Une tête de nuage de Erri De Luca

Edité en 2018. Italie

Erri De Luca

La faccia delle nuvole

Une femme, Miriàm. Un homme, Iosèf. Un jeune couple d’amoureux. Ils se sont rencontrés en Galilée, au nord d’Israël, et vont se marier à Nazareth. Quand Miriàm annonce à son fiancé qu’elle attend un enfant dont il n’est pas le père, Iosèf ne la dénonce pas aux autorités, comme la loi le prescrit. Il croit en sa parole. Il croit qu’elle est enceinte d’une annonce, il croit à une vérité invraisemblable. « C’est l’hiver en Galilée, mais entre eux deux, c’est le solstice d’été, le jour de la lumière la plus longue ».
Avec Une tête de nuage, Erri De Luca poursuit sa relecture de la Nativité, abordée précédemment dans Au nom de la mère. Structuré en trois actes, le texte assume une forme dramatique parcourue par des dialogues intenses, non dépourvus d’ironie. Derrière la figure du Messie, Erri De Luca brosse le portrait intime de Marie et Joseph, ici présentés dans leur simple humanité : deux jeunes parents qui s’apprêtent à élever leur enfant, Jésus, dans mille difficultés. Un homme et une femme, liés par un sentiment qui dépasse les faits et s’inscrit dans les mots. « En amour, croire n’est pas céder, mais renforcer, ajouter quelques poignées de confiance ardente ».

Une tête de nuage

Erri De Luca (né Henry De Luca le 20 mai 1950 à Naples) est un écrivain, poète et traducteur italien contemporain. Il a obtenu en 2002 le prix Femina étranger pour son livre Montedidio et le Prix européen de littérature en 2013 ainsi que le Prix Ulysse pour l’ensemble de son oeuvre.

Paroles de Jacque Prévert

Edité en 1946. France.

Jacques Prévert

Chantre du surréalisme et de la poésie, Jacques Prévert est une figure importante de la littérature française. Son recueil de poèmes Paroles est en effet une œuvre majeure dans l’anthologie de la poésie française, et continue d’être un succès depuis l’après-guerre et les années 40. Écrit entre 1930 et 1944, Paroles figure parmi la poésie la plus lue de son temps et constitue une œuvre marquante pour Prévert. Sans ponctuation ni style proprement défini, le recueil de textes reste néanmoins publié sous la forme d’un corpus qui regroupe des textes courts de quelques lignes voire d’une ligne unique, et des textes plus longs.

Le fond de Paroles mélange alors les références au surréalisme et à l’absurde, autant que les jeux de mots et l’oralité. C’est ce mélange des genres qui continue de séduire des générations d’écoliers pour son accessibilité et sa diversité, tant sur le fond que sur la forme. Si les textes les plus longs sont placés en début de recueil à l’instar des 16 lignes de Tentatives de description d’un dîner de têtes à Paris-France, Souvenirs de famille ou encore Événements, les textes courts sont parfois écrits en quelques vers ou en une seule ligne comme dans la Belle Saison. Ainsi Alicante, les Paris stupides, le Grand homme, le Cancre, le Miroir brisé, la Fête continue et l’Amiral ne sont constitués que de 4 à 6 vers voire quelques lignes. Cependant, le texte le plus long du poète est situé en milieu de recueil et s’intitule la Crosse en l’air. La tendresse et la violence sont ainsi étroitement liées dans la pensée de Prévert, dont l’humour et la dérision tranchent avec le mordant et la description crue des faits. Le corpus de l’œuvre du poète est ainsi constitué de Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France, de l’Effort humain, du Cancre, des Écritures saintes, de Pour Faire le Portrait d’un Oiseau Événements, puis de Barbara.

Paroles

Souvent qualifié de poète parisien bohème, Prévert fait aussi une déclaration d’amour aux petites gens et aux exploités, de même qu’à Paris et ses quartiers populaires. Contribuant largement à son succès auprès des lecteurs de la rue, Paroles s’inscrit également comme une description du réel et de la vie quotidienne des français. Ponctué par l’humour et les sentiments du quotidien, le recueil se lit parfois comme une succession de calembours judicieusement placés, de lapsus absurdes et de jeux de mots. Poème le plus lu de la littérature et de la poésie française, Paroles fait preuve d’un renouvellement perpétuel dont l’auteur semble sans cesse transformer la forme tout au long du recueil, pour mieux en illustrer les thèmes et leur universalisme.

La mort du taxidermiste de Guillaume Le Touze

Edité en 2017. France.

Guillaume Le Touze

Taxidermiste, Bernard l’est devenu après d’autres métiers et une longue traversée que cette histoire révèle mais, lorsqu’il s’installe à Paris dans les années 1970, la vie s’est adoucie. Le silence et la minutie, l’imaginaire et l’observation sont des qualités primordiales pour exercer cette étrange profession qui consiste à redonner corps à la perte, à retrouver la posture souvent furtive qui parachève l’identité d’un animal. Dans son atelier se côtoient des oiseaux, des renards, quelques lémuriens auprès desquels se détache la longue silhouette d’une girafe oubliée là par son commanditaire.
Tout comme les êtres en ces lieux sont réinventés, la géographie d’une vie demeure pour cet homme une construction aléatoire que l’on peut maquiller pour ne jamais en faire état.
Est-ce pour cela que Marianne, sa fille aînée, est revenue vivre en Corse ? Seule dans un village de l’Alta Rocca, elle est allée chercher dans les replis du paysage la force de l’ancrage et la mesure du temps.

La mort du taxidermiste

 Si le thème de la filiation apparaît dans tous les livres de Guillaume Le Touze, celui-ci semble s’y adosser pour aborder cette fois l’identité sous le signe de la topographie. Car le personnage principal de ce roman est une île hérissée de monts et de blocs granitiques, une île habitée d’arbres millénaires enracinés en pleine mer.

Guillaume Le Touze est un écrivain français né au Havre en 1968. Après avoir commencé sa vie professionnelle par le théâtre et le cinéma, il est recruté comme maquettiste par la maison d’édition L’Ecole des loisirs, qui publie ses premiers textes pour la jeunesse en 1991. Son premier roman pour adultes suivra en 1992. Il reçoit le Prix Renaudot 1994 pour Comme ton père.  Il se consacre aujourd’hui à l’écriture.

Le dimanche des mères de Graham Swift

Edité en 2016. Angleterre.

Graham Swift

Mothering Sunday. A romance

Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désœuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire ? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée ? Jusqu’à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée. Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première – et dernière – fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie.

Jusqu’à la fin de son existence, Jane, devenue une vielle femme ayant consacré sa vie à l’écriture, se souviendra de ce jour avec émotion.

Graham Swift dépeint avec sensualité et subtilité une aristocratie déclinante, qui porte les stigmates de la Première Guerre – les fils ont disparu, les voitures ont remplacé les chevaux, la domesticité s’est réduite… Il parvient à insuffler à ce court roman une rare intensité, et célèbre le plaisir de la lecture et l’art de l’écriture.

Le dimanche des mères

Né à Londres en 1949, Graham Swift s’est imposé sur la scène littéraire britannique par son art du romanesque et de l’épure. Le Pays des eaux (1983) a été accueilli comme une révélation et a reçu le prestigieux Guardia Fiction Prize. À tout jamais a obtenu en 1993 le prix du Meilleur Livre étranger et La Dernière Tournée le Booker Prize en 1996.

Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls de Eyvind Hofstad Evjemo

Edité en 2014. Norvège.

Eyvind Hofstad Evjemo

Velkommen Til Oss

Une voiture approche et le temps semble s’arrêter dans la petite ville de Foldnes, en Norvège. Nous sommes le 29 juillet 2011, une semaine après le massacre perpétré par Anders Breivik sur l’île d’Utøya où soixante-neuf personnes, des jeunes pour la plupart, furent abattues. Sella observe ses voisins dans le véhicule  : la mère au volant, le père à côté, les deux garçons à l’arrière et une place restée vide. Ils rentrent chez eux sans leur fille, leur sœur, assassinée au cours de l’attaque.
Sella et son mari vivent depuis longtemps près de cette famille qu’ils ne connaissent pas. Pourtant, eux aussi ont perdu un enfant il y a plusieurs années. Leur fils adoptif, d’origine philippine, était parti à dix-huit ans sur les traces de ses parents biologiques. Il ne rentra pas. Dévastée par cette disparition, Sella aimerait aujourd’hui être présente pour ses voisins, mais peut-on être solidaire de la douleur de l’autre  ?

Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls

Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls interroge le sens du deuil collectif, du deuil intime et du deuil par procuration. Evjemo installe une atmosphère hyperréaliste au service d’une histoire dont le terrorisme n’est pas l’objet mais le cœur. Une fiction sur l’état de nos sociétés post-attentats. Un texte important, poignant.

Eivind Hofstad Evjemoné le 3 juin 1983 à Levanger, est un écrivain norvégien. Il a fait des études de littérature comparée à l’Université d’Oslo et suivi le cursus de création littéraire de l’Université de Göteborg (Suède). Son premier roman paraît en 2009. Il vit actuellement à Oslo. Depuis plusieurs années il milite au sein de l’ONG Joy, qui s’occupe d’enfants handicapés dans les anciennes républiques soviétiques.

Le grand marin de Catherine Poulain

Edité en 2016. France.

Catherine Poulain

Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l’Alaska, elle sait qu’elle va enfin réaliser son rêve : s’embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d’une famille française pour « faire la route », la véritable aventure commence. Le choc est brutal. Il lui faut dormir à même le pont dans le froid insupportable, l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, les blessures…

Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis qui finiront par l’adopter. A terre, Lili partage la vie des marins, les bars, les clubs de strip-tease, les motels miteux. Quand elle tombe amoureuse du « Grand marin », elle sait qu’il lui faudra choisir entre sa propre liberté et son attirance pour cet homme dont la fragilité la bouleverse.

Le grand marin

Entre Jack London et Marguerite Duras, Catherine Poulain fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu’on devine très autobiographique.

Prix du roman OuestFrance-Étonnants Voyageurs – Prix de la ville d’Asnières – Prix Gens de Mer – Prix Joseph Kessel – Prix Compagnie des pêches – Prix Livre & Mer-Henri Queffélec – Prix Nicolas Bouvier – Prix Pierre Mac Orlan.

Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman.

L’espionne de Paulo Coelho

Edité en 2017. Brésil.

Paulo Coelho

A Espiã

L’histoire de la célèbre aventurière Mata Hari, fusillée à Vincennes en 1917 pour espionnage et trahison, par le biais d’une série de lettres écrites à son avocat depuis la prison de Saint-Lazare.
Arrivée à Paris sans un sou en poche, Mata Hari s’impose rapidement comme une danseuse vedette du début du XXe siècle. Insaisissable et indépendante, elle séduit le public, ensorcelle les hommes les plus riches et les plus puissants de l’époque. Mais son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s’empare du pays en guerre. Arrêtée en 1917 dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Élysées, elle est accusée d’espionnage.
En faisant entendre la voix de Mata Hari, Paulo Coelho nous conte l’histoire inoubliable d’une femme qui paya de sa vie son goût pour la liberté.

L’espionne

Un roman dans lequel la fiction se mélange avec d’authentiques faits historiques.

Paulo Coelho, né le 24 août 1947 à Rio de Janeiro, est un romancier et interprète brésilien.  Il a acquis une renommée internationale avec la publication de L’Alchimiste,  vendu à 65 millions d’exemplaires. Il a vendu plus de 210 millions de livres à travers le monde et ses ouvrages ont été traduits en 81 langues.

Le jour d’avant de Sorj Chalandon

Edité en 2017. France.

Sorj Chalandon

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Le roman fait revivre une catastrophe dans les houillères. Bouleversant.

L’auteur revient sur le terrible accident de la mine de Saint-Amé de Lens-Liévin le 27 décembre 1974. Quarante-deux morts. Il n’y a dans ce récit ni révélations ni sensationnalisme, mais la souffrance d’hommes qu’on a traités plus bas que terre, ces « hommes du sous-sol » descendus à 710 mètres alors que la fosse n’avait pas été ventilée. Des mineurs qui ont senti le danger arriver, comme la mort. Ils allaient à la mine à reculons, tandis que la fin approchait à grands pas. Le grisou était au rendez-vous.

L’écrivain, également journaliste, est d’une extrême précision dans le choix de ses mots. Il manie la langue comme les mineurs leurs outils. Tout sonne juste, terriblement juste. Les passages sur la descente aux enfers des hommes et le manque d’air nous suffoquent également. Le malheur de ces 42 hommes de tous âges nous atteint, la douleur des femmes et des enfants nous meurtrit. Chalandon rend justice aux victimes et à leurs familles. Et confirme que ce drame ne devait rien à la fatalité.

Il ne s’agit pas ici d’une reconstitution du drame de la fosse 3 bis, mais d’un véritable roman qui nous stupéfie aux deux tiers du livre. Le suspense tombé de la plume de l’auteur nous assomme littéralement. Le lecteur se verra tellement surpris par la tournure de l’histoire qu’il sera tenté de reprendre les pages précédentes. S’ouvre alors un nouveau rythme, une autre atmosphère, un pitch haletant, une joute oratoire passionnante entre l’avocat général et celui de la défense. Le jour d’avant nous saigne mais ne se lâche pas. Alors, tant pis pour ceux qui le trouvent larmoyant, parce qu’il est aussi question de fierté et de dignité, du monde ouvrier désormais en voie de disparition.

Le jour d’avant

Sorj Chalandon est né à Tunis le 16 mai 1952. Journaliste, il travaille à « Libération » de 1974 à 2007. Grand reporter, il reçoit le Prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages sur le procès Klaus Barbie. Depuis 2009, Sorj Chalandon est journaliste au « Canard enchaîné », ainsi que critique cinéma. En 2005 il publie son premier roman, « Le Petit Bonzi », puis l’année suivante « Une promesse », couronné par le Prix Médicis. Suivent « Mon traître » en 2008 (Prix Joseph Kessel), « Retour à Killybegs » en 2011, Grand Prix du roman de l’Académie Française. En 2013, le « Le quatrième mur » reçoit le Goncourt des lycéens. En 2015, il publie « Profession du père » son roman le plus autobiographique.

La longue route de sable de Pier Paolo Pasolini – Photographies de Philippe Séclier

Edité en 2014. France.

Pier Paolo Pasolini

La lunga strada di sabbia

Cette nouvelle édition de La longue route de sable présente le tapuscrit original de Pier Paolo Pasolini, qui date de 1959, et en révèle pour la première fois les passages inédits. Philippe Séclier, ayant mis ses pas dans ceux du poète, nous rapporte ici – à travers documents, manuscrits, lettres, et ses propres photographies – les étapes d’un voyage singulier le long des côtes italiennes. Comme si ces deux Italie, seulement séparées par le temps, ne faisaient plus qu’une.

“ Je suis heureux. Ça fait longtemps que je n’ai pas dit une chose pareille. Et d’où me vient alors ce sentiment intime et précis de joie et de légèreté ? De nulle part. Ou presque. Un silence merveilleux : ma chambre d’hôtel, où je suis depuis cinq minutes, donne sur une grande colline d’un beau vert, et quelque modeste maison. Il pleut. Le bruit de la pluie se mêle à des voix lointaines, sourdes, égarées. Sur la petite terrasse devant, toute luisante de pluie, souffle un vent frais. “

La longue route de sable

L’été 1959, Pasolini sillonne la côte italienne et écrit un récit de ce voyage, dont le tapuscrit est reproduit ici sur différents papiers et formats, accompagné de sa traduction et des photos en noir et blanc de Philippe Séclier.

Philippe Séclier

Très belle initiative que celle de Philippe Séclier d’avoir voulu reprendre la route sur les pas de Pier Paolo Pasolini en mettant de superbes images sur les mots de l’écrivain italien.

Merci à Marie de m’avoir fait ce très beau cadeau pour Noël et d’entretenir ainsi ma boulimie dévorante de l’oeuvre pasolinienne.

L’ordre du jour d’Eric Vuillard

Edité en 2017. France.

Eric Vuillard

Prix Goncourt 2017

“ Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. “

Eric Vuillard nous fait entrer ici dans l’histoire par la petite porte. Dans ce roman remarquablement bien documenté, il nous invite à vivre les premiers jours de l’Anschluss, ces journées où Hitler a décidé d’envahir l’Autriche sans se soucier de l’opinion internationale ni de celle des Autrichiens eux-mêmes.

L’auteur nous décrit le mécanisme implacable avec lequel Hitler manipule tout son entourage, en proie à sa folie destructrice. Il se fie des gesticulations de Kurt Schuschnigg et du gouvernement autrichien qui font tout pour éviter l’invasion. Comble de l’ironie, l’Autriche est envahie avec des chars allemands en panne d’essence. Il convoque également les industriels les plus puissants d’Allemagne, les invitant à financer ses projets. C’est ainsi que tous ces messieurs en redingote se feront les complices d’un régime qui devra rendre des comptes au procès de Nuremberg. Le projet d’associer les plus grandes fortunes d’Allemagne leur est présenté comme le point unique à l’ordre du jour. C’est à prendre ou à laisser, mais avec Hitler, nul n’a jamais vraiment le choix. Chacun de ces invités est gentiment retourné comme une crêpe.

L’ordre du jour

Eric Vuillard nous relate ces journées plus comme une succession d’évènements anecdotiques que de faits réellement historiques. C’est là la force de son écriture.

Tout ceci ressemblerait presque à une farce si le sujet n’était aussi grave.