Le grand marin de Catherine Poulain

Edité en 2016. France.

Catherine Poulain

Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l’Alaska, elle sait qu’elle va enfin réaliser son rêve : s’embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d’une famille française pour « faire la route », la véritable aventure commence. Le choc est brutal. Il lui faut dormir à même le pont dans le froid insupportable, l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, les blessures…

Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis qui finiront par l’adopter. A terre, Lili partage la vie des marins, les bars, les clubs de strip-tease, les motels miteux. Quand elle tombe amoureuse du « Grand marin », elle sait qu’il lui faudra choisir entre sa propre liberté et son attirance pour cet homme dont la fragilité la bouleverse.

Le grand marin

Entre Jack London et Marguerite Duras, Catherine Poulain fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu’on devine très autobiographique.

Prix du roman OuestFrance-Étonnants Voyageurs – Prix de la ville d’Asnières – Prix Gens de Mer – Prix Joseph Kessel – Prix Compagnie des pêches – Prix Livre & Mer-Henri Queffélec – Prix Nicolas Bouvier – Prix Pierre Mac Orlan.

Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman.

Une vie à coucher dehors de Sylvain Tesson

Edité en 2009. France.

Sylvain Tesson

Prix Goncourt de la nouvelle

“ Du fin fond de sa Géorgie natale, Edolfius se lamente chaque jour davantage lorsqu’il rentre chez lui le soir, trainant ses pieds usés sur la piste de cailloux et de terre mêlés. Il rêve d’une route flambant neuve, du temps qu’il gagnerait. Que ce serait confortable et pratique de parcourir cette « longue langue noire ». De l’asphalte. Déterminé, il décide de faire de ce rêve une réalité et se bat auprès des plus hauts dirigeants pour faire construire cette indispensable route. Son acharnement finit par payer ; le bitume tant attendu est là. Les villageois sont euphoriques, les voitures prennent de la vitesse, les allers-retours en ville se multiplient, quelle révolution… mais un voile noire se pose sur ce village en liesse : un accident est arrivé. Tatiana, la fille d’Edolfius est morte, la voiture roulait trop vite… L’homme est effondré. Cette route qu’il avait tant voulue lui avait pris son enfant. Enragé, il entreprend de la détruire. Au volant d’une pelleteuse, il l’arrache. Déracine cet asphalte de malheur. Quelques heures plus tard, il arrive chez lui ivre de chagrin,… On lui apprend alors que la jumelle de sa fille disparue a tenté de se donner la mort… mais qu’ il ne s’inquiète pas elle sera sauvée ; l’hôpital n’est pas si loin grâce à la route… mais de route il n’y a plus. “

Ainsi s’achève la première nouvelle de ce recueil.

Le voyage continue au large de la Mer Egée, dans une forêt de Sibérie, dans la campagne anglaise, sur un champ de mines en Afghanistan, dans un village du Népal, dans une communauté évangéliste au Texas, en Iran, à Dijon, dans les glens écossais, dans le pacifique, dans un phare du finistère… Une traversée longue de quinze nouvelles. Des histoires tragiques pour la plupart. La fatalité implacable, l’espérance des hommes, les forces de la nature, l’absurdité de l’existence, le choc de la modernité, la société de consommation, la révolte des femmes, le poids de la religion…

Une vie à coucher dehors

Les chutes sont franches, sans appel. L’écriture est alerte, enlevée, poétique, rageuse, ironique. On sent l’aventurier derrière le conteur. Un très beau recueil de nouvelles qui nous emmène dans les pas du voyageur.

On retrouve dans ces pages la richesse du style de Sylvain Tesson empreint d’une immense culture et parsemées de nombreuses références mythologiques qui donnent au recueil toute sa dimension fantastique.

Magellan de Stefan Zweig

Edité en 1938. Autriche.

Stefan Zweig
Stefan Zweig

C’est sur un paquebot trop confortable, en route pour l’Amérique du Sud, que Stefan Zweig eut l’idée de cette odyssée biographique. Il songea aux conditions épouvantables des voyages d’autrefois, au parfum de mort salée qui flottait sur les bougres et les héros, à leur solitude. Il songea à Magellan, qui entreprit, le 20 septembre 1519, à 39 ans, le premier voyage autour du monde. Un destin exceptionnel… Sept ans de campagne militaire en Inde n’avaient rapporté à Magellan le Portugais qu’indifférence dans sa patrie. Il convainc alors le roi d’Espagne, Charles-Quint, d’un projet fou : “ Il existe un passage conduisant de l’océan Atlantique à l’océan Indien. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l’est à l’ouest “ (C’était compter sans l’océan Pacifique, inconnu à l’époque…).

En réponse à l’expédition de Christophe Colomb partie vers l’ouest pour découvrir la route des Indes, Magellan met le cap vers le sud en espérant trouver un passage vers l’autre océan. Il devra faire preuve d’une froide détermination pour résister à un équipage fatigué d’explorer des passes et des estuaires ne menant à rien.

Jalousies espagnoles, erreurs cartographiques, rivalités, mutineries, désertions de ses seconds pendant la traversée, froids polaires, faim et maladies, rien ne viendra à bout de la détermination de Magellan, qui trouvera à l’extrême sud du continent américain le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Partie de Séville avec cinq cotres et 265 hommes, l’expédition reviendra trois ans plus tard, réduite à 18 hommes sur un bateau tenant à peine la mer et les cales pleines des précieuses épices. Epuisée, glorieuse. Sans Magellan qui trouva une mort absurde lors d’une rixe sur une plage avec des sauvages aux Philippines, son exploit accompli. Dans ce formidable roman d’aventures, Zweig exalte la volonté héroïque de Magellan, qui prouve qu’ “ une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables “.

Magellan

Le récit d’une vie extraordinaire que Stefan Zweig nous présente à la façon d’une épopée romanesque pour rendre hommage à celui qui permit d’appréhender les rondeurs de notre planète.

Fils du soleil de Jack London

Edité en 1912. USA.

Jack London
Jack London

Souvenir du Salon du Livre de Mer de Concarneau – Avril 2014

De retour de sa croisière à travers le Pacifique Sud, Jack London, qui vient de publier Martin Eden (1909) et Radieuse Aurore (1910), compose, sous la forme de huit nouvelles, ce véritable « roman » des mers du Sud – soit le récit haut en couleur des aventures de David Grief, dandy de la bourlingue et capitaine du Wonder (La Merveille), qui mène un commerce houleux avec ses contemporains plus ou moins civilisés : un gaillard policé mais rude – il sait très bien rendre la monnaie d’une pièce – qui va se trouver aux prises avec tous les malfrats, escrocs, toqués, alcooliques et trafiquants du Tropique… Où London adresse un filial hommage à Stevenson (celui de L’Ile au Trésor et du Trafiquant d’épaves), mais aussi au Daniel Defoe de Robinson Crusoé. Et où Michel Tournier, préfacier, retrouve les traces de son Vendredi…

Fils du soleil