Nous de Evguéni Zamiatine

Edité en 1920. Russie.

Evguéni Zamiatine

L’intrigue de ce roman de science-fiction se passe six siècles après notre époque. Il est en fait le journal d’un homme du futur nommé D-503. C’est un ingénieur dont le travail consiste à fabriquer l’Intégrale, un vaisseau spatial destiné à convertir les civilisations extraterrestres au bonheur que l’État Unitaire prétend avoir gagné au terme de la Guerre de Deux Cents Ans. Au cours du roman, D-503 se rend compte qu’il devient, malgré lui, de plus en plus attiré par l’ancien monde, en particulier le nôtre, caractérisé par la liberté, l’imprévisible et la précarité du bonheur. Il souffre de visions étranges qui sont en le fait le fruit de son imagination, concept animal et instinctif combattu par l’état officiel. Il se surprend même à avoir une âme, vestige d’une civilisation enfouie au plus profond de lui. A travers sa personne et quelques autres, la dissidence est en marche.

L’État Unitaire décrit dans ce roman est un régime totalitaire entouré d’une muraille au delà de laquelle vivent encore quelques survivants de l’époque d’avant. Cette société est dirigée par le Bienfaiteur qui prétend régir toutes les activités humaines décrites avec précision dans la Table des heures et faire le bonheur des hommes au détriment de leurs libertés individuelles. Les hommes et les femmes n’ont droit qu’à une journée sexuelle par mois dans le seul but de perpétuer l’espèce. Personne ne peut se refuser à personne aussi longtemps que la demande de relations sexuelles est faite en respectant le formalisme officiel. Tous ceux qui enfreignent les règles du régime le paient de leur vie et sont condamnés à disparaitre en étant publiquement pulvérisés après avoir été préalablement torturés par asphyxie lente.

Nous

Ce roman a été le premier d’une littérature fantastique mettant en scène une intrigue dans une société dite idéale mais totalement déshumanisée. Zamiatine a écrit ici une fable amère à l’humour grinçant dénonçant les aberrations et les exactions du régime soviétique de l’époque. Ce livre a circulé sous le manteau dans son pays et n’a jamais été édité en russe du vivant de Zamiatine. C’est même ce pamphlet contre le socialisme qui lui vaudra sa mise à l’écart et sa « mort littéraire ».

Nous a clairement influencé nombre des dystopies publiées par la suite, du Meilleur des Mondes d’Huxley au 1984 d’Orwell, sans oublier le Mortelle de Frank. Evgueni Zamiatine connaissait bien les œuvres de H.G. Wells. Son œuvre est constamment animée par une volonté hérétique qui lui vaudra les foudres de la censure des gouvernements tsariste puis communiste.

A lire pour l’écriture et les qualités visionnaires de Zamiatine qui pressentait déjà un monde qui pourrait bien être celui de demain mais qui fait le lit des révolutions nécessaires.

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