre portant l’insigne du FBI. Ce cher Ernest serait-il l’assassin ? Pas facile d’enquêter après tant d’années, surtout sur un écrivain de cette stature, qui vous inspire des sentiments ambigus d’admiration et de haine. Mario Conde, l’ancien flic, prend son courage à deux mains et exhume le souvenir de ce monstre sacré, généreux, odieux, inoubliable.

Leonardo Padura donne ici la parole à l’écrivain et à tous ceux qui l’ont connu lors de son séjour à La Havane pour faire de ce roman un hommage biographique posthume à Papa, celui qui est devenu un mythe sur l’ile. Cette enquête n’est en fait qu’un prétexte pour nous emmener sur les traces du vieil homme grand amateur d’armes et de combats de coqs. déclinant et se sentant gagné par la maladie. Le policier retrouve et interroge quelques survivants nostalgiques de cette époque pour lesquels la culpabilité d’Hemingway parait impossible. Certes, il était volontiers irascible et fougueux mais savait aussi se montrer tellement généreux. Et si tous s’était trompé sur la véritable personnalité d’Ernesto ?

Alors où s’arrête la réalité et où débute la fiction ?

Adios Hemingway

A vous d’en décider en suivant l’enquête de Mario Conde.

Merci à Eric Tavernier, récemment revenu de Cuba, de m’avoir fait découvrir ce roman.

Magellan de Stefan Zweig

Edité en 1938. Autriche.

Stefan Zweig
Stefan Zweig

C’est sur un paquebot trop confortable, en route pour l’Amérique du Sud, que Stefan Zweig eut l’idée de cette odyssée biographique. Il songea aux conditions épouvantables des voyages d’autrefois, au parfum de mort salée qui flottait sur les bougres et les héros, à leur solitude. Il songea à Magellan, qui entreprit, le 20 septembre 1519, à 39 ans, le premier voyage autour du monde. Un destin exceptionnel… Sept ans de campagne militaire en Inde n’avaient rapporté à Magellan le Portugais qu’indifférence dans sa patrie. Il convainc alors le roi d’Espagne, Charles-Quint, d’un projet fou : “ Il existe un passage conduisant de l’océan Atlantique à l’océan Indien. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l’est à l’ouest “ (C’était compter sans l’océan Pacifique, inconnu à l’époque…).

En réponse à l’expédition de Christophe Colomb partie vers l’ouest pour découvrir la route des Indes, Magellan met le cap vers le sud en espérant trouver un passage vers l’autre océan. Il devra faire preuve d’une froide détermination pour résister à un équipage fatigué d’explorer des passes et des estuaires ne menant à rien.

Jalousies espagnoles, erreurs cartographiques, rivalités, mutineries, désertions de ses seconds pendant la traversée, froids polaires, faim et maladies, rien ne viendra à bout de la détermination de Magellan, qui trouvera à l’extrême sud du continent américain le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Partie de Séville avec cinq cotres et 265 hommes, l’expédition reviendra trois ans plus tard, réduite à 18 hommes sur un bateau tenant à peine la mer et les cales pleines des précieuses épices. Epuisée, glorieuse. Sans Magellan qui trouva une mort absurde lors d’une rixe sur une plage avec des sauvages aux Philippines, son exploit accompli. Dans ce formidable roman d’aventures, Zweig exalte la volonté héroïque de Magellan, qui prouve qu’ “ une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables “.

Magellan

Le récit d’une vie extraordinaire que Stefan Zweig nous présente à la façon d’une épopée romanesque pour rendre hommage à celui qui permit d’appréhender les rondeurs de notre planète.

Le vieux saltimbanque de Jim Harrison

Edité en 2016. USA.

Jim Harrison
Jim Harrison

C’est le dernier roman dont nous a gratifié Big Jim avant de tirer sa révérence le 26 mars 2016. Adoptant un ton délibérément irrévérencieux à son égard, Jim Harrison avait hésité à l’intituler Le Vieux bâtard. Il s’agit bien sûr d’un récit autobiographique qui nous raconte la vie d’un paysan éleveur de cochons, grand buveur et épicurien dans les limites élastiques de ses possibilités. Comme l’auteur, il s’est retrouvé accidentellement borgne dans sa jeunesse. Jim Harrison nous dépeint la vie de cet homme dans un style la fois riche et vivant, ponctué de bons mots paillards, le déroulement de ses journées entre une femme qu’il n’arrive plus à aimer et les charmantes rencontres du voisinage, bien trop rares à son gout, et à qui son sexe fatigué ne peut plus rien offrir.

La vie coule tout simplement au fil des pages, Jim Harrison nous livrant les états d’âme et les réflexions de ce paysan poète et rêveur qui se prend d’affection pour ses cochons mais se consume à l’idée qu’on les tue pour les manger. L’enterrement de la petite Alice, sa jeune truie morte bien trop tôt, est un grand moment d’émotion empreint de douceur et de nostalgie. Jim Harrison fait encore ici preuve d’une magnifique finesse de plume qui contraste avec la rudesse de son apparence.

Le vieux saltimbanque

Et ce livre, le testament littéraire de Jim Harrison, fourmille de détails cocasses ou touchants sur les moeurs du paysan : son besoin d’écrire tous les jours, sa manie de faire des poésies à propos d’évènements les plus insignifiants, les inconvénients d’avoir un gros ventre qui rend la vie compliquée, l’inspiration littéraire qui n’est jamais tant là que lorsqu’il cède à ses envies de manger, la disparition de sa sexualité le condamnant à aller s’asseoir sur ce qu’il appelle amèrement “ le banc des bites mortes “, l’affection renaissante du couple lors de la mort du meilleur ami du paysan. L’auteur justifie à chaque fois les dérapages de son personnage. Mieux, à travers son héros qui n’est autre que son alter ego, Jim Harrison revendique ses écarts de conduite pour faire de ses défauts des qualités rares en voie d’extinction.

Avant de nous quitter, Jim Harrison a peint ici un dernier tableau d’une Amérique rurale haute en couleur. Ce roman et ces mémoires sont le témoignage d’une époque qui sera bientôt révolue.

Jim Harrison
Jim Harrison

Jim Harrison, nom de plume de James Harrison, né le 11  décembre 1937 à Grayling dans le Michigan et mort le 26 mars 2016 à Patagonia en Arizona.

La politesse de François Bégaudeau

Edité en 2015. France.

François Bégaudeau
François Bégaudeau

François Bégaudeau, auteur français né en 1971, n’en est pas à son coup d’essai puisque La Politesse est son 20ème titre. Celui qui a connu le succès en 2006 avec  Entre les murs manie ici la plume avec une légèreté et une gravité déconcertantes. Dans ce roman très autobiographique, il flagorne allègrement et se moque de tous ceux qu’ils côtoient au quotidien. Que ce soient ses collègues écrivains, les médias, les lecteurs traînant les salons, les affamés de la dédicace, les faux intellectuels ou les snobinards de la culture, tout le monde a droit à son costard que Bégaudeau se complaît à lui tailler sur mesure. On se demande même comment il peut encore avoir du succès et rencontrer un accueil favorable auprès du public ou comment il arrrive encore à dénicher un éditeur qui accepte de le publier. Mais le style et le talent de Bégaudeau sont tels qu’on lui pardonne finalement cette irrespect même lorsqu’on se reconnaît dans l’un de ses lecteurs admiratifs qu’il écorche avec volupté. Tout nous est livré de façon brute, comme par pavés qu’il nous lance à la figure.

Tout semble ici facile dans un style inimitable. L’auteur nous emmène où il veut et se gave de digressions diverses sur des sujets qu’on n’attend jamais. Les dialogues sont drôle, désopilants mais aussi tellement vrais. C’est à peine caricaturé. Et c’est là le charme de cet auteur qui égratigne en divertissant mais qui assène aussi de puissantes vérités sur notre monde.

Bégaudeau est cruel, mais il est cruellement drôle. Alors pour ma part, je lui pardonne ces insolences qui m’ont fait passer de très bons moments.

“Ecrire la vie est un pléonasme“ fait il avouer à l’un de ses personnages.

Finalement, tout est dit dans ces quelques mots…

La politesse
La politesse

Autobiographie de François Bégaudeau – Extrait de “Au Début“

“Si j’avais à me décrire de la tête aux pieds, je commencerais par la tête et finirais par les pieds.

Ma tête a longtemps été jugée grosse par ma mère. Puis par les journalistes.

Les esprits bienveillants qui me recommandent des implants ignorent que ma calvitie est volontaire, mûrement méditée.

J’ai des yeux clairvoyants et des oreilles qui respirent l’intelligence.

Mon nez n’est pas très doué en odorat. Il a d’autres talents, comme l’imitation du lapin.

Sans la science je serais passablement édenté.

En revanche le menton n’a pas été refait.

Ni retendue la peau de mon cou.

Je n’ai pas beaucoup de poitrine.

Le grain de beauté sous mon téton gauche est une marque d’allégeance à l’Islam.

Mon nombril se croit le centre du monde.

A l’inverse des mains qui s’activent en marge, tournicotent, attrapent une mouche, la portent aux lèvres qui la gobent.

Ce qui explique mon foie déglingué.

A côté on dirait presque que mon sexe fonctionne.

J’ai autant de genoux que de chevilles et de pieds.

C’est logique.

C’est bien foutu.

Je suis bien foutu.

Quand je me regarde je me dis qu’il y a un Créateur, et un sacré.

Un amoureux de l’Harmonie.

Je suis harmonieux. Gageons que je suis immuable et immortel, sinon ce sera une grosse perte.

Ma mort sera une grosse perte pour moi.“

Lune de miel de François Cavanna

Edité en 2011. France.

François Cavanna
François Cavanna

En 2011, François Cavanna, le petit Rital, est maintenant devenu grand et même vieux. Atteint de la maladie de Parkinson, lui qui n’écrit qu’à la main sait qu’il produit là sa dernière oeuvre, son chant du cygne. Il nous gratifie encore une fois de nombreuses anecdotes sur sa vie au STO en Allemagne ou sur l’aventure de presse totalement folle d’Hara-Kiri et de Charlie Hebdo au côté de ses compètres Reiser, Cabu, Wolinski et Choron. On retrouve dans ces pages toute la gouaille du bonhomme mais aussi une énorme tendresse qui lui fait aussi bien châtier ses ennemis qu’aimer ce monde qui le dépasse de plus en plus. Il exprime aussi ici quelques regrets de ne pas avoir été le père qu’il aurait aimé être.

C’est du grand Cavanna parce qu’on sait que c’est son testament littéraire et qu’après avoir lu tous ses livres, on ne pourra plus que les relire…

François Cavanna, ce géant aux pieds d’argile, s’est finalement libéré de sa maladie de Parkinson et nous a quitté à 90 ans le 29 janvier 2014, laissant derrière lui un grand vide et le souvenir d’une gueule sympathique au regard malicieux et au sourire effronté…

Lune de miel

Encore plus émouvant à lire maintenant…

François Cavanna – Mort d’un “Rital“

L’écrivain et journaliste François Cavanna est mort à l’hôpital de Créteil, mercredi 29 janvier, à l’âge de 90 ans. Auteur d’une cinquantaine de livres, dont Les Russkoffs et Les Ritals, il fut le cofondateur avec Georges Bernier dit Choron, du journal satirique Hara-kiri qui révolutionna la presse française et ouvrit la voie à Mai 68.

Drôle de parcours suivi par cet autodidacte dont la prose figure aujourd’hui dans les manuels scolaires. Né en 1923, François Cavanna, fils d’un terrassier italien et d’une femme de ménage originaire de la Nièvre, a grandi à Nogent-sur-Marne où il a subi le racisme réservé aux rejetons d’immigrés. Dans Les Ritals, il racontera cette enfance en marge du Front populaire, le ghetto familial, les fugues à vélo et sa passion viscérale pour la littérature. Cet ardent défenseur de la langue française ne cessera de rendre hommage à l’école républicaine et aux maîtres qui lui avaient inculqué le désir d’apprendre.

Démolition de l’hypocrisie

Postier en 1939, maçon trois ans plus tard, il fut, le jour de ses 20 ans, enrôlé dans le Service du travail obligatoire (STO) puis expédié dans une usine d’armement à Berlin. Il y connut la faim, la souffrance et les humiliations de ceux qui ne furent  “ni des héros ni des traîtres“. Cet épisode, il le relatera dans Les Russkoffs (prix Interallié 1979), Avec Maria, Cavanna achèvera sa trilogie autobiographique. Maria était cette jolie et chantante Ukrainienne qui avait égayé les noires années de la guerre et dont il était tombé éperdument amoureux. Séparés par les événements en 1945, il traîna, à son retour en France, un “cafard poisseux“ sur les quais de Seine. Il passa des années à essayer de la retrouver, ignorant tout de son sort, ce qui est l’objet précis de Maria.

Imaginatif, il trouva un emploi de dessinateur à Zéro, un journal vendu à la criée. Parmi les colporteurs, un démerdard à la langue bien pendue, un ancien para, fils d’un garde-barrière répond au nom de Georges Bernier. Durant six ans, ces deux anars végètent à Zéro en rêvant de créer leur propre journal. En 1960, les conditions sont favorables. Le premier numéro paraît le 9 septembre. Hara-Kiri, “journal bête et méchant“. La rencontre d’un ancien maçon et d’un ex-plâtrier alliés dans une vaste entreprise de démolition de l’hypocrisie et de la pudibonderie. Pourquoi ce titre ? Parce que se faire hara-kiri est pour Cavanna “le sommet de la connerie“. Il est le rédacteur en chef cependant que Choron s’occupe des ventes et des finances.

Révolution dans les médias

Une révolution dans les médias que ce mauvais esprit héritier des dadaïstes, cet humour vachard, très noir qui apparait à l’aube d’une décennie encore marquée par la censure télévisuelle et les lois sur la protection des mineurs. Il a l’œil et le flair, Cavanna, pour rassembler des talents, aimanter autour de lui des fils de prolos, bourrés de talent. Topor, Gébé, Cabu, Reiser, Wolinski : une génération comparable à celle qui donna naissance à la comédie italienne. Orphelin de père, Reiser, surtout, est le fils spirituel de Cavanna. Les cadets admirent cet ainé charismatique, capable de raconter pendant deux heures la guerre de Cent Ans et d’expliquer les hauts faits derrière les noms de chaque station de métro. Dans cette compagnie de noceurs, de trublions provocateurs qu’il laisse entièrement libres de leurs mots et leurs dessins, ce fin lettré, passionné d’histoire, ne boit ni ne fume. Mais il n’est jamais le dernier à s’indigner.

Après dix mois, jugé “dangereux pour la jeunesse“Hara-Kiri est frappé d’une première interdiction de courte durée. Une deuxième prononcée en juillet 1966, après le 65e numéro, manque de donner un coup fatal à l’entreprise. Décennie de vaches maigres et de mépris. Tant pis, ils forment une bande de copains liés à la vie, à la mort et jugent mal, de leur côté, les journaux traditionnels. Ces libertaires vomissent le militarisme et la société de consommation. Du reste, il y aura beaucoup de vomi à la “une“ d’Hara-Kiri, ainsi que des affreux, sales et méchants. Du cul et du culte. Du scato et du rigolo. Du pipi-caca pour s’oxygéner et de toniques coups de gueule.

Comble de l’irrespect

Parallèlement au mensuel, Hara-Kiri Hebdo, créé en février 1969, se frotte à l’actualité politique. Et force le respect d’une intelligentsia qui, jusque-là, se pinçait le nez. En novembre 1970, alors que le général de Gaulle vient de mourir, Hara-Kiri Hebdo titre : “Bal tragique à Colombey : un mort“. Comble de l’irrespect, ce titre est une référence aux manchettes de la presse populaire quelques jours plus tôt, après l’incendie du “5-7“, une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont (Isère), qui avait fait 146 victimes. Scandale, interdiction et poursuite de l’aventure sous le nouveau titre Charlie-Hebdo.

Les procès s’accumulent ? Ils persistent et signent. Chef d’orchestre, cheville ouvrière, mentor, Cavanna est tout cela. Il tient que l’humour est “un coup de poing dans la gueule“, un uppercut donné à la bêtise, un camouflet à l’arrogance. L’arrivée de la gauche au pouvoir marque le début du déclin de l’hebdomadaire. Il disparaît le 23 décembre 1981. Le mensuel, lui, paraîtra jusqu’en 1986. L’aventure aura duré vingt-cinq ans. “On admire aujourd’hui Hara-Kiri comme une glorieuse réussite », confiait Cavanna au Monde en 2010.“Or, même au temps de sa grande diffusion, il était haï à l’unanimité, par la presse et les artistes. On était un journal vulgaire. On nous reprochait notre mauvais goût. On était une réunion de bandits, d’individus à la marge, de révoltés.“ Pourtant il n’éprouvait pas les aigreurs de la nostalgie. Il collaborera d’ailleurs à Charlie Hebdo lorsque le titre fut relancé par Philippe Val.

Géant aux pieds d’argile

Parallèlement au journalisme, Cavanna s’adonnait à l’écriture. Son premier livre, Les Ritals, grand succès populaire adapté à la télévision, l’avait imposé comme un écrivain de premier ordre. Cavanna possédait, en effet, un style magnifique, singulier, mélange d’oralité et de lyrisme sec. Un Rabelais moderne, estimait Pierre Desproges. Défenseur des animaux, militant anti-corrida, écologiste de la première heure, Cavanna se proclamait “à gauche de la gauche“. La vie ne l’épargna pas. Derrière ses airs bourrus, ses bacchantes de Gaulois et ses coups de gueule, c’était un tendre, Cavanna, un géant aux pieds d’argile, un féministe qui aimait les femmes et ne savait pas toujours choisir. Tiraillé à en crever entre son épouse et sa maîtresse (Les Yeux plus grands que le ventre, 1983), il fut sauvé de justesse d’un suicide par pendaison.

Après le décès par overdose de sa petite-fille à l’âge de 18 ans, François Cavanna partit en guerre contre la drogue, appelant à une réglementation mondiale pour endiguer ce fléau. Vers la fin de sa vie, il habitait un petit studio rue des Trois-Portes non loin de la place Maubert à Paris, à l’endroit même où jadis se tenaient les fiévreuses réunions de rédaction. Dans Lune de miel, paru en 2010, il témoigna de son combat contre la maladie de Parkinson, des efforts qu’il déployait pour continuer à écrire, ces pattes de mouche qu’il arrachait aux tremblements. N’empêche, il se voyait rivé à son écritoire jusqu’à 100 ans. Une vieille monomanie hantait cet utopiste : supprimer la mort, remédier aux causes biologiques du vieillissement, ce qu’il estimait possible pour peu qu’on accordât aux chercheurs le budget de l’armée. C’était oublier que malgré son grand âge et ses cheveux de neige, cet écrivain de talent, perpétuellement insurgé, était demeuré un jeune homme.

Macha Séry

Le Monde – 30 janvier 2014