Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon

Edité en 1948. France.

Félix Fénéon
Félix Fénéon

Il s’agit d’un recueil de textes très courts, entre cent et cent trente cinq signes typographiques, publiés initialement sous forme de « brèves » quotidiennes dans le journal Le Matin entre 1905 et 1906. Leur style incongru en fait tout le charme burlesque et décapant. Félix Fénéon joue avec les mots dans une réthorique réinventée, donnant à ses textes un rythme original qui en fait des petites poésies à part entière, tels des haïkus japonais. L’actualité, souvent macabre, sert de source principale d’inspiration à l’auteur qui en profite aussi pour émettre quelques opinions politiques ou iconoclastes.

Quelques exemples de nouvelles à connotation politique :

“M. Dupuis, miroitier à Paris, et M. Marchand ont été blessés, à Versailles, dans un accident d’auto. Le chauffeur Girard a été arrêté.“

“Le radicalisme gagne un siège au conseil général du Rhône, grâce à l’élection de M. Bernard par le canton de Villefranche.“

On y trouve aussi des dépêches plus subversives telles les suivantes :

“Madame Fournier, M. Voisin, M. Septeuil se sont pendus : neurasthénie, cancer, chômage.“

“Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête, l’un une poutre, l’autre un pompier.“

Ou bien d’autres totalement atroces et sanglantes qui n’épargnent pas la sensibilité du lecteur :

“Le professeur de natation Renard, dont les élèves tritonnaient en Marne, à Charenton, s’est mis à l’eau lui-même : il s’est noyé.“

“Rattrapé par un tramway qui venait de le lancer à dix mètres, l’herboriste Jean Désille, de Vannes, a été coupé en deux.“

Nouvelles en trois lignes

La succession de toute ces courtes nouvelles donne à ce recueil l’allure d’une comédie humaine où cohabitent l’atroce, le burlesque, l’impromptu et le glauque de la vie. Près d’un siècle avant Jean-Michel Ribes, Félix Fénéon avait déjà saisi toute la finesse descriptive des brèves et leur portée presque philosophique.

Félix Fénéon, né à Turin (Italie) le 22 juin 1861 et mort à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) le 29 février 1944, est un critique d’art, journaliste et directeur de revues français.

Anarchiste, il s’engage dans le mouvement libertaire dès 1886 et collabore à de nombreux journaux ou revues comme L’En-dehors (dont il assume la direction pendant l’exil de Zo Axa à Londres). En 1894, il est inculpé, lors du Procès des Trente.

Jean Paulhan a écrit un essai intitulé Félix Fénéon ou le critique : Félix Fénéon incarne en effet avant tout le critique au goût très sûr, qui savait que Rimbaud, Jules Laforgue, Stéphane Mallarmé, Paul Valéry et Apollinaire seraient les grands écrivains de son temps et non Sully Prudhomme ou  François Coppée, et qui rendait justice aux impressionnistes puis post-impressionnistes quand ses confrères encensaient les Pompiers.

Le Prix Fénéon, littéraire et artistique, est créé en 1949 à l’initiative de la veuve de Félix Fénéon, Fanny Goubaux.

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