33 révolutions de Canek Sánchez Guevara

Edité en 2016. Cuba.

Canek Sánchez Guevara
Canek Sánchez Guevara

Un trentenaire désabusé traîne son spleen à La Havane, entre son bureau et le Malecón… L’espoir se fait rare, la vie est un disque rayé. Un disque 33 tours, un disque qui radote inlassablement la même rengaine, une chanson triste et désabusée. Rhum, salsa, tabac, et parfois un détour chez la Russe du neuvième étage. Il fait une chaleur criminelle et la révolution semble s’être oubliée au milieu du gué et n’avoir pas tenu ses promesses. Le lecteur déambule en compagnie du personnage principal, un anonyme parmi tant d’autres, déjà la trentaine d’une vie passée à répéter, infatigablement, la doctrine castriste. Mélancolique et désabusé, l’individu est un homme de couleur, à la peau noire, amateur de photographie dont il cherche à saisir le quotidien d’une ville, d’un pays qui a en permanence la gueule de bois. L’atmosphère est silencieuse, débarrassée de ses couleurs musicales habituelles. Un silence qui se manifeste par le peu de dialogue que comporte l’ouvrage, préférant jouer la carte du récit contemplatif nourri de non-dits. Car ce disque rayé, qui représente aisément le régime cubain, s’efforce de paraître normal, efficace pour la population qui s’enlise dans une sorte d’image d’Épinal, faite de rhum, de cigare et de musique, qui composent, à eux seuls,  “ le disque rayé de la culture nationale .
Le temps a passé. Depuis la révolution cubaine, la terre en a fait 33 autres autour du soleil, sans heurt, sans surprise, sans rien changer aux destins de ces révolutionnaires déçus et de ce peuple cubain lésé.

Seule la mer, au loin, promet encore quelque chose…

33 révolutions

Canek Sánchez Guevara, petit-fils du Che, fait vibrer Cuba comme jamais : le désenchantement s’écrit dans une langue intense, hypnotique, et la crise des balsas est prétexte à un formidable hymne à la liberté.

Un nom peut vite se révéler être un poids, un fardeau que l’on traîne inlassablement, un fantôme des exploits passés. Et c’est un peu contre ce nom que s’est battu, sa vie durant, Canek Sánchez Guevara, lui le petit-fils du Che. Un combat qui s’est tragiquement terminé par une victime. Car, forcément, la mort n’est jamais loin, prédatrice rôdant inlassablement et, à défaut de pouvoir se détacher du poids de la célébrité de son aïeul et de ce que l’on attendait de lui, “ le petit-fils du t-shirt “, comme il était surnommé, opposant au régime castriste, a trouvé la mort des suites d’une opération du cœur, en janvier 2015 à Mexico. Publié à titre posthume, son seul et unique roman, 33 révolutions, ne peut s’empêcher d’avoir la saveur amère du testament politique.

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