La Sonate à Bridgetower (sonata mulattica) de Emmanuel Dongala

Edité en 2017. Congo.

Emmanuel Dongala
Emmanuel Dongala

Emmanuel Dongala nous embarque dans l’histoire assez folle de George Frederik Bridgetower, jeune prodige violoniste métis, fils d’un “Nègre“ de la Barbade et d’une polonaise, qui a fait vibrer par son talent les cours de France, d’Angleterre et d’Autriche.

Le roman commence en 1789 dans le Paris fébrile et en ébullition du début de la Révolution Française. Frederik de Augustus, un noir originaire de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie, débarque là avec son jeune fils de neuf ans. Arrivant d’Autriche où George avait suivi l’enseignement de Haydn, ils sont venus chercher la fortune et le succès, le père n’ayant de cesse de tirer le plus grand profit du talent de son jeune fils. De fil en aiguille, ces deux personnages arrivent à entrer dans les milieux aristocratiques et intellectuels de l’époque, ces salons où les destins se jouent et se déjouent, ces lieux où se fomente la révolte populaire à peine naissante. Ils y rencontrent les plus brillants esprits, des écrivains, des musiciens, des politiques, des féministes et les philosophes qui vont faire les lumières de demain et jeter les bases de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont les lignes ne seront pas sans interpeller Frederik de Augustus dont un ancêtre esclave avait été affranchi par un maitre magnanime.

Mais l’air de Paris devient malsain. La citadelle de la Bastille est prise par les insurgés. Les premières têtes tombent. Le père et le fils embarquent pour l’Angleterre et gagnent Londres, une ville dans laquelle Frederik de Augustus avait vécu jadis mais qu’il reconnait à peine. Le jeune violoniste brille encore par son talent. Il enchaine les concerts à Bath puis à Londres. Plus que les souverains, il parvient à séduire le prince de Galles qui le prend sous sa protection. Frederik de Augustus vit de plus en plus mal le succès de son fils qui s’affranchit lentement mais sûrement de l’autorité paternelle et finit par être reconnu pour lui-même. Las de cette situation, le père du jeune violoniste devient amer et agressif. Il secoue la cour et les salles de concert de ses scandales à répétition et finit par être expulsé d’Angleterre.

Et Vienne à son tour réclame Bridgetower qui tarde un peu à faire une place au jeune musicien dont le talent et l’expérience sont finalement unanimement reconnus. Au cours d’une soirée, on lui présente un autre phénomène de la musique, le jeune Beethoven au caractère irascible mais à la folie tellement productive. Bien que fasciné et impressionné par le virtuose, le jeune Bridgetower finit par se lier d’amitié avec Beethoven qui l’appelera toujours Brischdauer et avec lequel il triomphe dans l’interprétation de l’une de ses compositions pour piano et violon. En cadeau et pour sceller cette amitié, Beethoven compose même une sonate qu’il dédie à son ami, la Sonate à Bridgetower, la Sonata mulattica. De plus en plus intime avec Beethoven, Bridgetower, soucieux du bonheur de son ami, se laisse alors aller à lui prodiguer des conseils sur le choix peut-être irréfléchi de la jeune femme dont il est tombé amoureux. Cette incursion dans sa vie privée n’est pas du gout de Beethoven qui rompt brutalement avec Bridgetower et lui reprend sa sonate qu’il finira par offrir à Kreutzer, autre génie musical de l’époque.

“Il leva son violon, le cala contre son menton et se mit à improviser en mode mineur sur les thèmes et variations de la Sonata mulattica, la Sonate à Brischdauer.“

La Sonate à Bridgetower
La Sonate à Bridgetower

Emmanuel Dongala nous livre ici une magnifique saga retraçant la vie de ce musicien génial et mal connu dont le talent traversa les soubresauts d’une Europe en pleine mutation qui voyait  le monde des idées, de la musique et des sciences s’accomplir dans le Siècle des lumières.

Né en 1941 d’un père congolais et d’une mère centrafricaine, Emmanuel Dongala a quitté le Congo au moment de la guerre civile de 1997. Il a longtemps enseigné la chimie et la littérature à Bard College at Simon’s Rock et vit actuellement entre la France et les Etats-Unis. Son œuvre est traduite dans une douzaine de langues et son roman Johnny chien méchant (Le Serpent à plumes, 2002) a été adapté au cinéma par Jean-Stéphane Sauvaire sous le titre Johnny Mad Dog.

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