La cache de Christophe Boltanski

Edité en 2015. France.

Christophe Boltanski
Christophe Boltanski

Prix Fémina 2015.

Dans La Cache, Christophe Boltanski nous brosse le portrait de sa famille, vivant entre les murs de l’hôtel particulier de la rue de Grenelle depuis la Seconde Guerre mondiale à nos jours.

Ses aïeux russes juifs David et Enta, originaires d’Odessa, arrivent en France à  la fin du XIXème siècle pour échapper aux persécutions antisémites. Ils sont les lointains ancêtres de Christophe et vont donner naissance à des légendes et des personnages hauts en couleur. Chacun d’eux se cachent derrière de nombreux patronymes, pour jouer à mystifier son entourage ou plus simplement pour cacher des origines juives qui pourraient se révéler menaçantes car peu au gout du jour. C’est ainsi que l’arrière-grand-mère Enta Fainstein se présente aussi sous les traits de la très française Hélène Macagon ou plus simplement sous le doux surnom de Niania.

L’histoire de cette famille est aussi celle de l’hôtel particulier que Christophe Boltanski nous fait visiter étage par étage, pièce par pièce, en attribuant un volet de la saga Boltanski à chacun de ces espaces. Mais la pièce la plus importante dans ce récit bien que la plus exigüe, celle qui a le rôle principal, c’est cette cache, cet entresol né d’un défaut d’alignement des paliers dans les étages, un entre-deux, entre deux mondes, entre deux périodes. C’est là qu’Etienne Boltanski, écoeuré par la boucherie de la Première Guerre Mondiale, médecin juif déjà déchu de ses fonctions hospitalières et sociales bien que converti à la religion catholique en 1927, vivra caché lors de l’Occupation pendant vingt longs mois avec la complicité de son épouse Marie-Elise dite Myriam, handicapée par la poliomyélite, pour échapper aux traques nazies en faisant croire qu’il s’était échappé de Paris. Le chapitre consacré à cet épisode est paradoxalement très court comme si Christophe Boltanski n’accordait pas une véritable dimension à cette pièce qui n’en est pas vraiment une mais qui se révèle le vrai tournant de l’histoire de cette famille juive pour laquelle tout aurait alors pu s’arrêter. Cet épisode n’est pas sans rappeler la vie clandestine de la jeune juive allemande Ann Frank lorsqu’elle se cachait avec les siens dans l’annexe de sa maison d’Amsterdam avant d’être découverte et déportée.

L’auteur nous présente aussi chacun des membres de cette famille, notamment les enfants du grand-père Etienne, dans ce qu’ils ont de plus originaux, dans un registre à la fois drôle et triste, plein d’ambivalence et d’ambiguité. Jean-Elie, très sensible, vivant claquemuré dans un monde silencieux dont il sort à peine. Luc, le père de Christophe et Christian, dit Christian La Liberté. On nous parle en fait très peu d’Anne, la seule fille de la fratrie. Toute cette communauté vit sous le protection bienveillante de Myriam qui trône aux destinées de la maison et de ses occupants.

Mais cette période et cette cache marqueront à tout jamais la famille Boltanski qui ne vivra plus jamais au grand jour, Myriam craignant toujours pour l’avenir et la survie des siens, même aux plus beaux jours, comme si cette cache pouvait encore servir un jour. Ces épreuves auront forgé le caractère de tous qui se construiront dans le besoin de créer.

La cache

C’est un superbe roman qui nous aide à mieux comprendre la vie de cette famille juive d’abord tellement singulière, mais finalement surtout française et persécutée et aussi à appréhender, à travers le regard de Christophe Boltanski, journaliste de formation, les mécanismes que mettent en place les hommes pour se protéger et arriver à survivre.

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