Pas pleurer de Lydie Salvayre

Edité en 2014. France.

Lydie Salvayre
Lydie Salvayre

Prix Goncourt 2014.

La vieille Montse raconte à sa fille cet été 1936. Cet été pendant lequel l’Espagne bascule dans la Guerre Civile, faisant des milliers de morts et laissant un pays exsangue dont elle doit finalement s’enfuir lors de la Retirada avec son premier enfant, la petite Lunita, pour aterrir dans un camp de réfugiés dans le sud de la France. Lunita, le fruit d’une nuit d’amour passionnée entre Montse et un certain André, volontaire français venu prêter main forte aux Républicains espagnols.

Pendant le même été, la voix de l’écrivain français Georges Bernanos s’élève au milieu de cette folie sanguinaire pour dénoncer la complaisance suspecte, l’odieuse complicité de l’Eglise Espagnole, qui cautionnera la cruauté franquiste et fermera les yeux sur les atrocités perpétrées au nom de Dieu pour lutter contre la barbarie républicaine. Quelques années plus tard, il reprendra ces mêmes propos dans Grands cimetières sous la lune qui sera publié en 1938.

En 1936, Montse est une jeune fille de quinze ans qui vit au sein d’une modeste famille d’ouvriers entre une mère soumise et un père autoritaire soucieux de donner de lui l’image d’un homme devant lequel on doit s’effacer. Son frère Jose embrasse très rapidement la cause du mouvement Républicain, rejoint par Diego. Ce dernier, d’origine aisée, fils de Don Jaime, seigneur de l’aristocratie locale, est séduit par les idées nouvelles qui naissent du débat populaire. Il devient peu à peu le symbole de la lutte contre le despotisme en arrivant même à renier ses propres racines. Entre Jose et Diégo s’installe une franche rivalité où chacun des deux veut prendre l’ascendant sur l’autre pour être reconnu comme le vrai chef de la rébellion contre le pouvoir en place.

Montse tombe enceinte et décide de garder l’enfant. Diego lui propose alors de l’épouser pour offrir un foyer à son enfant illégitime, favorisant ainsi une ébauche de rapprochement entre leurs familles respectives pourtant si différentes. Mais ce mariage exacerbe la haine de Jose pour Diego à qui il reproche d’avoir jeté son dévolu sur sa soeur. L’inimitié entre les deux garçons prend fin par la mort de Jose dans des circonstances un peu troubles et équivoques.

La fin de cette très belle histoire nous relate les derniers mois de la Guerre Civile et le destin de ces familles livrées à l’horreur de ce conflit pour basculer presque aussitôt dans celle, encore plus apocalyptique, de la Seconde Guerre Mondiale.

Pas pleurer

Lydie Salvayre remplit ici un magnifique devoir de mémoire envers ceux dont elle est issue, le peuple espagnol et ses parents républicains. Elle cite Bernanos lorsqu’il dénonce la paix de 1938 en écrivant : “ la paix honteuse n’est pas la paix ; nous buvons tous ici la honte à pleine gorge, à pleine gueule ; une honte irréparable ; nous en porterons toute la responsabilité devant l’Histoire “.

Montse et Diego auront une petite fille Lidia, Lydie…

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