La politesse de François Bégaudeau

Edité en 2015. France.

François Bégaudeau
François Bégaudeau

François Bégaudeau, auteur français né en 1971, n’en est pas à son coup d’essai puisque La Politesse est son 20ème titre. Celui qui a connu le succès en 2006 avec  Entre les murs manie ici la plume avec une légèreté et une gravité déconcertantes. Dans ce roman très autobiographique, il flagorne allègrement et se moque de tous ceux qu’ils côtoient au quotidien. Que ce soient ses collègues écrivains, les médias, les lecteurs traînant les salons, les affamés de la dédicace, les faux intellectuels ou les snobinards de la culture, tout le monde a droit à son costard que Bégaudeau se complaît à lui tailler sur mesure. On se demande même comment il peut encore avoir du succès et rencontrer un accueil favorable auprès du public ou comment il arrrive encore à dénicher un éditeur qui accepte de le publier. Mais le style et le talent de Bégaudeau sont tels qu’on lui pardonne finalement cette irrespect même lorsqu’on se reconnaît dans l’un de ses lecteurs admiratifs qu’il écorche avec volupté. Tout nous est livré de façon brute, comme par pavés qu’il nous lance à la figure.

Tout semble ici facile dans un style inimitable. L’auteur nous emmène où il veut et se gave de digressions diverses sur des sujets qu’on n’attend jamais. Les dialogues sont drôle, désopilants mais aussi tellement vrais. C’est à peine caricaturé. Et c’est là le charme de cet auteur qui égratigne en divertissant mais qui assène aussi de puissantes vérités sur notre monde.

Bégaudeau est cruel, mais il est cruellement drôle. Alors pour ma part, je lui pardonne ces insolences qui m’ont fait passer de très bons moments.

“Ecrire la vie est un pléonasme“ fait il avouer à l’un de ses personnages.

Finalement, tout est dit dans ces quelques mots…

La politesse
La politesse

Autobiographie de François Bégaudeau – Extrait de “Au Début“

“Si j’avais à me décrire de la tête aux pieds, je commencerais par la tête et finirais par les pieds.

Ma tête a longtemps été jugée grosse par ma mère. Puis par les journalistes.

Les esprits bienveillants qui me recommandent des implants ignorent que ma calvitie est volontaire, mûrement méditée.

J’ai des yeux clairvoyants et des oreilles qui respirent l’intelligence.

Mon nez n’est pas très doué en odorat. Il a d’autres talents, comme l’imitation du lapin.

Sans la science je serais passablement édenté.

En revanche le menton n’a pas été refait.

Ni retendue la peau de mon cou.

Je n’ai pas beaucoup de poitrine.

Le grain de beauté sous mon téton gauche est une marque d’allégeance à l’Islam.

Mon nombril se croit le centre du monde.

A l’inverse des mains qui s’activent en marge, tournicotent, attrapent une mouche, la portent aux lèvres qui la gobent.

Ce qui explique mon foie déglingué.

A côté on dirait presque que mon sexe fonctionne.

J’ai autant de genoux que de chevilles et de pieds.

C’est logique.

C’est bien foutu.

Je suis bien foutu.

Quand je me regarde je me dis qu’il y a un Créateur, et un sacré.

Un amoureux de l’Harmonie.

Je suis harmonieux. Gageons que je suis immuable et immortel, sinon ce sera une grosse perte.

Ma mort sera une grosse perte pour moi.“

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