2084 La fin du monde de Boualem Sansal

Edité en 2015. Algérie.

Boualem Sansal
Boualem Sansal

2084. Boualem Sansal plante délibérément l’action de son roman cent ans après l’intrigue de celui de Georges Orwell. C’est le clin d’oeil que fait l’auteur à son prédécesseur tant l’histoire qu’il nous raconte ressemble à celle d’Orwell. Tout se passe ici dans un pays imaginaire, l’Abistan, immense empire créé par le prophète Abi qui a transmis la parole de Yölah sur terre. Et cette parole est devenue la pensée unique que tous doivent respecter et appliquer à la lettre sans jamais la mettre en doute et sans même tenter de l’interpréter, tant l’interprétation est déjà considérée comme une forme de doute et donc d’impiété et de révolte. Cette incroyable société est dirigée par une oligarchie qui a mis en scène la vie quotidienne de façon à cacher la réalité à tous sans exception. Ceux qui ne respectent pas les règles sont immanquablement condamnés à finir leur vie dans le stade où ils mourront dans le cadre d’exécutions collectives, véritables purges destinées à entretenir la crainte et le respect. Toute pensée personnelle est bannie. Officiellement, le peuple vit dans une harmonie parfaite guidée par une foi inébranlable.

Mais Ati, le personnage principal de cette histoire, s’interroge et découvre qu’il y aurait un autre monde ailleurs et même qu’il y aurait eu un monde différent avant. Au péril de sa vie, il brave les interdits pour mener son enquête. Boualem Sansal nous fait alors ironiquement redécouvrir notre civilisation, celle que nous connaissons actuellement avant qu’elle n’ait complètement et définitivement basculé dans le radicalisme religieux et dans l’obscurantisme, une société presque idéale où existaient des livres et des débats.

Ce livre est une farce, ironique, cruelle et amère, qui dénonce le risque de telles pratiques. Orwell critiquait déjà un monde absurde et sous contrôle qui semblait surréaliste ou pour le moins hypothétique. Sansal va encore plus loin car l’actualité lui donne raison. Il dénonce ici ce qui existe déjà et qui menace de contaminer toute la planète si l’on n’y prend garde, une pensée unique et destructrice qui ferait fi de toutes les autres formes de pensée et de culture.

2084 La fin du monde

Il y a urgence à lire ce livre qui est bien plus qu’un roman fantastique. Il est un prétexte dont l’auteur se sert pour se dresser contre toute forme de terrorisme intellectuel et mieux servir la noble cause de la défense de l’indépendance d’esprit.

Boualem Sansal est né en Algérie en 1949 et vit à Boumerdès, près d’Alger. Il a fait des études d’ingénieur et un doctorat en économie. Il était haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie algérien jusqu’en 2003. Il a été limogé en raison de ses écrits et de ses prises de position. Son premier roman, Le serment des barbares, a reçu le prix du premier Roman et le prix Tropiques 1999. Son livre Poste restante, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté mais décide de rester en Algérie.  Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire est un récit épique de l’épopée berbère. Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l’Allemand sorti en janvier 2008. En juin 2012, il reçoit le prix du Roman arabe pour son livre Rue Darwin, avec l’opposition des ambassadeurs arabes qui financent le prix. Le 13 juin 2013 l’Académie française lui décerne le grand prix de la Francophonie, doté de 20 000 euros. En novembre 2015, il reçoit le Grand Prix du roman 2015 de l’Académie française pour son livre  2084.

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